15 janvier 2009

Camille

Une lycéenne sans histoire accusée d'avoir tué son amie

De notre envoyée spéciale à Rouen, Agnès Leclair

14/01/2009  journal le Figaro

 

Décrite comme «joyeuse» et «discrète» par ses camarades, Camille, âgée de 18 ans, aurait succombé après avoir reçu une centaine de coups de couteau assenés par l'une de ses meilleures amies.

Un conflit amoureux serait à l'origine du drame. L'auteur présumé pourrait avoir prémédité son geste.

 

Amitié passionnelle, jalousie amoureuse, coup de folie ou geste prémédité. Les habitants de Rouen ne comprennent pas encore le drame venu bouleverser la vie de deux jeunes filles rangées.

Jeudi dernier, une élève de terminale du lycée Les Tourelles, Constance R., aurait tué son amie et camarade de classe Camille V. Une journée comme les autres, où les deux jeunes filles, âgées de 18 ans, étaient allées déjeuner ensemble chez les parents de Constance. C'est dans cette maison, nichée dans le très calme quartier Saint-Gervais, que le tête-à-tête aurait dérapé.

De ses propres aveux, Constance aurait frappé à mort sa camarade. Avec un acharnement dont l'autopsie pratiquée avant-hier a révélé toute la violence. Camille a en effet succombé après avoir reçu plus d'une centaine de coups de poing, couteau et marteau. Son corps a été retrouvé en fin de journée par les parents de Constance, déposé dans un lit sous une couette.

Une information judiciaire pour assassinat visant Constance doit être ouverte aujourd'hui a annoncé le parquet. La jeune fille pourrait donc avoir prémédité son geste. Certains signes de rancoeur et ses déclarations même le laisseraient en tout cas imaginer. Hospitalisée d'office vendredi pour «syndrome dépressif» accompagné «d'idées suicidaires», elle était encore en observation hier soir et sera mise en examen ultérieurement par le juge qui sera désigné pour instruire cette affaire. Après son interpellation, la meurtrière présumée «a reconnu avoir tué sa camarade dans le cadre d'un conflit amoureux», selon le procureur de la République de Rouen.

 

A priori, rien ne laissait présager cette violence chez Constance, fille d'un bijoutier, élève sans histoire du lycée technique privé d'enseignement catholique Les Tourelles. Cette enfant adoptée, d'origine brésilienne, est décrite par son professeur principal comme une élève «dans la moyenne», «sans aucun signe qui la différencie du groupe». Une connaissance se souvient avant tout d'une fille «gentille». «Elle était assez réservée, tout comme Camille. Peut-être un peu plus», avance la directrice du lycée. D'autres camarades avouent mal connaître les lycéennes.

«Elles étaient un peu dans leur bulle», lâche une fille de terminale. «En cours, elles étaient toujours assises côte à côte», confirme la directrice.

 

«Pas du genre à provoquer»

Constance n'aurait donc pas supporté de voir son amie nouer des liens amoureux avec son ancien petit ami. Sur les journaux en ligne des deux lycéennes, l'«incident» semble pourtant dépassé. «Je te souhaite tout le bonheur du monde avec lui. Je t'aime très fort, et je ne veux en aucun cas que l'on s'éloigne l'une de l'autre», a en effet écrit Constance. Sur son journal en ligne, Camille déclare elle aussi son affection avec la fougue de l'adolescence. «Mon instant de bonheur quotidien, ma motivation d'aller au lycée, je l'aime ma Constance», affirme-t-elle. «Elles étaient amies, pas rivales», s'insurgeaient lundi plusieurs élèves, sceptiques quant à la thèse de la compétition amoureuse. Le petit ami lui-même estime que beaucoup de mensonges ont été dits sur cette affaire. Une chose est sûre, Camille «n'était pas du genre à provoquer», précise une amie. Au contraire, elle aurait même choisi de rester silencieuse un temps afin de ne blesser personne.

Fille d'un ingénieur élevée dans un climat de générosité et d'ouverture aux autres, Camille venait de fêter ses 18 ans. Ses passions : la musique et surtout sa jument, Quioka. Sans se concerter, ses camarades utilisent les mêmes mots pour la décrire : «joyeuse» et «discrète». Une de ses proches, rencontrée dans un centre équestre, confie : «Elle était la joie de vivre incarnée, elle voulait le bonheur de tout le monde.» «Elle projetait de créer un centre équestre pour les personnes handicapées», rajoute un autre.

 

«Je n'ai pas de haine. Je connaissais Constance. Je ne comprends pas son geste.» Tels sont les mots du père de Camille pour commenter «l'horreur». De sa fille, il dit simplement : «Elle adorait aider les autres.»

Avec beaucoup d'élégance, il invite ceux qui voudraient en savoir plus à lire la lettre rédigée par le poète et chanteur Julos Beaucarne après la mort de sa femme : «Je vous demande d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches; le monde est une triste boutique, les coeurs purs doivent se mettre ensemble pour l'embellir. Il faut reboiser l'âme humaine.» Comme lui, il a écrit à ses amis et à ceux de sa fille «partie pour le pays de l'envers du décor» pour les inciter à rester solidaires et à venir à l'enterrement munis de fleurs blanches.

12:48 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

Dans cette "triste boutique" où la loi du Talion prime, il existe encore des gens qui essayent de s'aimer "à tort et à travers".
Gilles

Écrit par : Gilles Poulou | 16 janvier 2009

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A inverser ainsi les réacteurs puissants de la haine, un seul humain peut ré-ensemencer nombre de coeurs devenus arides et infertiles à force de coups du sort, d'ignorance, d'amertume, de jalousie, de bêtise...
"Amis bien aimés"...
Je ne sais pourtant si moi-même aurais cette force de l'âme de pardonner ainsi à qui enlève la vie d'êtres chers, moi qui saigne déjà pour tous ces morts que je ne connais pas, à Gaza, au Soudan, en Chine, près de chez moi.
Je me sens si insignifiant devant tant d'amour et d'humanité de ce père qui, comme Julos, fait du malheur une borne sur notre chemin pour nous rappeler ce à quoi nous devrions tous tendre lors notre bref séjour sur terre : la compassion vraie.
Ce soir aussi, je pense à Jean-Marie Moreau de Morlanwelz près de chez Françoise, cet homme que j'aurais tendance à décrire comme surhumain alors qu'il était lui-aussi simplement terriblement humain avec chacun, avec tous les exilés de l'amour, sans-papiers et sans défense dans notre société égoïste et exclusive. Jean-Marie, un prêtre qui m'aurait fait presque croire en dieu ou à défaut croire en l'homme.
Ce sont de tels femmes et hommes qui partout par le monde relèvent l'humanité de la fange où elle s'enfonce.
A ta santé, Jean-Marie.
Merci à toi, à Julos, au père de Camille, à tous celles et ceux qui sont les étoiles de notre nuit noire.
Jilber
16-I-09

Écrit par : Jilber | 16 janvier 2009

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Oui, Jilber, merci

Écrit par : jenofa | 16 janvier 2009

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Merci pour vos témoignages , je prendrais contact avec Julos car j'ai usé et utilisé ses mots sans limite mais ces mots nous ont permis mon épouse, mon fils et moi d'affronter cette horreur et folie humaine. Merci à Julos , merci à tous

Écrit par : Christian | 19 janvier 2009

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je viens de prendre connaissance des faits !
Christian quel courage il te faut ....
je suis bouleversé !!!
à te lire
JJL

Écrit par : JJ Lobert | 06 mai 2011

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