23 novembre 2007

Le colosse Sumo

 

 

sumo_Neige

 

 

Le Colosse Sumo à la tête d'argile mange la neige et boit le vent, sa peau de sable jaune craque, s'émiette et craquelle, à chaque bourrasque, à chaque autan. Il se souvient de ses combats en Japonie loin dans le monde, il se souvient des vivats, des hourras qui ponctuaient toutes les luttes qu'il menait rondement, ma foi, il se souvient de ses culbutes, de ses tournois et de ses chutes avant de jeter un adversaire plus que puissant, débordant de peau, et de graisse hors du cercle sacré d'argile, il se souvient de tous ces rois, de ces masses vivantes de chair qui le soulevaient souvent de terre et le projetait loin par devant: patatras! Il se souvient en frémissant dans tous les plis de sa peau large du Sodidashi, soit dit en passant, le crieur public en costume qui avec son éventail traditionnellement l'appelait en chantant au combat. Attention le cercle des humains sumo se resserre le public est entré, ça crie, ça vocifère, les spectatrices, les spectateurs sont à l'envers, cela se passe en Japonie loin dans le monde, souvenez-vous en.

Julos 21 Novembre 2007

Sumo_ceremony

 

Le cercle des humains Sumo s'appelle le Sumotori et a 4 mètres 55 de diamètre. Il est en argile. 

 

11:44 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

on s'en souviendra! on s'en souviendra!
Mon dieu! qu'ils sont énormes!
Et ton texte, Julos, il chante, comme toi.
Aurélie

Écrit par : aurelie | 23 novembre 2007

Répondre à ce commentaire

c'est beau cette ode aux rebonds dans la boue! et que ce doit être bon de se battre dans la bonne boue si douce.

Écrit par : la bourgignone | 23 novembre 2007

Répondre à ce commentaire

Puissante Montagne et les trois fortes femmes
Il était une fois, dans un petit village du Japon, un énorme bébé. Il était si grand que tout le monde l’appelait Bébé Montagne.
A douze ans, il était le plus grand et le plus fort de son école et champion de lutte de son village. Les gens du village étaient fiers de leur champion et le surnommèrent Puissante Montagne.
Un jour d’automne, Montagne Puissante décida qu’il était temps de quitter son village pour aller vers la capitale et devenir champion de lutte. Chaque année, l’Empereur organisait un grand match pour savoir qui était l’homme le plus fort du Japon. Montagne Puissante était sûr qu’il était le plus fort.
Il partit donc, en chantonnant. A chacun de ses pas, le sol tremblait, les oiseaux tombaient des arbres et les animaux s’éloignaient, effrayés. Montagne Puissante ne s’en apercevait même pas car il était bien trop occupé à se congratuler d’être un bel et fort homme.
Près d’une rivière, il vit une jeune fille qui remplissait d’eau son seau. Elle était très jolie, ses cheveux noirs brillaient et ses yeux pétillaient. La jeune fille prit un sentier, juste devant lui, et Montagne Puissante souriait en se disant que ce serait amusant de la chatouiller pour qu’elle renverse un peu d’eau. Il se disait que peut être, elle lui permettrait de porter son seau et de l’accompagner jusque chez elle. De son gros doigt, Montagne Puissante toucha le dos de la jeune fille. Elle rit un peu mais pas une goutte d’eau ne déborda du seau. Puis, elle prit sous son bras une des robustes mains de Montagne Puissante. Montagne Puissante était ravis et se dit « enjouée et jolie, quelle chance ! »
Il essaya de retirer sa main : pas moyen. Il essaya plus fort. « Laisse-moi » dit il en riant « Tu es forte pour une fille, mais je n’ai pas envie de te faire mal ». « Oh, ne t’inquiète pas » dit la fille, « j’aime les hommes forts. Continue d’essayer ». Elle lui fit son plus doux sourire. Elle se mit à marcher, trainant Montagne Puissante qui n’arrivait pas à se détacher. Il suppliait : « S’il te plait, je suis Montagne Puissante, le plus fort et le plus courageux de tous les lutteurs et je suis en route vers la capitale pour y participer au Grand Combat de l’Empereur ».
La fille s’arrêta et le regarda dans les yeux. « Je suis sûre que tu es un bon lutteur » dit-elle gentiment, « mais que feras-tu si tu rencontres quelqu’un qui est vraiment fort ? Il te reste trois mois avant le Combat. Je le sais parce que ma grand-mère avait envie d’y participer. Si tu viens chez moi, nous pourrions faire de toi l’homme le plus fort du Japon. Si tu ne viens pas, tu passeras ton temps en mauvaise compagnie et tu perdras ta force ».
« Je n’ai pas besoin de ton aide, ni de celle de ta grand-mère, ni de personne » grogna Montagne Puissante … mais le soupçon d’un doute s’était installé en lui et il se senti t un peu fatigué. D’autant plus que s’il refusait de suivre la fille, elle pourrait lui casser le bras ou le jeter au bas de la montagne. Il accepta donc et quand la jeune fille relâcha son étreinte, il contempla sa main rouge et enflée en se demandant à quoi il venait de s’engager.
Ils arrivèrent enfin près d’une petite maison au haut de la montagne. La jeune fille lui montra deux tout petits pieds dans l’encadrement de la porte. Ils appartenaient à Grand-mère qui faisait sa sieste. Une femme arrivait, une vache sur l’épaule. C’était la maman de la jeune fille ; elle rentrait des champs. Quand elle aperçu sa fille et Montagne Puissante, elle déposa la vache en disant « La pauvre, elle a mal aux pieds à marcher sur les sentiers caillouteux. Qui est ce mignon jeune homme, Kuniko ? » Kuniko raconta sa rencontre à sa maman qui regarda Montagne Puissante de plus près. Montagne Puissante était un peu gêné mais fit de son mieux pour mettre en évidence les muscles de ses bras et ses pectoraux puissants. « Mmmm » dit la maman, « il a l’air chétif. Il a besoin d’une alimentation saine. » Kuniko appela sa grand-mère. Elle devait crier très fort parce que grand-mère était un peu sourde. Une toute petite dame, toute ridée, toute édentée, sortit de la maisonnette en s’appuyant sur une canne. Elle s’accrocha le pied à la racine d’un arbre. « Zut alors » dit-elle « ça fait la troisième fois que je me prends le pied dans les racines de ce vieil arbre ». Elle entoura le tronc de l’arbre de ses deux petits bras maigrelets et déracina l’arbre. « Tu peux le jeter s’il te plait, chérie » dit-elle à sa fille « J’ai un peu mal au dos ». La maman de Kuniko jeta l’arbre qui disparu au loin comme une fusée. Montagne Puissante n’en pouvait plus. Il pâlit, son regard se fit vitreux et ses jambes colossales tremblotaient. Il s’évanouit. Grand-mère s’aperçut alors de la présence du jeune homme qui gisait à ses pieds. « Qu’est ce que c’est ? » caquetta-t’elle ? Kuniko sourit, en caressant tendrement la tête de Montagne Puissante posée sur ses genoux. « Ce pauvre homme fragile, tu crois grand-mère que nous pourrions le préparer pour le cercle sacré en trois mois ? » Grand-mère soupira « Ce n’est pas bien long et il a l’air frêle ». Elle se baissa et le hissa sur son épaule. En s’appuyant sur son bâton, elle emmena Montagne Puissante dans la maisonnette et le jeta sur le lit.
Le jour suivant, les trois femmes se mirent au travail.
Au petit matin, Kuniko tira du lit Montagne Puissante et le fit se baigner dans le ruisseau glacé. Chaque jour, la maman cuisait le riz en y ajoutant de moins en moins d’eau jusqu’à ce que Montagne Puissante puisse se nourrir comme nul autre humain ne le pouvait. Grand-mère le faisait travailler et lui faisait porter des fardeaux de plus en plus lourds. Chaque matin, grand-mère luttait avec lui. Elle disait qu’elle ne pouvait pas lui faire grand mal et que ces exercices allégeraient ses rhumatismes.
C’était presque l’hiver et Montagne Puissante devenait de plus en plus fort, presque sans s’en apercevoir. Avant ses luttes matinales, Montagne Puissante tapait parfois du pied et les villageois qui vivaient au bas de la montagne s’étonnaient d’entendre des grondements d’orage à cette saison.
Un soir, Montagne Puissante parvint à immobiliser grand-mère pour une demi minute. Le visage de grand-mère se fendit en mille rides joyeuses et Kuniko sautait de joie et embrassa si vigoureusement Montagne Puissante qu’elle faillit lui briser les côtes. La maman lui donna une tape dans le dos et il en eu les larmes aux yeux. Les femmes décidèrent que Montagne Puissante était prêt pour le Combat de l’Empereur. « Emmène la vache » dit la maman. « Vend la et achète-toi la plus lourde ceinture de soie que tu puisses trouver. Tu la porteras quand tu salueras l’Empereur, tu te souviendras de nous et elle te portera bonheur ». Montagne Puissante s’inquiéta : « Si je prends la vache, qui vous aidera aux champs ? » dit il. Grand-mère faillit tomber de rire. Kuniko riait aussi « La vache n’est pas là pour travailler. Maman est cinq fois plus forte que la vache. On la gardait parce qu’elle a de beaux yeux bruns ». « Elle est belle », dit la maman, « mais c’est un travail de la porter jusqu’à la vallée tous les jours pour lui trouver de l’herbe ». « Si je gagne de l’argent au combat, je vous l’apporterai » dit Montagne Puissante. « Oh non » dit Kuniko « nous ne pouvons pas accepter l’argent d’un étranger » .
Montagne Puissante lui fit un grand sourire, s’inclina profondément devant grand-mère et lui demanda s’il pouvait épouser Kuniko et faire ainsi partie de la famille. Kuniko était très heureuse, grand-mère et maman firent semblant de réfléchir et , avec de grands sourires, donnèrent leur consentement.
Le lendemain, Montagne Puissante se coiffa en chignon, remercia maman, jeta grand-mère en l’air (ce qu’elle adorait) et la rattrapa, bien sûr, et chatouilla Kuniko. Il descendit la montagne, la vache sur l’épaule. Dès qu’il fut en ville, il vendit la vache. Comme elle n’avait jamais travaillé, elle était toute dodue et il en obtenu un bon prix. Il s’acheta une épaisse ceinture de soie et partit pour la capitale. Il marchait pieds nus dans la neige et ne sentait pas le froid. Il pensait sans cesse à Kuniko, à la maman et à la grand-mère.
Arrivé au Palais de l’Empereur, il vit beaucoup de lutteurs qui étaient déjà arrivés. Ils se promenaient, vaniteux, se gorgeaient d’énormes bols de riz mou et comparaient leurs poids et leurs estomacs phénoménaux. Aucun d’eux ne remarqua Montagne Puissante. Les courtisanes et les courtisans attendaient patiemment le début des combats. Les dames avaient maquillé leur visage de blanc et les sourcils peints au haut de leur front leur donnait un air constamment étonné. L’Empereur était impassible tel une statue, tout seul derrière son écran. Il avait une dignité distante des regards du peuple et les luttes l’ennuyaient. Il préférait de loin lire et écrire des poèmes et espérait que la lutte ne durerait pas trop longtemps.
Le premier combat se fit entre Montagne Puissante et Bedon Balloneux. Cérémonieusement, les rikishi jetèrent un peu de sel dans le cercle, pour chasser les mauvais esprits. Ils se firent face et frappèrent le sol du pied. Une fraction de seconde plus tard, Bedon Balloneux s’envola comme une bulle de savon verte et atterrit devant l’écran de l’Empereur. Les lutteurs crurent que le dieu de la terre était en colère quand, l’un après l’autre, ils furent tous jetés ou emportés jusqu’à l’ écran impérial. Les courtisanes avaient l’air de plus en plus surprises et, ravies, riaient en se cachant derrière leurs éventails. Le chapeau de l’Empereur s’agitait. Il riait aux éclats et oublia quelques moments sa dignité. Il regardait, très amusé, les lutteurs sumo qui pleuraient devant son écran, comme des gros bébés.
Il ordonna que tout l’argent du Combat soit donné à Montagne Puissante.
Montagne Puissante décida que le Sumo, ce n’était pas vraiment ce qu’il voulait faire. Il préférait être fermier et se dépêcha de rentrer près de Kuniko.
Dès qu’elle vit arriver son homme, Kuniko courut l’accueillir. Elle le porta la moitié du chemin puis ce fut Montagne Puissante qui porta Kuniko.
On oublia vite le nom de Montagne Puissante dans la capitale mais jamais plus l’Empereur n’eut l’occasion d’oublier pour quelques instants sa dignité. Il se réjouissait un peu plus chaque année de la fin du Combat pour pouvoir retourner à sa poésie.

Merci, Irene Hedlund (1982)

Écrit par : Agnès | 24 novembre 2007

Répondre à ce commentaire

Il n'en su mots Je me demande combien pèse
Un bébé Sumo à sa naissance.
S'il ne veut pas être Sumo
Sa sueur le fera t'il maigrir
Pour enfin devenir un long fil
Qui émettra des ondes poétiques
À la lueur d'un phare

nayan

Écrit par : nayan | 24 novembre 2007

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.