26 avril 2007

Dernier message de Christiane Singer

Photo_ChristianeSinger_IvanohDemersArchivesLaPresse

Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

Voici un article paru dernièrement dans le journal Terre du Ciel.
Présente depuis le début aux forums Terre du Ciel,
Christiane Singer, écrivain, n'a pu participer au dernier
‘L’Amour cœur de la vie'.
C’est par téléphone qu’elle nous a parlé quelques instants.


C'est du fond de mon lit que je vous parle - et si je ne suis pas en mesure de m’adresser à une grande assistance, c'est à chacun de vous - à chacun de vous, que je parle au creux de l’oreille. Quelle émotion ! Quelle idée extraordinaire a eue Alain d’utiliser un moyen aussi simple, un téléphone, pour me permettre d’être parmi vous. Merci à lui. Merci à vous, Alain et Evelyne, pour cette longue et profonde amitié - et pour toutes ces années de persévérance. Des grandes initiatives, comme c'est facile d'en avoir ! Mais être capable de les faire durer - durer - ah, ça c'est une autre aventure ! Maintenant ces quelques mots que je vous adresse. J’ai toujours partagé tout ce que je vivais ; toute mon oeuvre, toute mon écriture était un partage de mon expérience de vie. Faire de la vie un haut lieu d’expérimentation. Si le secret existe, le privé lui n’a jamais existé ; c'est une invention contemporaine pour échapper à la responsabilité, à la conscience que chaque geste nous engage. Alors ce dont je veux vous parler c’est tout simplement de ce que je viens de vivre. Ma dernière aventure. Deux mois d’une vertigineuse et assez déchirante descente et traversée. Avec surtout le mystère de la souffrance. J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable. Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu. Ce qui est bouleversant c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure. Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C'est la substance même de la création. Et c’est pour en témoigner finalement que j’en sors parce qu’il faut sortir pour en parler. Comme le nageur qui émerge de l’océan et ruisselle encore de cette eau ! C’est un peu dans cet état d’amphibie que je m’adresse à vous. On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. Et je crois que, tout de même, ma vocation profonde, tant que je le peux encore - et l’invitation que m’a faite Alain l’a réveillée au plus profond de moi-même, ma vocation profonde est de retourner parmi mes frères humains.
Je croyais jusqu’alors que l’amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige. Au fond je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui, c’est la bonne nouvelle que je vous apporte. Et puis, il y a autre chose encore. Avec cette capacité d’aimer - qui s’est agrandie vertigineusement - a grandi la capacité d’accueillir l’amour, cet amour que j’ai accueilli, que j’ai recueilli de tous mes proches, de mes amis, de tous les êtres que, depuis une vingtaine d’années, j’accompagne et qui m’accompagnent - parce qu’ils m’ont certainement plus fait grandir que je ne les ai fait grandir. Et subitement toute cette foule amoureuse, toute cette foule d’êtres qui vous portent ! Il faut partir en agonie, il faut être abattu comme un arbre pour libérer autour de soi une puissance d’amour pareille. Une vague. Une vague immense. Tous ont osé aimer, sont entrés dans cette audace d’amour. En somme, il a fallu que la foudre me frappe pour que tous autour de moi enfin se mettent debout et osent aimer. Debout dans le courage et dans leur beauté. Oser aimer du seul amour qui mérite ce nom et du seul amour dont la mesure soit acceptable : l’amour exagéré. L’amour démesuré. L’amour immodéré. Alors, amis, entendez ces mots que je vous dis là comme un grand appel à être vivants, à être dans la joie et à aimer immodérément. Tout est mystère. Ma voix va maintenant lentement se taire à votre oreille ; vous me rencontrerez peut-être ces jours errant dans les couloirs car j’ai de la peine à me séparer de vous. La main sur le coeur, je m’incline devant chacun de vous.

Christiane SINGER

04/04/07

 

Photo_AvecChristianeSinger

Julos et Christiane Singer

08:44 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (23)

Commentaires

Hommage Post-homme Vous, Madame, que je ne connaissais pas, j'apprends ici votre visage, et à l'arrière plan, est-ce bien votre main qui a écrit «écueil, Cyrène, Carène, Cercueil» ?
Vous sembliez tutoyer la douleur pour qu’elle se taise un peu, et s’enfonce dans sa chaise.
Est-il un retard qui pourrait m’empêcher de vous souhaiter un bouquet de cerfeuil, de murène, sirène, et de deuil, car d’ici dans l’embaumement des herbes au soleil, beaucoup vous regrettent, happée par une sournoise chasseresse de bas-fond, qui laisse à votre place le sillage de votre parfum.
J’ai retrouvé Madame en vous une puissance de Saint Augustin, quand il avait ses bons jours, quand il écrivait et répétait à tue-tête : «La mesure d’aimer, c’est d’aimer sans mesure»…
Vous voilà maintenant dévêtue de la chair, de la présence, de la voix et de tout ce qui manifestait votre moi, mais encore et pour aussi longtemps que votre nom émergera des brumes, devenue un fil d’amour.

babel

Écrit par : babel | 27 avril 2007

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La poésie des mots et la manière dont vous les offrez me touche, m'émeut, m'élève.
Votre réponse est une oeuvre d'art que Madame Singer aurait certainement car c'est une pure poésie; secret de l'âme qui se dévoile sous les mots. Tout est dit en ses entrailles. Merci,

Écrit par : Genevieve | 19 mai 2015

La poésie des mots et la manière dont vous les offrez me touche, m'émeut, m'élève.
Votre réponse est une oeuvre d'art que Madame Singer aurait certainement car c'est une pure poésie; secret de l'âme qui se dévoile sous les mots. Tout est dit en ses entrailles. Merci,

Écrit par : Genevieve | 19 mai 2015

beau texte

Écrit par : a | 03 décembre 2010

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beau texte

Écrit par : a | 03 décembre 2010

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Commossa e partecipe ringrazio dal profondo del cuore.
Diffondere AMORE, essere nell'amore in modo consapevole credo sia lo scopo primario di ogni esistenza.

Écrit par : Raffaella | 10 août 2011

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Madame,
une amie ma envoyée une video de vous je suis depuis troublée et tellement admirative de tout ce que vous dite
j'ai bien l'intention d'acheter vos livres
martine

Écrit par : prieur martine | 01 février 2013

Cher Julos,

Vous voir là avec Christiane Singer me ravit le coeur. Je n'ai eu le bonheur de la connaître. Au travers des livres qu'elle a écrit, j'ai découvert une belle personne...avec un coeur grrrrand comme ça. Le texte du babel me rejoint...je ne saurai mieux décrire mon émotion.
D'Elle j'ai lu "Seul ce qui brûle" et "Une passion entre ciel et chair"..amour passion d'Abélard
et Héloïse. J'ai beaucoup aimé ce livre.
Merci d'avoir déposé ses paroles écrites.

Anne Marie

Écrit par : Anne Marie | 12 août 2011

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Belle âme qui nous parle au cœur et nous invite à aimer chaque instant, je découvre vos lectures depuis 2010, que de bonheur et de ferveur à vous lire. J'aurais aimé vous rencontrez et vous écoutez lors de vos conférences, mais que dis-je ! je vous ai bien sûr rencontrée...
Merci pour tout ce souffle d'amour qui ne cesse d’attiser notre flamme.

Écrit par : Nicole | 13 août 2011

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Texte magnifique qui me rappelle les sensations éprouvées autour de la maladie et de la mort d'une être cher et lumineux. Il avait provoqué le même amour de la part de tous ceux qui l'avaient approché.

Écrit par : isabelle | 28 septembre 2011

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Merci Christiane Singer

pour le beau témoignage que je viens de découvrir dans un interview La transmission de l'essentiel dans epanews. Cela me donne à lire vos livres..... merci

Écrit par : eva costa | 02 mars 2012

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Vous étiez belle Madame, et maintenant que votre âme brille au ciel comme une Vega éblouissante et inaccessible, vous rayonnez du feu de cet amour qui sublime la vie si on sait l'apprivoiser...

Dormez belle dame! Vos livres restent ouverts à la page de garde :"Souviens-toi de ta noblesse"

Écrit par : marie paccini | 14 août 2012

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Mon amie
Christianne était mon amie de coeur et d'âme. Chaqe fois que je lisais ses ouvrages elle était là présente en moi. Quand j'ai eu la chance de converser avec elle, c'était à un congrès de terre du ciel. Une belle rencontre toute simple, toute belle, toute pleine d'amour. A ce jour, nous cheminons tjs ensemble.

Écrit par : BOURTOURAULT | 28 octobre 2012

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Je viens de revisionner l'émission de la RTBF "Noms de dieux" dédiée à Christiane. Son message d'humanité, sa force de croyance dans la nature divine qui nous habite tous est pour moi en ce jour, un des plus beau cadeau de Noël.

Merci Christiane

Écrit par : Marc | 25 décembre 2012

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Je suis en admiration devant cette grande dame, simple, profondément humaine qui a réussi la prouesse, comme Christian Bobin d'ailleurs, de rendre sacrés les précieux petits riens, petits instants, qui font le grand tout de la vie ... Le texte que vous citez est magnifique ... Merci .

Écrit par : Annick SB | 10 mars 2013

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A la mémoire de Christiane Singer.

Ma Dame, vous êtes et resterez mon héroïne, et la soeur de Jeanne d'Arc.

Avec tout mon Amour,

Judicaële

Écrit par : Letscher | 02 juillet 2013

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Il fallait s'appeler "Christiane" pour oser traverser le styx, charmer Hadès, et revenir nous parler de l' émerveillement de la vie. Je comprends mes larmes.

Écrit par : Pascal | 30 août 2013

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oh belle dame dans l'infini des cœurs, en source continue de l'effervessence d'être, en union continue avec votre âme, au bonheur de vous retrouver virtuellement par la toile, je reste de tout cœur avec vous jusqu'au bout des temps . . .

Écrit par : marc | 27 décembre 2013

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Je m'incline également la main sur le coeur, devant cette grande dame. j'ai encore dans ma plile à lire "Derniers fragments d'un long voyage"...je reviendrai partager avec vous mes impressions de lecture

Bonne journée cher Julos, bonne journée à tous ceux qui vous lisent

Écrit par : Anne-Françoise | 12 janvier 2014

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Aimer sans mesure, c'est cela la clairvoyance.

Merci Julos.

Écrit par : thérèse-françoise | 28 décembre 2014

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Où que vous soyez Madame soyez bénie. Votre présence demeure vive flamme à travers cette fulgurance que vos mots laissent entrevoir.
Merci d'avoir transmis cette espérance folle.
Par le cœur reliée à tous ceux qui vous liront et vous emboîteront le pas.
Martine

Écrit par : Martine | 19 mai 2015

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J'ai eu la chance de vous rencontrer lors de congrès.
A cette conférence vous avez touché chaque personne dans leur corps et dans leur coeur.
Vous êtes amour.
merci

Écrit par : Dominique DAVID | 20 mai 2015

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Christiane
J ai découvert votre message par un livre audio
"Dernier fragment d'un long voyage" dictée par Juliette Binoche
Votre message d'amour ma fissuré le cœur et inondé d'amour au fond de mon lit et depuis je me suis plus le même.
Vous avez vaincu la mort de votre vivant et êtes devenu une étoile qui brille pour tous
Merci merci merci

Écrit par : Cjance | 20 mai 2015

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