28 février 2009

La Libre Belgique - 27 février 2009

Les galaxies de Julos.

 

"J’ai le contraire du rire dans la peau".

 

 

 

 

Avec ses cheveux en anarchie, ses pulls ensoleillés et ses musiques en bandoulière, il semble émerger de ces lointains du temps où jongleurs et troubadours jetaient l’émoi sur les marchés des villages ou les parvis d’église. C’est, en réalité, ainsi qu’il a débuté, en sa jeunesse fauchée, alors que, se rêvant comédien, il s’est mis à chanter sur les places, en Provence, afin d’y faire réparer sa voiture en panne. Venu de loin et de plus loin encore, Julos Beaucarne est pourtant bien d’un aujourd’hui dont il sonde, sans complaisance, les incohérences et fourvoiements. Ses yeux de noisette qu’éclairent sa passion de la liberté et les engouements de son cœur virent au noir d’orage quand il démasque les intolérances, les racismes, les injustices et autres violences omniprésentes. Il garde pourtant, jusque dans ses colères, un humour qui fait sa malice habile. Et cela n’enlève rien à une chaleur qu’il distribue à pleins bras et à cette douceur en creux de voix qui sait la force du murmure et du silence.

C’est que Julos n’est pas d’une seule couleur ni d’un seul terroir. On ne sait jamais à quelle hauteur de ciel il plane. On sait juste qu’il plane souvent, opposant ses arcs-en-ciel aux vilenies des hommes et aux chagrins dont il a eu sa part. Il ressemble à la pièce hirsute où il vit en bohême dans son refuge de Tourinnes-la-Grosse. Tout s’y emmêle. Tout s’y empile. A profusion. Surprenant. Amusant. Insolite. On y est bien autour de la table que s’en viennent éclairer les feux de trois bougies et, par la fenêtre, un semblant de soleil. Julos sert le café. Julos ne se prend pas pour Julos. Alors, pour qui ? Pour quoi ?

"Quand on me pose la question, je réponds que j’écris, chante, fais des photos, des montages, de la musique La partie la plus visible, c’est chanteur. Je ne suis pourtant pas reconnu comme chanteur. On me dit : vous faites de beaux textes. Comme si je n’avais pas fait toutes mes mélodies et, parfois, celles des autres. J’ai un public qui me suit. J’ai chanté un peu partout, même en Arabie saoudite. Je serai prochainement à Varsovie. Je chante en France et au Québec plus qu’en Belgique où mes chansons sont ignorées d’antenne, à la radio comme à la télévision. Il paraît que je dérange. Je ne suis pas assez consensuel."

Couvert de prix dont celui de l’Académie Charles Cros, Julos, depuis toujours hors mode et indémodable, vient d’entrer dans la collection Espace Nord avec la réédition, en consécration de son œuvre, de "Mon terroir c’est les galaxies". Paru en 1981, le livre est, pour l’occasion, préfacé par André Goosse qui voit en Julos "un agent efficace du rayonnement du français ". Que sont les galaxies de Julos ?

"C’est l’immense force de l’univers et des astres qui nous donnent une énergie fantastique. C’est un monde en perpétuelle expansion. On ne peut pas s’y arrêter sur un coin et penser qu’on est au bout du chemin. Je crois à cette éternelle remise en question de la pensée et suis très fasciné par les scientifiques qui étudient l’univers. Je ne sais pas jusqu’où ils vont aller. Je suis curieux. Je ne crois pas au hasard. Je parle à ceux que j’ai perdus. Mais je ne peux croire à un Dieu au nom duquel, et quel que soit le nom qu’on lui donne, trop de choses négatives se sont faites et se font de par le monde".

Dans les terroirs de Julos qui lit essentiellement les poètes et les journaux, on peut aussi inscrire les mots dont il joue en amoureux et en éclaireur : "Je suis resté fidèle au wallon qui a précédé le français. C’est le latin venu à pied du fond des âges. Quand je l’entendais dans ma campagne d’enfance, j’en aimais les accents, les saveurs Mes parents, sauf quand ils étaient fâchés, s’exprimaient en français et voulaient que je le parle bien. Je dois à mon professeur de quatrième latine d’en avoir découvert, dans les textes que lui-même écrivait, les beautés et les subtilités. En lisant, sur son conseil, Henri Pourrat, j’ai commencé à écrire "

Depuis, Julos a écrit. En tous temps. En tous lieux. Des feuilles en attente au pied du lit pour une éventuelle inspiration de nuit. Poète rebelle mais aussi du bonheur et de la douceur de vivre, il a derrière les rires et les colères, une tristesse perdue dans un pli de son âme qui remonte à la mort de sa femme en 1975 : "C’est un chagrin insurmontable. Je la garde en moi, mais ma vie a changé de direction depuis qu’elle n’est plus là."

La lettre magnifique qu’il a rédigée au soir de cette mort - "Ma Loulou est partie pour le pays de l’envers du décor, un homme lui a donné 9 coups de poignard dans sa peau douce. C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre par l’amour, l’amitié et la persuasion " - a laissé des traces puisqu’on lui demande encore aide et complicité lors de drames semblables : "Je me suis refusé à la haine. Elle n’est pas dans ma nature et ne pouvait me rendre ce qu’on m’avait pris. Je ne me suis pas intéressé au procès. Je ne sais pas ce qu’est devenu le meurtrier. J’ai mis une chape là-dessus."

Sans que se rompe sa fidélité à Loulou restée présente au fil de ses chansons, d’autres femmes ont, avec des constantes et des intermittences, ébranlé le cœur de Julos. Barbara d’Alcantara y a tenu une place particulière, continuant à le suivre dans ses disques et ses tournées. Julos entend les femmes, les défend, les étreint de sa désarmante tendresse. Il les aime comme elles l’aiment ce poète un peu fou, grave, farfelu et inventif et lyrique. Sage sans doute. Et si vivant.

 

                                                                                  Monique Verdussen

 

21:43 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (8)

Commentaires

Tout, ou presque, sur Julos Merci d'avoir écrit ce que je viens de lire. C'est juste, vrai, superbe, touchant. Exactement ce que j'aurais aimé dire.
Je comprends mieux la belle connivence accomplie de Julos et Barbara. Que l'en-chanteur en-chanté continue sa belle route. Jj'ai mal à ceux qui ne le connaissent pas. Comment faire autrement que de les inonder, grâce à cet outil.
J'aime quand ils en redemandent, l'émotion est passée.

Écrit par : jeanne | 02 mars 2009

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Comme tout est si bien écrit ! Sauf, sauf Jeanne, non l'émotion n'est pas passée, à chaque rencontre, chaque concert de Julos l'émotion est là, présente et différente à chaque fois.
Dommage , vraiment que les ondes belges, oublient si volontairement notre Julos. Pourtant c'est pas faute de l'avoir déjà si souvent réclamé. . . .

Écrit par : Anouk | 02 mars 2009

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Ô combien vivant!
Beau texte sur Julos.
Gilles

Écrit par : Gilles | 04 mars 2009

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merci merci de ce bel ecrit c'est bien comme on le ressent il est vrai quel dommage qu'un si bel homme ne soit pas plus ecoute nous qui sommes en france nous ne cessons mon mari et moi d'en parler de le faire ecouter de faire connaitre son blog nous irons le voir ce w.end en bretagne et nous attendons avec impatience de le revoir..merci

Écrit par : patricia gerard | 04 mars 2009

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Allons donc à Langan ! Oui Julos, on t'aime comme tu nous aimes...
Rendez-vous samedi soir à Langan, il me tarde d'y être avec les amis retrouvés , encore une fois grâce à toi

Écrit par : paula | 04 mars 2009

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à Langan, le 6 Dommage que ceux de vendredi ne rencontrent pas ceux de samedi. Ca ferait une fête encore plus belle.

Écrit par : jeanne | 04 mars 2009

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à jeanne comme vous avez raison il est vraiment dommage de ne pas se rencontrer pour appaudir et entourer JULOS DE NOTRE AMOUR POUR LUI

Écrit par : patricia gerard | 05 mars 2009

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Ah oui ! C'est ce que j'appelle m'oter les mots de la bouche.
Et les mots tu sais ce que c'est n'est-ce pas cher Jaseur ?
J'ai repris une (très) vieille phrase de toi dans le dernier post de mon Blog... Une phrase tellement simple et tellement riche, qu'elle restera d'actualité pour les siècles des siècles... Idem.

Écrit par : le Râleur.na | 06 mars 2009

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