22 novembre 2007

Discours à Treignes-Trignoles (Arthur Masson)

Monsieur le maïeur, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, les dgins d'es scosté ci et d'tous les costés qui reconnaissez en Toine Culot un personnage de légende qui a traversé le temps et retrouve une vie nouvelle avec la réédition de l'oeuvre complète d'Arthur Masson qui vient de sortir aux éditions Racine, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je suis très heureux de me trouver aujourd'hui à Treignes-Trignoles, village mythique dont ma mère et ma grand mère me parlaient avec émotion en ces temps jadis où je les entendais rire à la veillée en lisant Toine Culot: livre que j'ai vu traîner sur la table de la salle à manger ou même, fait très rare, dans la pièce de devant où nous n'allions jamais, si ce n'est pour les communions, les mariages et les enterrements.
C'était au temps où j'étais encore petit et particulièrement sensible aux mots wallons que ma grand-mère employait de même que les mots savoureux et juteux qui sortaient avec truculence des bouches des clients de mon père marchand de machines agricoles à Ecaussinnes.
Tous les "sincis" de toute la campagne écaussinoise se retrouvaient chez nous et je me disais à ce moment là que c'était Arthur Masson qui les avait inventés, j'imaginais qu'ils s'étaient échappés de ses livres et qu'ils couraient la campagne à son insu (sait-on jamais quels chemins font dans les oreilles, les paroles des livres et des chansons?).
Claude Rahir ici présent mon talentueux voisin de Nodebais faiseur de voyages et pictureur et sculpteur et écrivain racontait l'autre jour que sa mère était aussi envoûtée par les livres d'Arthur Masson et qu'elle chérissait le gros Toine ce gros nounours qui nous ressemblait comme un frère. Chez moi on parlait souvent de la "pâte universa" inventée par ce grand "chaferlaque" de Pestiaux, on parlait de T. Deom, le roi des farces et des attrapes et le langage d'Arthur Masson était sur les lèvres de toute la famille, c'était référentiel, c'était une sorte de bible de campagne, une manière de manuel de savoir vivre aussi. Il s'y mêlait un peu de mélancolie et aussi un rire franc qui éclatait dans les maisons basses à la vesprée . Ce qui est extraordinaire, c'est que les livres d'Arthur Masson ont étés lus par des gens qui ne lisaient jamais, c'était comme s'il avait appris à lire à une foultitude de monde en Wallonnie. Tout écrivain rêve secrètement d'être lu par tous et Arthur Masson a réalisé ce tour de force grâce lui soit rendue en ce 8 de Juillet 2000.
C'est en pensant à lui que j'ai enregistré un nouveau disque en wallon qui a pour titre: «Co n'rawète». Les chansons de ce disque je les chanterai pour la première fois le 9 9 2000 ici même dans la rue. Pour l'occasion, j'ai mis en musique un texte d'Arthur Masson: «Li vi batia». Sans doute l'écoutera-t-il de ces pays lointains et proches de l'au-delà.
L'espace Arthur Masson m'a demandé d'exposer des textes qui sont écrits sur le support d'étiquettes d'écolier, je les ai écrits, ces textes avec un de ces fameux stylos que fabrique Jean Tomasseti avec toutes sortes de bois car il fait stylo de tout bois, cet artisan scripturaire. N'a t-il pas fabriqué en bois d'amourette un stylographe destiné à écrire des lettres d'amour mais n'en déplaise à notre inventeur d'instruments d'écriture, n'écrit-on pas plus de lettres avec des caresses qu'avec un stylo?
Je vous remercie d'avoir prêter l'oreille à mon discours.

                         Julos Beaucarne Treignes 8 juillet 2000

21:41 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

« Ce qui est extraordinaire, c'est que les livres d'Arthur Masson ont étés lus par des gens qui ne lisaient jamais, c'était comme s'il avait appris à lire à une foultitude de monde en Wallonnie. »

Le soir après souper, lorsque la table de la cuisine était débarrassée, papa s’y installait, il me callait sur ses genoux et ouvrait le dernier tome du maïeur de Trignolles. Les pages grisonnantes étaient graineuses. Si je me souviens bien…il fallait s’armer d’un coupe-papier pour ouvrir le chemin à l’aventure de la lecture.

C’est étonnant comme quelques mots peuvent faire revivre la chaleur des bras paternels. C’est bon !

Écrit par : Françoise | 23 novembre 2007

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c'est beau Quand j'étais petite, ma grand mère lisait Arthur Masson, elle aimait beaucoup.
C'était beau.
Moi, je lisais " Le petit Prince "
aurélie

Écrit par : aurelie | 23 novembre 2007

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Ma grand-mère me racontait les aventures de Toine Culot.
Du haut de mes 7-8 ans, je ne savais s'il existait réellement comme moi, mais si c'était le cas, je me souviens que j'aurais bien voulu vivre dans son village qui me semblait bien agréable et vivant.

Il y a quelques mois, j'ai pu visité l'expo de Toine à Treignes.
Beaucoup de souvenirs me revenaient et l'envie me prit de revenir en arrière et d'écouter encore et encore les histoires racontées par ma tendre mamy...

Ce qui m'attriste un peu aujourd'hui c'est que "nos" jeunes n'ont plus l'envie ou n'ont plus la possibilité de lire ou d'écouter des histoires en wallon, des histoires d'antan.
Peu sont intéressés de se replonger dans le passé de nos villages et de nos familles.
Il faut peut-être se poser des questions sur ce phénoméne, je ne crois que ce soit uniquement parce que les jeunes sont "fénéants" ou "qu'il n'y a plus qu'la TV ou leurs ordinateurs qui les intéressent" ...
peut-être que ces histoires ne leur sont pas présentées de manière 'attractives' ? ou qu'elles ne leur sont pas assez accessibles tout simplement?
peut-être qu'on ne met pas assez en éveil leur curiosité et que, de ce fait, leurs motivations à se tourner vers l'autre, vers le passé, vers la différence ne sont pas assez fortes par rapport au confort de rester 'pénard' chez soi! ...?

Je ne me sens pas très vieille( à 22ans, j'ai quand même encore le temps avant la pension, me semble-t-il!!! ),
au fur et à mesure des années, il me semble important d'en découvrir toujours un peu plus sur nos origines, sur les langues que notre chère diversité culturelle nous donne et je ne pense pas être une si grande exception que cela parmi la jeunesse belge.

Ma grand-mère me donnait souvent l'impression que nos aïeuls n'ont pas toujours eu facile mais qu'ils savaient profiter des (petits et grands) plaisirs de la vie et qu'ils savaient faire vivre leur folflore et les traditions qu'ils les entouraient.

Peut-être que si l'on nous proposait plus souvent, à nous les "jeunes", de découvrir des aventures comme celles de Toine Culot, nous pourrions nous tourner un peu plus sur nos passés pour ainsi pouvoir encore mieux vivre et profiter de l'avenir qui nous attend...

gwen
habitante du "Brin Culot" de Lens
(malheureusement,sans rapport avec le grand Toine!!!)

Écrit par : gwen | 24 décembre 2007

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