17 avril 2007

Noémie

Tu te rappelles, j'avais une fourmi apprivoisée, elle se nichait toujours dans mes oreilles ou bien dans mes fosses nasales, mes amis disaient: "Attention il y a une fourmi qui te sort du nez" et ils faisaient mine de la tuer-"Non ne la tuez pas, laissez la vivre" disais-je. Ma fourmi s’appelait Noémie, elle aimait se balader sous les coquelicots, escalader leur tige, monter sur les pétales parfois elle prenait un pétale de coquelicot comme tissu pour s’en faire une robe, elle aimait la couleur, elle était très coquette, Noémie, elle était très jolie aussi, elle avait une taille de guêpe, quand j’écrivais dans un cahier, elle courait d’un bout à l’autre de la page, elle faisait ses petits 100 millimètres disait-elle, c’était son jogging à elle, ma fourmi Noémie. S’il m’arrivait de faire une tache d’encre, elle se roulait dedans avec délectation, elle avait de l’encre partout, sur les antennes, les mandibules, l’abdomen, alors elle écrivait des mots en langue fourmi, avec tout son corps, avec ses 6 pattes, elle pouvait écrire six mots en même temps, sacrée Noémie. Je me demandais comment tant d’intelligence pouvait tenir dans une tête pas plus grande qu’une tête d’épingle et dire qu’il y a des hommes et des femmes qui ont des têtes si grosses et qu’ils ne sont même pas capables de s’en servir. Dites ! Avoir des cerveaux si grands et n’être même pas capables de penser, quand je pense que ce sont les baleines qui ont les plus grands cerveaux du monde et que ce sont des petits blancs becs de petits cerveaux jaloux de leurs cerveaux immenses qui décident de les mettre en tranche et que c’est à cause de ces minimini cerveaux de minus que les baleines se font rares. Ce n’est pas le cas des fourmis : les fourmis, ça fourmille, des fourmis y en a des milliards et j’en oublie mais aucune, non vraiment aucune comme Noémie. Parfois quand j’étais malade, je l’envoyais promener dans mon corps voir ce qui ne tournait pas rond, elle suivait les poteaux indicateurs à l’intérieur, elle allait faire avec ses petites pattes de l’acupuncture directe à même l’organe déficient, elle me donnait des nouvelles de mon intérieur qu’elle trouvait charmant : "Très design" disait-elle. Si j’ai eu une santé de fer à l’heure qu’il est (touchons du bois) c’est à elle, bien sûr que je le dois, à ma fourmi Noémie. Il n’est de si belle rencontre qui n’ait hélas une fin, un jour que je roulais en vélo dans la forêt je sentis une fourmi sur une de mes jambes, je me doutais bien que c’était Noémie, elle s’accrochait à 6 de mes poils, avec ses 6 pattes mais j’allais tellement vite qu’elle lâcha prise et piqua du nez, mes freins tambour ne sont pas des ABS, je ne pus hélas m’arrêter tout de suite et je perdis toute trace de ma fourmi Noémie. Si vous venez me voir et si voyez sur l’escalier de ma maison une fourmi bien de sa personne qui fait mine de rentrer, s’il vous plait ne l’écrasez pas, c’est peut-être Noémie qui revient chez moi.

Julos Beaucarne

 
 
Image_EnfantsArvidaNoémie


Les enfants d'une école d'Arvida (Kebek) ont dessiné Noémie.
C'est Marie Gendron, l'inventrice de Baluchon Alzheimer, qui m'a apporté ces cadeaux au spectacle de Bastogne du 14 avril

 

Image_FourmiNoémieKit_1

 

Image_Noemie2montage

Noémie en pièces détachées
On imprime les deux feuilles, on les colle sur du carton, on découpe le carton selon le pointillé et on réssuscite Noémie.

13:40 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Je retrouve Le Julos d'il y a 30 ans, drôle et poête. L'homme qui m'a appris à dire:"voila pourquoi j'asteuve fir d'yes walon" ce que je replace en rigolant à l'étranger alors que je suis un terrien...tout simplement.
Merci

Écrit par : Sandou | 14 juillet 2007

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Noémie Mes salutations à Noémie si elle repasse par là, ce que, j'imagine, elle ne manquera pas de faire....cet écrit est touchant et très marrant...merci de ce partage....

Écrit par : sashana | 21 novembre 2007

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