30 octobre 2008

Le silence des pierres

 

Ah que j’aimerais ouvrir toutes les portes fermées, rouvrir les passages qui ont été murés, percer le silence figé des pierres, laisser parler le vieux temps à la bouche fermée, dévoiler le visage de l’ancienne passante, celui du trimardeur qui jadis fut enfant ; où est-il à présent cet enfant que sa mère chérissait plus qu’elle-même? En frôlant ce passage fermé comme une tombe, je tombe nez à nez avec l’ancien vivant, le disparu étonné qu’un humain le scrute, je le dévisage. Il s’enfuit en courant, passe au travers de la pierre comme un songe errant, comme une fumée dans un cri sourd d’engoulevent. Je le hèle, il ne se retourne pas, il regagne le passé, léger comme une plume, il court, il vole. Je n’ai pas eu le temps de crier qui es-tu ? Il n’a pas eu le temps de me répondre, la pierre gourmande l’a mangé. Maintenant, elle fait silence, elle pense, elle tuse*. Combien de gens as-tu mangés ogresse? lui dis-je, juste cinq ou six, dit-elle, volontairement imprécise. J’ai peur aujourd’hui de passer près de ces portes de pierres fermées. J’ai peur d’entendre les cris de disparus d’une autre époque et aussi les cris de ceux qui tombent sous les balles pendant que j’écris, j’ai peur des anciens champs de bataille et de ceux d’aujourd’hui, écoutez ces milliers d’âmes qui hurlent dans les soirs de tempête et de volcan en éruption, j’ai peur de la lave du désespoir incandescent et sauvage. Qui peut faire fuir la brûlante désespérance des guerres de Goma, d’Irak et puis d’ailleurs? Ah si juste un sourire faisait taire les armes.

Tuer pour apprendre à vivre, ce n’est pas très original. L’être humain est en pleine dérive, la loi du plus fort est toujours, hélas, la loi du moindre effort au lieu de pactiser, de chercher à trouver un terrain d’entente, on tue. Il nous reste à envoyer de l’amour tous azimuts, “ça ne sert à rien” me dit mon voisin. Rien ne taraude et ne décourage davantage l’âme de l’être humain que cette phrase: “A quoi bon, ça ne sert à rien”. L’homme est né pour un plus grand destin. Nous sommes nés pour la Vie et non pour la mort, nous sommes nés pour l’harmonie et pas pour les désastres et les massacres. Nous sommes nés pour fleurir.

(*tuser en wallon: penser)

 

Julos Beaucarne

30 octobre 2008 en Tourinnes-la-Grosse

 

P1090181

 

 

21:47 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Peur du O O comme il a peur du O
L'homme qui est monté
TRO O

Comme un chat
Qui est grimpé très O
Et qui ne sait plus comment redescendre
L'homme cherche des points d'appuis
Pour demeurer en Vie

Comme un chat
Il a peur du vide
C'est pour celà qu'il remplit
Son esprit de milles et une nuits

Écrit par : nayan | 31 octobre 2008

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Un jour, Julos on m'a dit... URGENCE : Temps pressé pour rien. Urgence de la guerre.
Immobilisme des nantis. Abstraction de la vie. La noble bénévole voit s'envoler en fumée la valeur de l'homme.
LA LOI DU PREDATEUR : Hors l'amour sont les paramètres des guerres qui violent les territoires des hommes enchevêtrées à la folie de l'or.
L'homme kaki se persuade de la raison de son délire pendant que les enfants, dessinent le squelette du rire.
Et ce sont encore les crachotements indicibles des peurs ancestrales qui germent au ventre des femmes maigres aux yeux éperdus.
Mais qui dénonce l'homme prédateur de l'homme si ce n'est le poète.
Un jour, Julos j'ai reçu des mots de guerre qui m'ont dit que la poésie et les chansons ne servaient à rien. Que les poètes et les guitareux faisaient des rêves avec du vent...Moi qui suis une femme pacifiste, j'ai pris les armes la rage au coeur. Il m'est revenu une ancienne chanson près d'une fontaine dont j'avais comme dans un temps lointain la souvenance. "il ya longtemps que je t'aime, jamais je ne t'oublierai..." Je n'avais pas oublié tes mots et leur raisonnance. Je suis redevenue une femme de la texture de la parole et du vent. De colère j'ai tissé des tissus de mots avec mes dents.
"La poésie ne sert à rien?La poésie! Vous plaisantez j'espère?
A quoi ça sert la poésie à notre moderne époque. La poésie ne sert à rien!
La poésie ne sert à rien,soit,mais elle est un plaisir.
La poésie ne sert à rien, sauf à se faire plaisir. Et avoir du plaisir, c'est simplement se sentir vivant. La poésie, la bonne poésie donne la chair de poule. Un bonheur, une émotion, les larmes aux yeux. La poésie est une chose fantastique.
Et si l'émotion procurée par la poésie était un remède à nos maux?
Cela pourrait être une réponse à ce fatalisme qui cherche à déchirer les rêves par des mots couteaux ... Ces poèmes sont d'une autre Silviane, notre point commun est la Bretagne qui a certainement été le berceau de nos rêves. Elle a beaucoup plus de talent que moi qui balbutie encore dans ce domaine. Aussi, je préfère emprunter ces mots et de plus elle chante.
Elle a aussi écrit : Vieille âme
L'être a soigné son corps et a oublié son âme. A trop soigner son corps, l'homme vit loin de son âme. A bien vivre la mort, on peut faire vivre l'âme car c'est le seul trésor de l'homme qui se pâme. Et l'on verra alors sur les têtes les flammes qui veulent briller de l'au-delà des drames. Sur le crâne des sages qui cherchent leur chemin au-delà des mirages, au-delà des destins.
Enfin l'âme guérie exposera sa joie baigant tout son ennui dans l'au-delà du moi. Quand au ciel enfin pur vieille âme se verra. Loin des rêves impur l'harmonie règnera.(Dans le droit fil de l'âme . Silviane Le MENN.

Écrit par : sylviane | 31 octobre 2008

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j'aime bien ton texte et Jeanne et moi te faisons pleins de bisous enrevoir.

Écrit par : marine | 11 novembre 2008

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