31 octobre 2007

Discographie de Julos

 

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Libellule_noir

 

Les visuels et albums qui manquent suivront dans les jours qui viennent

16:06 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (5)

25 octobre 2007

Le Cirque Imaginaire: exposition

 

Image_CirqueImaginaire_VictoriaChaplin

 Affiche du Cirque Imaginaire
Victoria Chaplin et sa fille Aurelia

 

Une exposition extraordinaire se tient à l'espace Jean Legendre  à Compiègne au nord de Paris, elle a été conçue par Jean-Baptiste Thierrée, l'inventeur, avec Victoria Chaplin du “Cirque invisible”, du “Cirque imaginaire”, du “Cirque bonjour”. On trouve dans cette exposition des affiches de leurs  spectacles, des sculptures,  des photos, des peintures, des costumes fabuleux réalisés par Victoria, des dessins de Jean-Baptiste surréalistes et drôles, des écrits. Cette exposition, c’est.... le palais de la découverte et de l’invention. Victoria et Jean-Baptiste ont deux enfants: James et Aurélia qui sont aussi dans le spectacle et qui parcourent le monde, ils continuent ce que font leurs parents, ils ont l’imagination aussi débridée et sauvage que leurs parents et leur grand père, Charlie Chaplin ne les renierait pas.

17:12 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (1)

Expulsion - alerte


Sur mes cahiers d’écolier j’écris ton nom : Liberté  
Eluard

  
   
Texte d’Olivier envoyé par Brigitte Segard brigitte.segard@toulouse.iufm.fr
 
Bonjour,
 
Un mot sur ce que j'ai vécu jeudi matin en arrivant dans ma classe.  Des élèves en pleurs, d’autres surexcités, de la tension et de la fragilité dans mon groupe CE2. L'instit du CE1 m'avait prévenu juste avant, à 8h, pendant  que je m'escrimais entre photocopieuse et massicot : tu n'auras pas Marseda  aujourd'hui, ses parents vont être expulsés aujourd'hui, les policiers sont  venus chercher son petit frère à l'école mardi soir à 17h.  J'ai noté l'information mais j'étais surtout concentré sur le déroulement de  ma séance de math, "comparer des longueurs sans règle graduée".
A peine les enfants assis en classe j’ai compris que ma séance millimétrée eh bah je pouvais m’asseoir dessus. Suzanne en larme me tend un dessin qu’elle a fait pour Marseda. Hugo violent dans ses paroles : « les flics sont venus chercher son petit frère à l’école on ne reverra plus jamais Marseda, elle va retourner en Albanie où c’est la guerre ». Fikria invectivant le reste de la classe : « Evidemment maintenant tout le monde aime Marseda ». Je demande aux enfants de m’expliquer calmement ce qui se passe. Je leur situe l’Albanie sur la carte. J’explique à Johan pourquoi il ne s’est pas fait arrêter quand il est allé en vacances au Portugal. On parle des papiers, de la nécessité des papiers, des passages difficiles qu’on peut traverser dans une vie. Je dis que la situation est complexe pour mettre fin au débat pro sarko/anti sarko. Je parle de l’injustice que je ressens : sortir brusquement une élève d’une classe, que les enfants connaissent depuis plus d’un an, bien intégrée dans sa classe, parlant bien le français puisque je ne m’étais pas douté une seconde que Marseda était d’origine étrangère.
 
L’après midi, le directeur de l’école, également l’instit de cette classe, est venu en classe parler de la situation, qu’il connaît bien puisqu’il était là quand les policiers sont venus mardi soir à 17h. Il répond à toutes les questions des enfants, rassure ceux qui ont peur pour leur propre sort. (!)  Il leur dit qu’il a vu Marseda, Armen et leurs parents au centre de rétention de Cornebarrieu, que le papa de Marseda s’est fait arrêter lors d’un contrôle routier. J’écoute avec attention ce dialogue entre la classe, apaisée, et leur maître. C’est fort, ces 10 minutes. Je mesure sans double décimètre la richesse de ce métier. Puis le directeur s’en va et les enfants dessinent et écrivent des textes qui seront transmis à Marseda. Evidemment je ne corrige pas les fautes d’orthographe mais ils peuvent me demander d’orthographier des mots au tableau. La seule demi-heure de calme de la journée. Mais pendant que les enfants dessinent en silence je sens en moi monter la colère.
 
Le lendemain une marche était organisée à 17h depuis l’école Buisson jusqu’à la préfecture, marche de protestation contre l’expulsion de cette famille. Associations, enseignants, parents d’élève, 300 en tout, c’est beaucoup pour Montauban. J’apprends que la famille de Marseda est en France depuis 3 ans, que le petit Armen n’a jamais été scolarisé en Albanie mais seulement en France. Que toute aide de l’état a été supprimée pour cette famille depuis quelques mois, famille qui depuis erre de centre pour sans domicile fixe en famille d’accueil, qui vit de la générosité de quelques parents d’élèves ou associations, famille qu’on a vu dormir dans sa voiture aux abords de l’école. En écoutant les discours à la préfecture je ne peux m’empêcher de penser à ce poème « liberté » d’Eluard, il faut que je le fasse avec les CE2, maintenant c’est trop tôt, mais plus tard dans l’année « sur toute chair accordée, sur le front de mes amis, sur chaque main qui se tend, j'écris ton nom ». Quand même ! Pourquoi envoyer des policiers chercher Armen à l’école (Marseda était malade et avec ses parents), devant les autres enfants ? Pourquoi séparer les enfants de leurs parents le mardi soir et la nuit de mardi à mercredi ! Est-ce juste de l’indifférence ? Est-ce volontaire ? Faire peur ?
 
Le soir, sur la table de la cuisine, je tombe sur la toute récente lettre du président de la République Française aux éducateurs. « Que voulons-nous que deviennent nos enfants ? Des femmes et des hommes libres, curieux de ce qui est beau et de ce qui est grand, ayant du coeur et de l’esprit, capables d’aimer, de penser par eux-mêmes, d’aller vers les autres, de s’ouvrir à eux». Nausée.
 
Voilà, il fallait que ça sorte, un peu de soleil, les températures qui remontent. Je vous souhaite un bon dimanche. On aimerait chanter, avec Barbara : « Regarde, quelque chose a changé, l’air semble plus léger, c’est indéfinissable ».
 
 Bien à vous,

 Olivier

17:05 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (5)

23 octobre 2007

Julos au cinéma dans "Lila"

 
 

Film_Lila


"Lila a  seize ans et vit seule avec sa mère dans un village de Corse. Elle est à un âge où elle se pose des questions. Sur la vie, la mort, les origines et le père, absent... Un jour l'idée de faire une fugue germe dans sa tête. Mais  ce jour là, elle fait la rencontre d'un homme qui s'apprête à mourir  ..."


PROJECTION DU FILM

le vendredi 16 novembre
de 18h30 à 19h30
au "Club de l'étoile"

14, rue Troyon  
Paris 17ème
  

métro : Charles de Gaulles, sortie Wagram / parking : Wagram - Mac Mahon)

Court-métrage Cinéma 16 minutes / 35mm / Couleur / Format :  2.35

16:40 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (0)

22 octobre 2007

Je suis l'homme

 

 Julos_DjembeCouleur_finale2

 
Julos hier au Théâtre de la Vie



photo laurence latour
 
 
Je suis l’homme 
Je suis l’homme, je suis l’enfant,
Je suis la femme noire, la femme jaune,
L’homme noir, l’homme jaune,
L’homme blanc

Je suis l’oiseau
Et le poisson et la tortue
Et le cheval qui court.
Je suis l’herbe et l’arbre.
Je suis la mer et la montagne.

Si je fais du mal à une partie de moi,
A l’enfant qui est en moi,
A la femme qui est en moi,
De n’importe quel pays,
De n’importe quelle couleur,
Je me fais du mal à moi-même.
Aussi ai-je souvent mal
A toutes ces parties de moi
Mutilées, torturées, affamées,
En quelque lieu du monde.
Le jour approche
Où je serai entière et entier,
Où j’aurai assumé ma féminitude,
Ma mâlitude, ma négritude,
Ma jaunitude.
Je suis l’homme, je suis l’enfant,
Je suis la femme noire, la femme jaune,
L’homme noir, l’homme jaune,
L’homme blanc

Julos Beaucarne

14:02 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (10)

Libération de l'Homme et de la Femme

 

 

12:50 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (1)

16 octobre 2007

Pagode gelée

 

Pagodes_PagodeEnneigee_Rahir

Pagode gelée

La photo m’a été envoyée par Kira Rahir

 

C’était au temps où 9 pagodes de 9 étages étaient à Nodebais dans la prairie de Raymond Evrard. L’ingénieux et facétieux Claude Rahir eut l’idée de mettre un tuyau d’arrosage dans une pagode et de faire couler l’eau toute la nuit et ça a donné ce petit chef d’oeuvre.

14:49 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (2)

10 octobre 2007

Objets détournés - Entretien avec Nicolas Bousquet


 ObjetsDetournes_Nettoyage_PhotoBenGoffart

photo Ben Goffart

Julos répond aux questions de Nicolas Bousquet, directeur du musée d’Allauch



On connaît votre carrière de chanteur, de poète, par contre on connaît moins votre travail de plasticien. Comment pouvez-vous le qualifier en quelques mots ?

Les objets viennent à moi par hasard, je les attire comme un aimant, ils s’imposent à mon regard, ils ne sont pas arrivés par hasard sur ma route. Ces objets délaissés, laissés pour compte, je les remets en lumière, ils sont le résultat d’un travail alchimique sur la matière, je les aime pour leur beauté brute et sauvage pour la rouille qui les embellit, je vois les mains des gens qui les ont réalisés, qui les ont imprégnés de leur conscience, je prends un objet, je le mets sur un autre et ça devient un autre objet. Alors l’objet rouillé, jeté, bafoué se remet à vivre. J’aime beaucoup les objets depuis que je suis petit. Mon père travaillait dans les machines agricoles et il ne voulait pas que je travaille avec lui parce qu’il était impatient. Un jour, je me souviens, je devais avoir 12 ans et il m’a demandé d’aller mettre de l’ordre dans son atelier, dans une remise où l’on entreposait des pièces de rechange. J’y suis allé et je me suis énormément amusé parce que j’ai tout « remis en ordre », mais à ma façon, c'est-à-dire en mettant les engrenages les uns sur les autres (rires), comme je traite maintenant mes objets détournés et je crois que ça a été le coup de foudre …une manière de vocation. Je me suis rendu compte que chaque engrenage avait quelque chose d’extraordinairement beau plastiquement et lorsque je les mettais ensemble, rien que le fait de les rapprocher amplifiait leur force et leur qualité de présence. C’était une façon de ramener l’objet du néant à la visibilité.

Donc vous vous êtes découvert plasticien avant d’être poète ?

Oui, sans doute…

Quel a donc été votre premier objet détourné dans ce cas-là ?

Mon premier objet détourné a été une boite à savon. J’ai pris une caisse en bois dans laquelle mon père recevait ses machines et je l’ai transformée en avion avec des ailes, un gouvernail, un manche à balai… il y avait même un fil pour la radio comme dans les avions de tourisme il y a quelques années. Ce jour là, j’ai magnifiquement volé… je crois que je n’ai jamais aussi bien voyagé en avion qu’à ce moment là ! Depuis les voyages en avion me semblent beaucoup plus fades.

Comment créez-vous vos objets détournés ? Est-ce au départ une démarche intellectuelle, c’est-à-dire que vous développez un concept autour d’un objet que vous avez collecté ou bien, au contraire, est-ce l’objet qui vous parle et qui vous amène à le transformer en œuvre ?

C’est l’objet qui me parle, il me fait des clins d’œil quoi ! Je m’arrête, je le prends, je le retourne dans tous les sens et il me veut quelque chose. C’est à ce moment là que je vois l’objet, et je lui trouve une légende.

Vous exercez donc un double travail de création à la fois esthétique et poétique. Mais, n’est-ce pas finalement le travail de l’écrivain qui est le plus important ?

Il y a eu un travail d’écrivain à propos de tous ces objets, c’est sûr. Sans la légende pour certains objets, les gens n’y verraient peut-être que du feu, ils seraient comme moi tout au début.

Votre oeuvre est un travail de post-production, une oeuvre de recyclage. Votre art sera-t-il décyclé ? Recyclé à son tour ?

Il sera sans doute recyclé comme moi-même, on n’arrête pas le raz de marée du temps. Peut-être, que tout est toujours recyclable de toute façon, quoi qu’on fasse. Mais attention, quand je prends un objet, je le retourne dans tous les sens, je le mets sens dessus dessous et il y a quand même une position qui s’affirme, qui prend de l’importance. Je m’arrête seulement quand j’ai trouvé la position parfaite, à mon sens bien sûr, je fais alors un arrêt sur l’image.

Il faudrait donc bien choisir son angle pour comprendre vos objets ?

C’est-à-dire que les « œuvres » idéalement doivent être visuellement intéressantes sous tous les angles, elles doivent pouvoir tourner sur un socle. Il faudrait qu’elles soient intéressantes quand elles tournent, de n’importe quel côté.

Plusieurs questions se posent par rapport à l’histoire de l’art contemporain en général. Vos objets détournés sont-ils une forme archaïque de création ? De l’art singulier ? Une continuation du travail de Marcel Duchamp avec ses ready made ? Comment vous situez-vous par rapport à ces mouvements artistiques ?

Bien sûr, j’ai vu et j’ai connu, sans aller à toutes les expositions, ce que faisait Duchamp, ce que faisait César, et puis un tas d’autres sculpteurs mais je n’ai pas l’impression que c’est eux qui m’ont influencé. C’est plutôt les objets qui m’ont influencé, qui m’ont conduit là où je ne savais pas que j’irais.

Vous vous rapprochez peut-être plus de la démarche d’artistes du pop art qui vont travailler sur l’utilisation et la reproduction d’éléments de notre société de consommation. Vous sentez-vous proche de ceux qui explorent l’univers des objets quotidiens pour en faire des sculptures gigantesques comme Claes Oldenburg ou des assemblages des Nouveaux Réalistes ?

Oui, bien sûr je me rapproche de ces démarches, j’aime les objets quotidiens, j’aime les transfigurer, les amplifier… J’emploie beaucoup les outils par exemple, des outils ont été maniés et perfectionnés quotidiennement par des artisans pendant très longtemps. Je suis rempli d’admiration pour ces faiseurs d’outils au quotidien qui ont marché vers la perfection jour après jour à travers leur travail, ils ont marché vers la perfection du maniement, vers l’efficacité de leurs outils et ont fait des œuvres d’art sans le vouloir ni le savoir. Je voudrais mettre en lumière le génie quotidien de ces personnes qui dans l’ombre ont construit la grande cathédrale humaine sans qu’on les félicite jamais pour leur patience et leurs subtiles recherches. Je pense à ce texte de Valery : « Patience, patience, patience dans l’azur, chaque atome de silence est la chance d’un fruit mur » et je suis très heureux quand ce qu’ils ont réalisé reprend tout à coup vie car ces outils parlent toujours des gens qui les ont perfectionnés, leur âme chercheuse s’est accrochée à ce qu’ils ont fait, leur savoir-faire n’est pas perdu. Les machines-outils actuelles ont bénéficié du savoir-faire de centaines d’années de travail, de recherches quotidiennes d’artisans inconnus. Et là, je suis en admiration devant ces trouveurs car ils ont fait sans le savoir des œuvres d’art. Mais ils ne s’en sont même pas rendu compte. Il a fallu que j’arrive à un moment et que je leur dise : c’est extraordinaire la finesse de vos outils, c’est une œuvre d’art ! M’entendent-ils dans l’épaisseur de leur nuit ?

Actuellement, il n’y a plus d’âme ni de forme dans la pierre et dans la ville. Vers quelle rive aborder ? Quelle forme doit prendre la création pour retrouver un souffle ?

Il y a un côté puissant dans les ondes de forme, parlons des clochers par exemple. Il y a des clochers qui ont été faits par hasard, mais il y en a d’autres dont on a étudié minutieusement la rayonnance énergétique…. et c’est toute l’étude des ondes de forme. Telle forme agit sur l’œil et aussi sur le psychisme : elle peut donner de la force à celui qui regarde: un éveil particulier.

Donc les ondes de forme fournissent une sensation presque physique sur le spectateur ?

C’est ça, si on pense aux dolmens, si on pense aux menhirs, si on pense à cet art très ancien de la pierre, il y avait un but. On mettait une pierre d’une certaine façon et pas d’une autre façon. On ne la sculptait pas n’importe comment, cet assemblage de pierre avait une force… elles servaient parfois à capter l’énergie illimitée de l’univers continuellement en expansion. Quand j’entre dans le cercles des 36 pagodes que j’ai construites sur un champ à Wahenge, pas loin de chez moi en Brabant wallon Belgique, je ressens personnellement quelque chose de très fort qui me prend physiquement.

Au-delà de la sensation physique que pourraient provoquer vos objets détournés, on sent qu’il y a un message politique ou environnemental dans vos productions. Est-ce une volonté de montrer les méfaits de la pollution, les errements de notre société de consommation au travers de vos récupérations ? N’est-ce pas aussi la colère qui vous anime pour créer des objets détournés ?

Bien sûr, La place Tien An Men, c’est pour moi une pièce historique qui exprime le désarroi que j’ai ressenti lorsque j’ai appris ce qui s’est passé en Chine à Pekin. Jadis, j’ai réalisé une œuvre qui s’appelait Le Roi du Maroc et je mettais « commande d’Amnesty international »… tout était dit ! Mes objets détournés parlent pour moi, ils me libèrent de cette oppression dont nous souffrons dans nos pays d’absurdhistan où il semble que l’intelligence est absente, où il semble que la barbarie s’impose plus que la paix et le bonheur de vivre.

Par rapport à l’environnement et à la pollution, quel est votre ressenti ? Que vous évoquent ces objets laissés-pour-compte de la société industrielle ?

Oui, c’est très important comme sujet de réflexion. Les objets sont laissés pour compte… et c’est alors que je les récupère, je les laisse un peu vieillir dehors, je les laisse vieillir à la pluie parce que chez nous, en Belgique, on a beaucoup de pluie et la pluie est vraiment sculptrice. C’est extraordinaire la rouille. C’est ce qu’il y a sur mes objets : la rouille, c’est une couleur magnifique… le peintre de ces pièces c’est la pluie, la pluie donne une sainteté particulière aux objets : la rouille. Le bois aussi, mais il ne faut pas le laisser trop longtemps dehors sinon il pourrit ; mais le fer reste, il persiste… J’aime le fer comme mon père qui l’a travaillé toute sa vie, j’aime l’âge du fer mais j’aime aussi le minéral. Par exemple, j’ai fait une installation qui s’appelle Trois galets se parlent en silence. J’avais mis trois galets les uns sur les autres. Trois galets se parlent en silence en fait, ils écoutent l’ancien bruit de l’eau. Si je mets les galets dehors sous la pluie, ils se réjouissent parce qu’ils se souviennent des rivières et des torrents qui les ont modelés… En fait, les galets, plus ils sont petits, plus ils sont vieux parce que l’eau est passée dessus pendant plus longtemps…

Dans votre travail de création, on sent une pensée humaniste mais surtout beaucoup de facétie dans les titres et le choix des objets détournés. Pensez-vous que l’humour est indissociable de votre création ?

Absolument, c’est l’humour qui me porte à créer toutes ces choses ! Mais l’humour belge, c’est particulier. Maintenant on parle partout de la séparation de la Belgique entre le côté wallon et le côté flamand, mais avant ça, nous autres nous avons été traversés par des invasions incessantes… on a été traversé par les armées romaines, par les armées françaises, traversés par les anglais, par les autrichiens, les allemands, les hollandais. On a été un pays qui a été écrabouillé  au cours de l’histoire et maintenant: à la radio on entend plus que des chansons en anglais, les tueurs de notre mémoire sont en route, on les appellent « Programmateurs de Radio » - traduisez : « déprogrammeurs de l’être ». Dans les paysages de chez nous il y a des souvenirs de guerres, de viols, des souvenirs qui crient encore de douleur dans les campagnes, chaque village a eu sa bataille! Et ça nous a appris finalement l’ironie, mais une ironie bonhomme, parce que avec l’ironie, l’humour, on peut parler à mots couverts, on a appris à se méfier des mots : l’expérience nous a appris que si nous disions un mot de trop l’envahisseur pouvait nous faire couper la tête! La prudence reste de mise mais en même temps, il faut qu’on s’exprime, qu’on se libère… il faut bien que la parole exulte. L’humour est notre porte de sortie dans ce monde bas de plafond.

Je sais que vous avez écrit un hymne pour la Wallonie et que vous avez chanté pour l’enterrement du roi Baudouin. Que vous inspirent les débats actuels autour de la partition de la Belgique ? Quels autres évènements vous ont marqués dans l’actualité récente ?

Séparation de la Belgique ? Je trouve que c’est des querelles d’enfants gâtés-pourris. Je parlais tout à l’heure des invasions… tout nous envahit, nous sommes envahis par nos 5 sens. Ici, en Belgique on entend des chansons de partout sauf d’ici : les gens du pays qui écrivent des chansons, on ne les entend jamais ! Moi, le seul pays au monde où mes chansons passent à la radio, c’est le Québec.
Nous sommes de plus en plus dans un pays peuplé d’amnésiques. Les radios, les télévisions cultivent l’amnésie. Nous sommes colonisés .…

Votre œuvre serait donc aussi une œuvre de résistance ?

Oh oui, vraiment, c’est une œuvre de résistance, oui… Moi, je suis persuadé que chacun est né d’une femme à un moment différent et qu’il a ou qu’elle a quelque chose de particulier à dire. Tous les pouvoirs essayent de nous distraire de nous-mêmes: ils aimeraient que l’on aie tous le même costume, les mêmes souliers, que l’on parle de la même façon… nous sommes manufacturés, formatés … d’ailleurs le fait que l’on parlait deux langues, même trois en Belgique, donc le néerlandais, le français et l’allemand a fait que l’anglais a gagné du terrain et maintenant on utilise beaucoup l’anglais en Belgique parce que soi-disant, cette langue, les flamands et les francophones la comprennent tous ! On a donc tout à fait oublié nos racines, on nous a changé la peau quoi .. Par exemple, quand Bush est venu chez nous en grande pompe, il a été accueilli à bras ouverts et il y a quelques temps, on a empêché le Dalaï Lama de venir… Donc ce double voyou, l’homme de guerre qui a provoqué la mort d’un millions d’Irakiens est accueilli en prince, l’homme de l’argent, le marchand d’armes… est accueilli avec des fleurs au nom du pèze, du fisc et du saint bénéfice et … et un homme de paix comme le Dalaï Lama est refoulé. Alors vous avez compris, il y a quelque chose de pourri au royaume de Belgique, c’est le cas de le dire !

L’exposition aura lieu au Musée d’Allauch qui est un musée d’art mais aussi un musée des symboles et du sacré. Vos allusions aux religions sont nombreuses, presque une constante dans vos objets détournés. Est-ce une volonté ou est-ce une expression de votre sensibilité qui se fait à votre insu ?

C’est une volonté. J’ai reçu une éducation catholique mais je ne le suis plus maintenant, mais j’ai été bassiné par ça. Il y avait des gens formidables dans la religion catholique, mais il y avait aussi des dictateurs… Je pense que le pape Benoît XVI, « Benoît treize et trois », est absolument démagogique… il a dit quelque part que la seule religion, c’est la religion catholique et c’est dangereux ça peut faire des morts des phrases comme celle-là. Il faut faire attention à ce qu’on dit… c’est ce que fait le poète, il fait très attention à ce qu’il dit. Je me rappelle un texte de Victor Hugo qui dit : vous lancez chez vous même seul un mot désobligeant à l’égard de quelqu’un, et ce mot court très vite jusqu’à lui pour lui dire « voila, je suis le mot que telle personne a prononcé » et le poème se termine par « et vous vous êtes fait un ennemi mortel ». Ca veut dire que nos pensées voyagent plus vite que la lumière. Le mot a énormément d’importance... Quand on travaille sur les formes, sur les matières, c’est Lao Tseu qui rentre en scène. Lao Tseu a dit : une image vaut dix mille mots… C’est donc lui qui a inventé la télévision, sans doute ! Mais c’est vrai que c’est très important parce que l’image ça reste dans la rétine… il y a une mémoire visuelle qui ne s’affaiblit pas !

Dans votre œuvre, il y a d’une part une dimension irrévérencieuse et critique à l’égard des religions mais on sent d’autre part une aspiration à la transcendance, voire une forme de mysticisme païen comme on le voit dans votre cercle de pagodes post-industrielles. Quelle est votre sensibilité par rapport au sacré en général ?

Pour moi, le sacré vient du fait que nous sommes dans l’univers, je dirais même pour être complet : dans le « Mégavers ». Quand j’ai réalisé le cercle des pagodes, c’est un peu dans l’esprit d’une religion d’avant les religions… et le mot religion est trop restrictif c’est-à-dire, ce dont je parle se rapprocherait davantage de l’intuition des primitifs qui voient le ciel, qui voient les étoiles et sont bouleversés, et veulent rentrer en contact avec ce monde qui bouleverse l’esprit et ils essaient de capter l’énergie des étoiles. Il y a une énergie immense dans tout l’univers et maintenant l’on se rend compte que l’univers que nous connaissons, le système solaire, n’est qu’une toute petite partie de ce qu’on appelle maintenant le « Mégavers » parce qu’aux confins de notre système solaire il y a encore d’autres galaxies, d’autres systèmes, d’autres étoiles, c’est infini. Et en plus l’univers est en totale expansion. Et je me dis souvent que si nous nous mettons à recevoir la force de l’univers, nous allons devenir nous-mêmes des êtres en expansion permanente. Dans le mégavers est contenu notre univers du système solaire, et le mégavers est en expansion, et sans doute, on ne se met pas souvent à son écoute. On n’a pas développé son Mont Palomar personnel pour entendre bruire le sabir du « Mégavers ». Peut-être si on se mettait à l’écoute on se rendrait compte que nous sommes faits de la même matière que le mégavers, nous sommes donc beaucoup plus larges que nous ne pensons. Sans doute que l’être humain a une fin… quand je regarde l’arbre au milieu de la place de mon village, je me dis qu’il est né bien longtemps avant moi et j’espère qu’il tiendra bien longtemps après moi. C’est étonnant, nous ne sommes que de passage et nous ne savons pas encore que nous pouvons à chaque minute capter l’immense énergie du mégavers, en plus, je crois qu’on a tous et toutes quelque chose de particulier à dire et à faire, ce n’est pas un hasard si nous sommes arrivés sur cette terre. Ce qui enrichit le monde c’est que nous sommes tous différents, nous sommes tous nés d’une femme et nous avons tous reçu une feuille de route au moment de naître, nous avons tous et toutes quelque chose de particulier à faire et à dire et ce n’est pas une prédestination… Et le vrai pouvoir serait de rassembler tous ces créateurs et de les inciter à devenir eux-mêmes et pas des copies conformes, des duplicatas, des êtres formatés … dans formaté, il y a « matés ».

Platon a dit « Sculpte ta vie comme une œuvre d’art ». Qu’en pensez -vous ?

J’adhère tout à fait ! Oui, je suis sûr de ça. Je suis sûr que nos pensées influencent notre corps tout entier et le cosmos tout entier… c’est l’esprit qui mène la danse, ,je crois aussi qu’on finit par se faire notre propre peau par notre façon de penser! Ainsi peut-on se tuer soi-même rien que par une pensée négative et se mettre en pleine santé par une pensée positive. Si on ne s’aime pas, les gens vont sentir qu’on émet l’idée qu’on ne s’aime pas soi-même. Si on ne s’aime pas, on ne nous aimera pas ! « Si chacun révélait aux autres sa propre mission le plan général serait un succès ».


Pour conclure, on va finir par une citation puisque vous êtes aussi poète. René Char disait : « un poète doit laisser des traces de son passage non des preuves, seules les traces font rêver »…

J’aimerais bien ne pas devenir une trace trop vite. Mais c’est vrai, c’est ça, on fait rêver, le poète fait rêver, faire rêver c’est fantastique, on est dans une société où le rêve est rare, une société « d ’à-quoi-bon » et c’est pour ça qu’on jette sa cannette de bière par terre après avoir bu parce qu’il n’y a plus de rêve. Il y a des poètes qui vivaient du temps des Sumériens à Babylone, si je lis leurs écrits aujourd’hui, ils me font toujours vibrer.

C’est ça l’immortalité ?

Peut-être c’est ça l’immortalité, il y a sans doute quelque chose en nous qui est immortel, ça se dit dans certaines religions. Oui, je crois qu’il y a quelque chose en nous qui reste immortel.

 

VOIR LES OBJETS DETOURNES

10:34 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (4)

09 octobre 2007

Le Julosland sélectionné par TV5

 

Le Julosland a été sélectionné par TV5 
pour figurer parmi les meilleurs blogs francophones
dans la catégorie "littérature"

22:23 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (6)

Trois crayons dessinent le ciel



 

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22:05 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (4)

05 octobre 2007

Les 100 ans du Royal - Ecaussines, ce soir

 

Image_ElephantEcaussines

Un éléphant et sa suite se rendant à Ecaussinnes ce soir
pour les 100 ans du Royal


Aujourdhui vendredi 5 octobre vers les 19 heures on fête les 100 ans du "Royal" un bistrot rassembleur né en 1907 et le cinéma "Maria" qui, lui, existe depuis 1935, si le coeur vous en dit venez nous rejoindre. Adresse du rendez-vous: "Le Royal" place cousin Ecaussinnes Carrières.


S’il fallait qu’Ecaussinnes nous soit conté il ne faudrait surtout pas oublier "Le Royal", c’était une maison de la culture avant la lettre. Le "Royal " aujourd’hui a juste 100 ans. Le Royal, on l’appelait au début "le salon", il est né en 1907 quand mon père Gérard Beaucarne avait 7 ans. C’était la famille Dehoux qui tenait l’établissement. La famille Dehoux, c’étaient des musiciens brillants, la jeune fille des Dehoux s’appelait Eva, elle a fait parler d’elle à Ecaussinnes, elle donnait des cours de piano à la maison du peuple à un certain moment donné combien de temps a-t-elle vécu? Cela vous le saurez sans doute en lisant le livre de Pierre Peltier, notre historiographe Ecaussinnois. C’est Arthur Delmotte, le père de Jacques qui a installé le cinéma dans l’arrière salle du bistrot, c’était encore le muet à ce moment là et Eva Dehoux jouait du piano en regardant les images avec les spectatrices et les spectateurs, le cinéma muet avait un sacré succès et les affaires marchaient bien. La soeur d’Arthur s’appelait Maria elle est restée jeune fille toute sa vie pourtant chaque année, elle se rendait au goûter matrimonial, peine perdue elle n’a pas trouvé chaussure à son pied, elle s’est consolée en regardant au cinéma les plus grands films d’amour, elle était si active auprès de son frère qu’on a appelé le cinéma: le cinéma "Maria"et cette appellation me semble-t-il a perduré jusqu’aujourd’hui. Jacques Delmotte, le fils d’Arthur, le mari de notre Suzanne a succédé à son père et avec lui le cinéma muet est devenu parlant en 1935, rendez vous compte, je n’étais pas encore né. Le cinéma a fait le plein jusqu’en 1984.
Entretemps Henry Lejeune était devenu le peintre officiel du Royal, Henry c’était notre Michel-Ange à nous les Scaussinous. Il a décoré les murs à sa façon surréaliste et originale et les maillets et autres outils de "cayoteu", de "cuerleu" de tailleur de pierre et les châteaux d’Ecaussinnes figuraient souvent dans ses peintures et ses céramiques. Ses installations au Royal collaient à l’actualité, Henry avait accroché un "spoutnik" au plafond du Royal le 7 octobre 57, il y a 50 ans et il a fait aboyé la chienne Leica sur les murs du Royal. C’était au temps où les actualités "Belgavox" passaient encore avant le grand film. Hélas 3 fois hélas que ça passe vite 50 ans, le temps a passé comme un songe. Revenons à Henry. Je dois à la vérité qu’il n’était pas seulement peintre et céramiste, il était et est toujours un merveilleux "agitateur culturel". C’est la télévision qui a détrôné le cinéma Maria. La télévision, c’était le cinéma à domicile et les gens de Scaussennes n’ont plus été au cinéma, leur cinéma permanent, c’était leur poste de télévision d’abord en noir et blanc ensuite en technicolor tout en couleurs comme disait monsieur Culot qui tenait le cinéma concurrent juste en face. Le cinéma ne nourrissant plus son homme ni sa femme, ni ses enfants, Jacques a créé "Publi-Rapport" un journal publicitaire toutes boîtes. Suzanne et Jacques et l’imprimeur du Quartier terrriblement central, l’inoubliable et truculent Franz Guéret, ont secondé Henry et toute l’équipe des racines du manoir pour organiser des spectacles fabuleux. Atualpa Yupanqui, Una Ramos, François Béranger, Raoul Duguay, Henry a organisé aussi et je l’en remercie encore, quelques uns de mes spectacles. J’ai d’ailleurs chanté une ou deux fois dans le cinéma, vous ne me croyez pas? Interrogez les murs je suis sûr qu’ils s’en souviennent. Avec Louise, Henry vendait mes disques et mes livres au "Mouton Tondu" rue de la Haie. Il venait à Paris, à Bobino où je chantais avec une immense tarte que tous les spectateurs dévoraient avec délice. Henry a créé un véritable mouvement artistique. Ecaussinnes était devenu un avant poste de la chanson, de la peinture, du dessin, de la musique. Dans son magasin, il vendait des livres de Chavée, de Bury et d’autres poètes connus ou inconnus. Mais en fin de soirée nous revenions au "Royal" notre maison mère. Je suggère que la commune d’Ecaussinnes achète et rénove le vieux cinéma de notre enfance et de notre jeunesse et que le Royal persiste et signe.
Je salue Marie Henriette la grande soeur de Suzanne qui est revenue exprès d’Albuquerque. Et je voudrais citer un extrait de la lettre de Béatrice Gilbert à propos du "Royal": "Petit cinéma survivant dans l’ombre tu es une lumière dans ma mémoire". Je dirai aux démolisseurs et aux promoteurs immobiliers de rester immobiles et de ne toucher à rien, d’aller promoter ailleurs: touche pas à mon Royal et je propose solennellement que dorsénavant jusques’à désormais, on appelle plus le Royal: le Royal mais bien "l’Impérial" - quand on a 100 ans il me semble qu’il n’y a rien de plus normal que cette promotion. Et parallèlement en vertu des pouvoirs qui ne me sont point conférés, je propose qu’on donne à Suzanne à qui appartient ce lieu de mémoire, le titre d’Impératrice et de gardienne officielle de la mémoire Ecaussinnoise, à toutes et à tous présents et à venir en ce 5 octobre 2007, salut et fraternité.

Scaussinou un jour scaussinou toujours.
Scaussinou in djou scaussinou toudi.

Julos

 

08:57 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (5)

Le bateau des confiances

A tant chercher reconnaissance
Je ne me suis plus reconnu
J’attendais que de hautes instances
Me consacrent quand j’étais nu
J’ai fait la rude expérience
D’oublier de croire en moi
Si je regarde les distances
Le beau temps est devant moi
J’ai pris le bateau des confiances
Je me suis mis du baume au coeur
Et je vogue dans la laitance du bonheur
Pourtant
Comment être heureux en ce monde
Quand tout s’effrite aux 4 vents
Le pôle lui-même vagabonde
Le nord n’est plus le nord d’antan
Les continents sont en dérive
Nous sommes assis sur des volcans
Les Paracatoas ivres
Jettent leur lave aux 4 vents
Les bateaux sont sans capitaine
Ou bien le capitaine est sourd
Autiste en sa tour d’ivoire
Il jette bombes et mort autour
On vaccine la belle enfance
On détourne les bébés
A peine sortis du ventre de leur mère
Sous prétexte d’hépatite B
A 10 ans on fait prendre aux filles
La pilule dure à avaler.
A 10 ans leur vie est finie
Elles sont déjà pharmacopées
Les marchands ont violé l’enfance
Et personne n’a rien remarqué.

Julos

08:57 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (1)