25 décembre 2008

Les sans-papiers

 

SansPapiers

 

Les sans-papiers


Tu as débarqué chez nous
avec dans ton maigre bagage
une grande espérance,
tu sais que si on te renvoie chez toi,
tu seras emprisonné, torturé
peut-être ou bien tu disparaitras
et plus personne, peut-être,
n'entendras parler de toi.
A peine es tu arrivé chez nous
qu'on t'enferme,
parfois avec femmes et enfants.
On te tabasse, on te refait
ce que tu as déjà enduré chez toi.
Tu supplies qu'on te donne un laisser- passer,
un visa pour la vie pltôt que pour l'éternité,
tu es un demandeur d'asile,
si tu ne trouves pas asile ici,
tu trouveras asile de l'autre côté,
tu attends un billet pour la mort ou pour la liberté.
Mon voisin me dit:
"Qu'est-ce que tu racontes.
Ce que tu dis ça se passe ailleurs, pas ici ?"
Hélas mon voisin ça se passe tout près,
à deux pas de chez toi et toi,
tu marches libre dans le soleil.
Sais-tu que rien n'est sûr sur cette boule ronde,
sais-tu que ce qui est certain
c'est que rien n'est certain
et que nous pourrions devenir
toi comme moi des sans papiers?
Que sait-on de l'avenir dans le tohu-bohu de ce temps?
Si cela arrivait par malheur,
alors il ne faudrait pas nous étonner
que nous soyions traités comme nous avons traité
chez nous les sans-papiers.

Julos Beaucarne

 

22:25 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Bonjour Mr Beaucarne, Ce qui est terrible, c'est qu'il y a des sans papiers qui chez nous ont été acceptés car ils avaient une belle histoire à raconter, qu'ils l'ont bien contée et que sans doute elle correspondait à ce que l'on voulait entendre.
Alors que d'autres ont tenté, sans inventer, de décrire parfois maladroitement ou sans preuves ce qui leur est vraiment arrivé, qui se sentaient de vrais réfugiés et que l'on a refusé ou emprisonné.

Terrible que parfois les mythomanes, les beaux parleurs et les séducteurs réussissent mieux que les gens naïfs et sincères.

J'en ai fait l'expérience de façon indirecte car la femme avec qui je vis depuis longtemps a quitté le Rwanda et les terribles massacres qui s'y sont passés en 1994, a perdu une grande partie de sa famille, n'a jamais fait de mal à personne et a été prise en Belgique pour une menteuse ou une affabulatrice, de façon unilatérale et dogmatique, par des gens qui croient tout mieux savoir que tout le monde, "à qui ont ne la fait pas" Des vrais c...
Mais, tout de même, s'il y a de nombreux pays bien plus pauvres que la Belgique, qui accueillent certes beaucoup plus de réfugiés, c'est souvent dans des conditions encore bien pires qu'ici. Je sais que tout n'est pas rose, mais j'ai envie de dire qu'il est parfois bien de voir les aspects positifs, sans bien sûr jamais accepter ce qui ne va pas, ne jamais accepter de se taire...

Belle soirée à vous ;-)

Écrit par : Francis | 26 décembre 2008

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les sans -ppiers merci pour ce texte si beau et si poignant mais qui nous parle tant aussi de l'autre coté de la frontière, je viens de l'envoyer au collectif de Calais avec l'Abbé Boutoille qui ne cesse de demander un peu d'humanité aux politiques qui ont presque tous l'air d'être atteints de surdité sauf quelques exception!!!
Annette

Écrit par : Annette | 27 décembre 2008

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J’habite près d’un bras d’eau, l’Aar, qui va se jeter dans l’Ill (i deux l), là où un palais de vert se pavane en exposant aux regards des mots à rêver d’avenir, en vingt sept langues européennes : le palais des droit de l’homme. Une île de paix, une œuvre d’art, près des rives de l’Ill et de l’Aar, où cachés dans les taillis des virages, des gourbis de sdf rendent la chose plus plausible, plus urgente, à qui sait prendre la tangente, quitter le chemin officiel, prendre la petite route, où sont les petites gens.

Écrit par : babel | 27 décembre 2008

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Avant le 26 novembre 2003, les mineurs isolés d'origine étrangère pouvaient avant leur majorité obtenir légalement la nationalité française du fait de leur prise en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance. Cette loi a considérablement limité voire anéanti l'obtention de leurs papiers car elle exigeait un accueil de trois ans par les services sociaux avant de déposer un dossier de demande de nationalité au tribunal d'instance du département. Il fallait donc être arrivé au moins à l'âge de quinze ans sur le territoire français pour avoir la nationalité française. Le sort des autres dépendaient du bon vouloir du département d'accueil dans le cadre d'un contrat Jeune Majeur renouvelable jusqu'à leur vingt et un ans sous réserve d'un projet. Après leur vingt et un ans, ils dépendaient et dépendent toujours étant en situation irrégulière des associations et de la solidarité de leurs compatriotes. J'ai connu Kémo lorsqu'il avait dix-sept ans...

La prévention et la protection sont les missions essentielles de notre profession, l'accueil aussi normalement. De 1999 à 2003 surtout, nous avons accueilli avec plus ou moins de bonne volonté des jeunes mineurs étrangers isolés. Ils étaient trop nombreux à nous demander des solutions, nous ne savions plus où les loger chaque jour. Il n'y avait plus de places d'urgence dans les foyers départementaux où les matelas s'empilaient dans les couloirs. J'ai fait partie de celles qui en eu assez faute de moyens et d'envie. Ils avaient tous la même histoire : un père décédé, un mère enfuie. Qui croire ? qu'elle version privilégier?...Je ne savais pas que l'adoption se fait dans les hasards d'une rencontre...
Un jour, je suis venue le chercher comme les autres. Le juge des enfants nous l'avait confié car il avait insisté sur ses dix-sept ans et demi. Je ne peux pas dire qu'il avait les yeux clairs mais son regard reflétait la lumière et la confiance que dans chaque lieu le bien l'attendait. Son histoire était la même, il voulait en plus lancer un ballon d'or dans les airs. Il a décidé de se faire sa propre famille avec ceux qu'il rencontrerait. Comme un canneton il m'a suivi sans hésitation. L'état lui a accordé une mesure de tutelle et pour moi il n'y avait pas d'horizon bouché sa demande de rester avec nous suivrait...Le 8 décembre, c'est lui qui m'a informée de cette loi couperet son dossier n'avait même pas été accepté.
C'était toujours ma fonction d'assurer une mission de protection et d'en rendre compte à l'administration. Nous avons attendu la mesure d'expulsion et l'appel à cette décision. Il a accepté d'oublier les rêves de foot pour rester sous notre couvert. Il a appris la profession d'installateur sanitaire. Je remplissais soigneusement ses bulletins d'absence pour excuser ses retards au lycée. Ils me disaient votre enfant Kémo a été absent les jours suivants. Je répondais bien entendu j'étais au courant...Et je me suis laissée prendre au jeu d'être devenue un peu sa maman. Je ne savais pas qu'il m'en viendrait le sentiment. Il fallait soutenir son découragement, l'attente avait des accents de douleurs et cette fois je n'avais que des mots pour conjurer sa peur. Je ne voulais pas lui montrer ma désespérance d'être moi- même sans pouvoir.Un jour, il m'a présenté une amie avec qui il pouvait construire un avenir fragile. Une année plus tard il est venu consulter son dossier de ces trois années de prise en charge par notre service mais l'essentiel n'y figurait pas. Je lui ai écrit une lettre pour lui dire que, quelle qu'ait été son histoire de départ, elle lui appartenait et que cela ne m'avait pas empêcher de répondre à la confiance de l'autre que j'avais lu dans ses yeux d'enfant. Que de Bretagne ou de Guinée le pêcheur jetait son filet dans l'espoir d'un avenir meilleur et que chacun en avait le droit, que désormais je lui disait comme la mère d'un beau film " Va, vis et deviens"...

Kémo a obtenu un titre de séjour après deux ans d'attente après avoir déposé un recours auprès du tribunal administratif d'un premier département qui l'a rejeté. Il a pu avoir ses papiers par la préfecture de Paris grâce à l'aide d'une avocate qui a prouvé que sa grand-mère était veuve de guerre...
comme quoi, il fallait fouiller dans d'autres papiers... Il aura un an de plus le 11 janvier 2009 et j'espère un jour, lorsqu'il sera prêt, serrer un bébé de couleurs mélangées dont je serai la grand-mère par adoption. Je lui souhaite toujours un bel avenir accompagné de cette confiance qu'il a su garder et de signer en toute quiétude les bulletins d'absence de son enfant pour excuser simplement les 2 minutes où il n'a pas couru assez vite pour attrapper la navette qui le conduisait au lycée.

Écrit par : sylviane | 27 décembre 2008

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