20 janvier 2009

Lettre du papa de Camille

                                                                                                       Le 20 janvier 2009

 

 

Bonsoir Julos

 

Je suis le père de Camille, la lycéenne tuée le 8 janvier par sa meilleure amie.

Ton blog en a fait part via l'article du Figaro.

 

Une de nos premières réactions, hormis la douleur et la souffrance atroces de perdre une enfant de 18 ans, a été de nous replonger dans la lettre que tu as écrite à la chandeleur 75 pour Loulou.

Ce texte a été notre moteur pour répondre à des journalistes qui attendaient que je ne prononce que les mots haines et colères. Aujourd'hui ces mots ont été bannis de notre vocabulaire.

 

Nous souffrons de cette disparition précoce d'une petite femme qui faisait plein de projets. Aujourd'hui, nous sommes plutôt dans l'incompréhension, comme tu peux l'imaginer nous sommes "au fond du panier des tristesses".

 

Alors nous nous sommes permis de te contacter car nous avons usé et utilisé tes mots dont tu trouveras ci-joint une adaptation que nous avons dite lors du dernier voyage de notre Camille.

 

Pardon de ne pas avoir demandé ton autorisation mais ces mots ont touché beaucoup de jeunes car notre fille était d'abord une bonté pour les autres avant de s'occuper de soi, elle a glissé sur un je-ne-sais-quoi que je ne connais pas encore.

La "meurtrière" Constance, puisqu'il faut l'appeler comme cela, était sa meilleure amie. Camille la portait peut-être trop. Nous saurons peut-être un jour.

J'ai eu son père au téléphone, effondré car il ne comprenait pas non plus, folie ou préméditation, la justice le dira.

 

Pendant toutes ces journées, nous avons répété à qui voulait l'entendre qu'il fallait s'aimer à tord et à travers. Le message a touché beaucoup de jeunes vu le nombre de messages reçus, maintenant il ne reste plus qu'à cultiver la graine, il y aura du travail.

 

Voilà un peu l'histoire qui ne fait que commencer.

Je fais aussi partie d'une association qui organise un festival du conte, et mes amis ont décidé de nous emmener te voir en spectacle en février pour faire plaisir à mon épouse, mon fils et moi, nous serons au moins une vingtaine et j'attends avec impatience ce moment. J'espère pouvoir te rencontrer comme en 1992 à Rouen avec Irène Pergent si tu t'en souviens.

Mes amis nous soutiennent, ils veulent même te faire venir dans le cadre de notre festival (vraisemblablement le 2 ou 3 octobre 2009), ce serait pour moi le plus beau des cadeaux.

 

Actuellement, j'écoute en boucle « Chandeleur 75 », c'est tellement nous en ce moment que cela nous aide beaucoup.

 

Merci encore de m'avoir lu,

Cordialement,

 

Christian, Isabelle et Simon

 

 

Camille

 

Notre amour à nous, notre petite princesse comme nous l’appelions, s’est arrêtée en plein élan sur le seuil de ses 18 ans.

 

Notre Camille est partie pour le pays de l’envers du décor.

Quelqu’un a mal écrit l’histoire…

Quelqu’un l’a poussée dans le noir…

Fini sa vie, fini ses rires, son cheval tant aimé…

 

Parfois, nous avons envie de rejoindre l’autre côté,… mais nous n’avons pas encore usé tout notre temps.

Son corps s’est endormi mais son esprit vit la pleine liberté.

 

Nous sommes aujourd’hui au fond du panier des tristesses.

Nous allons devoir continuer nos vies avec Simon et ce poids à porter en plus.

Nous devons, parait-il, manger du pain noir pour aller au paradis.

Nous aimerions tant qu’il y ait un paradis et comme elles seraient douces les retrouvailles.

En attendant, nous gardons bien à l’abri son image rayonnante, son caractère joyeux et tonique, sa générosité.

 

Ne perdons pas courage, ni vous, ni nous.

C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre… par l’amour… par l’amitié.

 

Sans vous commander, nous vous demandons d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches.

Le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mobiliser pour reboiser l’âme humaine.

Nous prenons la liberté de vous dire aujourd’hui que nous pensons de toutes nos forces qu’il faut s’aimer à tord et à travers.

 

Au risque de nous répéter: « attachez vous à reconnaître le caractère précieux de chaque journée ».

 

23:38 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (10)

Commentaires

A Christian, Isabelle et Simon Chers Christian, Isabelle et Simon, votre lettre m'a bouleversée. Vous êtes, aux côtés de notre Julos , des jardiniers reboisant l'âme humaine à travers les brumes. C'est si important dans ce monde trop souvent occupé à déboiser, à déplanter, à Gaza, au Tibet ou tout près de chez nous.
Puissiez vous semer encore bien des graines autour de vous...
Bon voyage à votre petite Camille.
Je vous embrasse à travers les distances, avec beaucoup d'émotion.
Véronique

Écrit par : Véronique | 21 janvier 2009

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Chers amis du panier des tristesses,
Pour connaître "cette" douleur de l'envol d'un enfant dans le bouillonnement de sa vie, je vous dis qu'il nous faut la vivre cette morsure terrible avant que le temps fasse son grand oeuvre, comme l'eau claire des ruisseaux qui transforme les pierres en galets ronds et doux.
Je tiens désormais dans ma main un beau galet rond et doux même si parfois il me semble être crochetée par une fulgurante désespérance.
Mon coeur est tout près du vôtre. Mes mains se tendent vers les vôtres.
Christian, Isabelle et Simon, je vous embrasse.

Écrit par : Gloria | 21 janvier 2009

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Pour Christian, Isabelle, Simon Votre lettre est bouleversante . Sans vous connaître, je vous aime. Votre petite Camille est une étoile qui brille pour toujours.
Aimons-nous très fort autour de Julos
Paula

Écrit par : Paula | 21 janvier 2009

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pour Christian isabelle et simon chers amis de coeur
nous avions lu sur le figaro votre courage au milieu de ce drame le meme que julos que nous aimons tant pour sa bonte de coeur
nous envoyons sa lettre à chaque courrier nouveau depuis des annees nous avions d'ailleurs offert dans les commentaires sur figaro de l'envoyer à qui la desirer car il faut parler d'amour que d'amour comme julos qui nous apporte tant d'amour par son exemple de bonte et de courage depuis des annees nous n'habitons pas tres loin de rouen et nous viendrons en octobre
merci de faire decouvrir dans votre douleur cette tres belle lettre de pardon ecrite par JULOS QUI NOUS A FAIT LE CONNAITRE IL Y A DES ANNEES?MON MARI AVAIT FAIT TRAVAILLER SES ELEVES sur le pardon avec cette lettre
nous avons une tendre pensee pour votre petite CAMILLE ET BEAUCOUP DE RESPECT POUR VOUS TROIS nous vous embrassons tres fort

Écrit par : patricia gerard | 22 janvier 2009

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le monde est fou... on ne peut rester que sans voix....et vous envoyer toutes nos ondes positives de soutien et d'Amour
se soutenir et" tenir debout " dirait l' Ami Y .Duteil
savoir, et pouvoir donner son pardon.
un don de soi
avec notre soutien
gérard dit Lagu



Écrit par : patricia gerard | 22 janvier 2009

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Monsieur Monsieur
vous avez déjà entendu tout le bien qu’on dit de vous. Mais dans le silence, dans ce silence, où se creuse la carie de la douleur, nos voix ne sont d’aucune utilité : nous ne pouvons pas vous rendre le bien que vous nous faites, en enlevant la terre des souliers du monde, pour le laisser fouler les tapis, les vernis des quotidiens.
Monsieur,
vous avez fait plus que beaucoup qui parlent à tort et à travers.
Vous avez mis de l’amour dans le silence définitif
Et là, en silence, débout dans la déferlante des jours, dans la peine et le crachin des nuits brutales, permettez que je cherche que, discrètement, je cherche votre main pour la serrer, en en serrant une autre de l’autre main,
tous debout dans le vent gris de la douleur
nous avions besoin de vous sans oser l’espérer
et vous voilà.…
Monsieur...

Écrit par : babel | 22 janvier 2009

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Les parents désenfantés sont comme des poupées désarticulées. Ils jouent à vivre comme leurs enfants ont joué à mourir. Ils voudraient se reconstruire mais ne savent pas où trouver un ciment suffisament solide pour maintenir en place cet assemblage de souffrances, pour recoller les morceaux de leur bonheur perdu, pour remodeler un semblant d'être vivant. Après des heures et des heures accumulées les unes sur les autres, des jours et des jours à traîner l'existence, des semaines à espérer que le cauchemar quitte la réalité, des mois et des mois à vieillir sa vie dans un fût de chaînes ; le sang est tiré et il faut le boire.
Votre vie prend un nouveau goût. Votre douleur se compacte. Elle est toujours présente mais elle est retombée lentement au fond du tonneau . Elle s'est transformée en une puissance nourricière qui vous donne du corps, vous qui aviez perdu le vôtre. Elle vous donne la force de vieillir en vous bonifiant, vous qui ne saviez pas qu'une telle souffrance pouvait exister sur terre.
Elle vous fait sourire quand une mère se plaint du désordre laissé dans la chambre d'un enfant, elle vous permet de comprendre le chagrin des autres. Elle vous fait réfléchir sur l'utilité de cette vie à vivre malgré tout. Elle colore de rouge les souvenirs à ne pas oublier, elle dépose la lie des égoïstes sur un fond de dégoût, elle piétine les grappes d'évènements anodins pour en retirer le précieux jus de la joie, elle vous double les moments heureux de l'existence, elle vous saoule de toute sa puissance à relativiser les petits malheurs, elle vous millésime de souvenirs précieux. Elle fait de vous un grand cru où puiser de la qualité, de la générosité, de la force, de la rareté, de la couleur.
Cette énorme soufrance distillée, vous habille d'une robe de lumière.
Parfois, malheureusement, il arrive que certaines personnes n'arrivent pas à transcender leur peine et que la pourriture envahit leur vie. La coupe à boire est trop pleine et leur monte à la tête. Le breuvage se transforme en un vinaigre aussi acide que leur hargne qui sent le souffre. Ils n'ont plus soif que de vengeance. Leur avenir se bouchonne, leurs jugements sont âpres comme de la piquette, leur haleine dégage des relents de mauvaises appellations. Ces gens-là ont besoin d'aide, ils doivent tailler les branches mortes de la revanche sinon leur pied de vigne se transformera rapidement en un arbre empoisonné qui ne donnera plus que des fruits malades et nocifs. Ils n'ont pas pu donner un suplément d'âme à leur douleur, elle a été inutile. Ces êtres- là se rabougrissent.
Ce texte est extrait du livre de Marianne DOUCET : Comme de la pointe d'une plume. Editions De Terre et D'encre.
Lorsque j'ai commencé mes études d'éducatrice, il y a longtemps maintenant, la première chose que j'ai apprise est qu'il n'existe aucun mot pour désigner un parent en deuil, cette douleur ne se nomme pas. Quelques années plus tard j'ai connu cette minute intolérable où la vie s'est échappée, vous laissant impuissant à faire renaître un corps que vous avez mis au monde. J'ai eu l'immense chance que ma fille me soit rendue et pourtant j'oublie des fois égoîstement ce deuxième don tout comme j'oublie de lui dire chaque jour combien elle m'est précieuse. Je compatis à votre deuil et vous remercie beaucoup de nous rappeler à nouveau la lettre de Julos de nous aimer à tort et à travers. De nous aider à cultiver la plante humaine du pardon si fragile dans notre monde où pousse la violence. Une jeune femme ayant été poignardée aussi ce jour à son lieu de travail. Sylviane.

Écrit par : sylviane | 22 janvier 2009

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Tenons chacune et chacun ces mains serrées, ces coeurs serrés, en une longue chaîne humaine de tendresse et de respect et que cette chaîne s'impose aux yeux de tous ceux qui ne croit pas en la force de l'amour et de la persuasion.

Écrit par : Jilber | 23 janvier 2009

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je n'ai pas su, mon doux Julos, te donner les coordonnées du père de Camille mais je vois que grâce à ton blog, vous vous êtes retrouvés...grâce à ton blog mais surtout grâce à la chaîne d'amour qui, grâce à toi, à des gens comme toi, comme Christian, se tisse entre les hommes et les femmes de coeur et nous aide à faire face à la douleur, aussi insurmontable, aussi inacceptable soit-elle, nous aide à combattre la haine, la vengeance et même la révolte devant toutes ces morts intolérables: celle de Camille, celles des enfants de Gaza, celles de tous ceux qui meurent de faim dans le monde, celle de bébés assassinés dans une crèche: l'hooreur envahit parfois nos jours, nos vies et il nous faut toute la force de l'amour pour continuer notre route...
Christian, les mots me manquent bien sûr, pour vous dire combien je partage votre douleur, la vôtre et celle de votre famille et des ami(e)s et mes pensées essaient maladroitement de vous rejoindre au fond de ce panier de tristesse...
et puis je vois que vous me citez et cet inoubliable concert de 92 et que vous parlez d'aller voir Julos ou de le faire venir: puis-je me permettre de vous demander si je pourrais me joindre à vous tant il est important de replonger régulièrement dans le bain de tendresse et d'amour dont Julos nous abreuve?
Je vous embrasse (= je vous serre dans mes bras) toutes et tous

Écrit par : Irène Pergent dite "la Perjeanne" | 24 janvier 2009

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Christiian, Isabelle et Simon,

Je pense à vous et me permets de vous adresser ces quelques mots d'amitié -

Lucie

Écrit par : Lucie | 24 janvier 2009

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