05 janvier 2009

Les 24 perles rouges

 

Te souviens tu de tes 24 perles rouges? Elles formaient ton collier et restaient sagement autour de ton cou pendant que tu vivais ta vie que tu parlais de ceci, de cela, pendant que tu t'exclamais, que tu riais de bon coeur, que tu galéjais, on aurait pensé qu'elles allaient y rester trois siècles, ces 24 perles de ton collier, que dis-je trois siècles mais qui sait peut-être davantage et tout à coup, on ne sait pour quelle raison, le lien qui les tenait ensemble s'est dénoué et toutes heureuses, toutes libérées, elles ont roulé sur le plancher.... les perles qui faisaient le tour de ton cou, elles ont fait le tour de mon plancher en chêne d'Amérique, elles ont roulé avec une telle joie qu'elles tonitruaient gaiement jusqu'à ce qu'elles s'arrêtent et que le silence vint souligner leur débridance, tu perdais tes billes... elles étaient sur le plancher et nous regardaient fixement comme 24 yeux arrêtés sur l'image, 24 yeux rouges et railleurs, qui avaient l'air de dire : « Vous voyez ce que nous, les perles, on est capable de faire? ». J'aurais cru que tu allais te précipiter pour ramasser les cerises rouges de ton débridé collier, non, tu étais comme prostrée, tu te sentais comme soudainement déshabillée, tu mettais tes mains à ton cou dans l'espoir secret de cacher sa nudité soudaine, (car un cou sans collier de perles, c'est indécent et impensable) tu pensais que ce n'était qu'un rêve, une illusion d'optique, une "Optical illusie", ce départ des perles, cette révolution des perles qui criaient :"Indépendance tchatcha". Y avait-il eu chez elles une quelconque préméditation sourde? Qui sait! Se parle-t-on entre perles entre chien et loup dans la chaleur d'un beau cou?... Et elles étaient ensemble toute la journée, est-ce qu'elles avaient prévu le coup? Peut-être que ça jase les perles, ça jase, peut-être même terriblement boréalement? Peut-être que tu dormais avec ton collier même la nuit oui ou non? Que sais-je? Sans doute tu dormais avec ton collier pour ne pas montrer ton cou nu aux étoiles de la nuit. Elles en auraient pâli. Quelle pudeur! Eh oui, il fallait se rendre à l'évidence: même les perles veulent se libérer, choisissent-elles le cou qu'elle veulent orner...? Mon Dieu comme les temps changent! Peut-être que les perles n'aiment pas être prisonnières d'un cou, pensai-je, fut-il le plus beau qu'il fût, qui l'eut dit, qui l'eut cru? Aucun cou ne peut retenir les perles d'un collier, me disais-je et que dire des perles que sont les larmes? Aucun oeil fut-il expert en rétention lacrymale ne peut retenir les perles que sont les larmes qui prennent le chemin de la liberté. Je pensais naïvement que tu allais ramasser ces perles, les reprendre pour les réorganiser en collier quand tu serais rentrée chez toi dans ton village éloigné, au diable vauvert...? Non, basta! Ce collier c'était déjà le passé "Monsieur mon passé laissez-moi passer" tu ramassais déjà tes bagages et tu repartais sans un regard en arrière, sans le moindre regret, les 24 perles rouges pleuraient face à ton indifférence tartare. Je les ai mises dans un verre et j'ai mis le verre sur le bord d'une fenêtre... pour que les perles puissent regarder passer les chalands et les perles de la pluie. 

Julos  5 juillet 007


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10:20 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Sans malabar Les perles s’étaient rassemblées au marché des artisans, devant la mer. Les deux jeunes femmes riaient leur joie d’être ensemble ce soir exalté d’Id-al- Adha. L’une caressait les perles rouges attisées des lumières de la fête, les roulait, les égrainait, douces et chaudes sous ses doigts. L’autre lui a soulevé le premier collier des mains et le lui a attaché sous le voile qu’elle portait desserré, vague islamique animiste. En partage, elle a posé le deuxième collier au cou de sa proche. Et les perles grisées au parfum des épices de l’île soupiraient d’aise.

Écrit par : Agnès | 06 janvier 2009

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Le don est comme le lotus, il prend racine sur une mare de vase. Donner ne console de rien car l'orphelin est inconsolable, mais la générosité l'autorise à vivre. Par sa tendresse, il va racheter les mauvaises actions de ses congénères, il va conjurer le sort fatal de la méchanceté, il rétablira le poids de la balance du monde vers un peu plus d'humanité. Il est comme un gardien de bonté dans un univers piqué de guerres.

Donner une heure à l'autre est un cadeau des plus précieux et des plus rare qui soit. Chaque seconde offerte est comme une perle qui s'égrène au fil du temps qui passe. Les perles du sablier s'enfilent les unes aux autres et forment un collier qui pare notre quotidien du plus précieux des joyaux celui de la quiétude, du calme et de l'écoute.
Ce texte est un extrait du livre de Marianne Doucet "Comme de la pointe d'une plume" Ed De Terre et D'encre. Marianne Doucet est sculpteure, poétesse, comédienne et enseignante. Ses sculptures et ses textes s'interfèrent comme le feraient de petites lueurs éparses qui ne seraient que fragments d'un grand kaléidoscope : celui d'une vie toute en couleurs.
C'est un beau livre à offrir et à faire circuler en ce début d'année si vous avez le désir de faire un monde neuf en 2009. Il nous invite à nous créer un collier de la couleur de L'arc en ciel ou de notre choix lorsque notre collier s'est défait un jour, libérant une pluie de perles ou une pluie de larmes devant les difficultés de la vie. Il nous répète que le temps apporte d'autres perles dans le don et l'échange.

Julos, les perles rouges du temps passé s'ennuient peut-être dans leur bocal. Peut-être ont-elles envie d'être données à chacun et chacune au fil du temps, portées en pendentif ou en collier par rang de deux, trois et en multiplicité pour à nouveau vivre une histoire et se raconter à d'autres perles. Chacune raconterait son histoire d'amour et de temps donné à sa voisine. Elle ne rattrapperait pas le temps perdu mais raconterait le temps passé, le temps donné et le temps à donner encore pour accueillir d'autres perles. Sylviane.

Écrit par : sylviane | 07 janvier 2009

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