28 février 2009

La Libre Belgique - 27 février 2009

Les galaxies de Julos.

 

"J’ai le contraire du rire dans la peau".

 

 

 

 

Avec ses cheveux en anarchie, ses pulls ensoleillés et ses musiques en bandoulière, il semble émerger de ces lointains du temps où jongleurs et troubadours jetaient l’émoi sur les marchés des villages ou les parvis d’église. C’est, en réalité, ainsi qu’il a débuté, en sa jeunesse fauchée, alors que, se rêvant comédien, il s’est mis à chanter sur les places, en Provence, afin d’y faire réparer sa voiture en panne. Venu de loin et de plus loin encore, Julos Beaucarne est pourtant bien d’un aujourd’hui dont il sonde, sans complaisance, les incohérences et fourvoiements. Ses yeux de noisette qu’éclairent sa passion de la liberté et les engouements de son cœur virent au noir d’orage quand il démasque les intolérances, les racismes, les injustices et autres violences omniprésentes. Il garde pourtant, jusque dans ses colères, un humour qui fait sa malice habile. Et cela n’enlève rien à une chaleur qu’il distribue à pleins bras et à cette douceur en creux de voix qui sait la force du murmure et du silence.

C’est que Julos n’est pas d’une seule couleur ni d’un seul terroir. On ne sait jamais à quelle hauteur de ciel il plane. On sait juste qu’il plane souvent, opposant ses arcs-en-ciel aux vilenies des hommes et aux chagrins dont il a eu sa part. Il ressemble à la pièce hirsute où il vit en bohême dans son refuge de Tourinnes-la-Grosse. Tout s’y emmêle. Tout s’y empile. A profusion. Surprenant. Amusant. Insolite. On y est bien autour de la table que s’en viennent éclairer les feux de trois bougies et, par la fenêtre, un semblant de soleil. Julos sert le café. Julos ne se prend pas pour Julos. Alors, pour qui ? Pour quoi ?

"Quand on me pose la question, je réponds que j’écris, chante, fais des photos, des montages, de la musique La partie la plus visible, c’est chanteur. Je ne suis pourtant pas reconnu comme chanteur. On me dit : vous faites de beaux textes. Comme si je n’avais pas fait toutes mes mélodies et, parfois, celles des autres. J’ai un public qui me suit. J’ai chanté un peu partout, même en Arabie saoudite. Je serai prochainement à Varsovie. Je chante en France et au Québec plus qu’en Belgique où mes chansons sont ignorées d’antenne, à la radio comme à la télévision. Il paraît que je dérange. Je ne suis pas assez consensuel."

Couvert de prix dont celui de l’Académie Charles Cros, Julos, depuis toujours hors mode et indémodable, vient d’entrer dans la collection Espace Nord avec la réédition, en consécration de son œuvre, de "Mon terroir c’est les galaxies". Paru en 1981, le livre est, pour l’occasion, préfacé par André Goosse qui voit en Julos "un agent efficace du rayonnement du français ". Que sont les galaxies de Julos ?

"C’est l’immense force de l’univers et des astres qui nous donnent une énergie fantastique. C’est un monde en perpétuelle expansion. On ne peut pas s’y arrêter sur un coin et penser qu’on est au bout du chemin. Je crois à cette éternelle remise en question de la pensée et suis très fasciné par les scientifiques qui étudient l’univers. Je ne sais pas jusqu’où ils vont aller. Je suis curieux. Je ne crois pas au hasard. Je parle à ceux que j’ai perdus. Mais je ne peux croire à un Dieu au nom duquel, et quel que soit le nom qu’on lui donne, trop de choses négatives se sont faites et se font de par le monde".

Dans les terroirs de Julos qui lit essentiellement les poètes et les journaux, on peut aussi inscrire les mots dont il joue en amoureux et en éclaireur : "Je suis resté fidèle au wallon qui a précédé le français. C’est le latin venu à pied du fond des âges. Quand je l’entendais dans ma campagne d’enfance, j’en aimais les accents, les saveurs Mes parents, sauf quand ils étaient fâchés, s’exprimaient en français et voulaient que je le parle bien. Je dois à mon professeur de quatrième latine d’en avoir découvert, dans les textes que lui-même écrivait, les beautés et les subtilités. En lisant, sur son conseil, Henri Pourrat, j’ai commencé à écrire "

Depuis, Julos a écrit. En tous temps. En tous lieux. Des feuilles en attente au pied du lit pour une éventuelle inspiration de nuit. Poète rebelle mais aussi du bonheur et de la douceur de vivre, il a derrière les rires et les colères, une tristesse perdue dans un pli de son âme qui remonte à la mort de sa femme en 1975 : "C’est un chagrin insurmontable. Je la garde en moi, mais ma vie a changé de direction depuis qu’elle n’est plus là."

La lettre magnifique qu’il a rédigée au soir de cette mort - "Ma Loulou est partie pour le pays de l’envers du décor, un homme lui a donné 9 coups de poignard dans sa peau douce. C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre par l’amour, l’amitié et la persuasion " - a laissé des traces puisqu’on lui demande encore aide et complicité lors de drames semblables : "Je me suis refusé à la haine. Elle n’est pas dans ma nature et ne pouvait me rendre ce qu’on m’avait pris. Je ne me suis pas intéressé au procès. Je ne sais pas ce qu’est devenu le meurtrier. J’ai mis une chape là-dessus."

Sans que se rompe sa fidélité à Loulou restée présente au fil de ses chansons, d’autres femmes ont, avec des constantes et des intermittences, ébranlé le cœur de Julos. Barbara d’Alcantara y a tenu une place particulière, continuant à le suivre dans ses disques et ses tournées. Julos entend les femmes, les défend, les étreint de sa désarmante tendresse. Il les aime comme elles l’aiment ce poète un peu fou, grave, farfelu et inventif et lyrique. Sage sans doute. Et si vivant.

 

                                                                                  Monique Verdussen

 

21:43 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (8)

27 février 2009

Le mur de Berlin

Le mur de Berlin

(CD "Tours temples et pagodes') 

 

Depuis que le mur de Berlin

En morceaux se vend très bien

Dans toutes les brocantes

Depuis que l’U.R.S.S. a éclaté

Que ses débris sont dispersés

Partout, au hasard la chance

A l’écoute en observation

J’entends du haut de mon balcon

Tonner quelques coups de canon

Maussades

Quoi t’est-ce qu’il se passe encore

Au loin là-bas dans le Nord

Grotesque monde

C’est la rengaine de la mort

Des bras levés du corps à corps

Des révoltes de toutes sortes grondent.

 

Depuis qu’en l’ex-Allemagne de l’Est

Quelques-uns parmi la jeunesse

Rivés sur le rétroviseur

Boutent le feu, molestent, agressent

Enfants ouvriers voyageurs

N’ayant pas la même couleur

A l’écoute en observation

J’entends du haut de mon balcon

Les sirènes d’alarme, les pinpons

Maussades

Pourquoi donc est-ce qu’on proteste

Au loin là-bas au nord-est

Malaisé monde

C’est la rengaine de la mort

Des bras levés du corps à corps

Des révoltes de toutes sortes grondent.

 

A Los Angeles un enfant

4 ans, la télé par devant

On ne sait pourquoi, se lève

Prend le révolver de son père

Tue son petit cousin pour faire

Comme dans le film qui s’achève

Là-bas les jeunes de 16 ans

A force de stationner tout le temps

Devant ce petit écran

Inerte

Vont chaque jour à l’école du meurtre

De la violence qui heurte

Grotesque monde

Où l’on ne propose que mort

Que bras levés que corps à corps

Sur toutes les chaînes du monde.

 

Depuis qu’en Afrique du Sud

300 ans de turpitude

Vont prendre fin, vivat

Par des élections générales

Où démocratiquement égal

Le Noir comme le Blanc votera.

A l’écoute en observation

J’entends grincer les vieux boulons

De l’arrière-garde et des factions

Extrêmes

Il faudra maintenir le cap

De la Bonne Espérance intact

Ne pas confondre

La rengaine de la mort

Des bras levés, du corps à corps

Avec la fusion de deux mondes.

 

Depuis que voyageur II

Dans l’espace silencieux

Imperturbable suit sa course

Depuis que l’homme peut inventer

Tout ce qui pourrait le sauver

En exploitant toutes ses ressources

A l’écoute en admiration

Devant tout ce que nous pourrions

Réaliser comme invention

Sur cette terre

Quoi t’est-ce que nous attendons

Pour activer la création

D’un autre monde

Mettre à la mode le bonheur

Les bras ouverts, le coeur à coeur

La grande communication ronde.

 

Julos Beaucarne   Juin 1993

 

                                                        
 

fragment

 
Certificat d'authenticité
 
La chanson est passée sur France Inter le samedi 7 février dans l'émission de Philippe Meyer "La prochaine fois je vous le chanterai".

16:20 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (2)

26 février 2009

LES BELGES DU BOUT DU MONDE : DIMANCHE 15 MARS 2009

 

L’INDONESIE: Bali l'humaine Balise.

  

Adrien Joveneau nous embarque pour une émission très exotique puisque nous ferons arrêt en Indonésie et plus particulièrement à Bali. 

Voilà 16 ans que Renaud Van Deun s’est installé en Indonésie. De la vente de meubles en bois recyclé, il est passé au projet de construction d’un complexe écologique où toutes les maisons seront à émission et impact zéro. Aventurier dans l’âme, il part chaque année à la découverte de tribus primitives. 

En studio, Julos Beaucarne nous racontera son voyage à Bali et nous dira pourquoi il en est tombé amoureux.

Autre invité: Jean Englebert, illustre professeur émérite de l’ULG, il a construit une école en Indonésie.

   

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22:58 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (5)

25 février 2009

"Le chanteur mécanique"

  

Regard vers les années 60 et la chanson "Le chanteur mécanique" qui se trouve sur le premier "long jeu" de Julos.

"Long jeu" ça veut dire en québécois "33 tours", ce long jeu est sorti en1968 avec comme titre "Julos chante pour vous".

Le dessin avec le juke-box est tout neuf par contre, il est signé Gilles Poulou. Gilles habite en Suisse et est un grand amateur de chanson française.

     

Lucien Peppicelli 09 R[1]

 

 

Mettre une tune

Dans l'chanteur mécanique

Vas-y-Frédéric

Au bistrot du coin

Le p'tit rond tourne

C'est vraiment très pratique

C'est beau l'électronique

Edison merci bien.

09:50 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (2)

22 février 2009

Les cris et les chuchotements du monde.

 

Les jeunes filles et les femmes qui ont été déplantées de ce monde par leurs amants jaloux ou par des femmes jalouses, ou par des passants qu’elles ne connaissaient même pas, se réunissent-elles dans l’au-delà pour parler de tout ce qu’elles ont vécu, de tout ce qu’elles ont quitté, de tout ce qu’elles n’ont pas pu vivre. Se réunissent-elles pour parler de l’absurdité de ce monde si bas de plafond, si pauvre souvent, hélas, en esprit. Ces en-allées avaient parfois juste 18 ans ou 33 ans, elles étaient en fleur, en pleine jeunesse, elles ne demandaient qu’à vivre dans la lumière et puis quelque pensée barbare a traversé l’esprit de quelqu’une ou de quelqu’un comme un déclic comme la voix du diable lui-même et a provoqué l’irrémédiable et a précipité par-dessus bord des êtres sans défense et cela en une picoseconde.

Elles ont étés jetées dehors de la Vie, elles sont parties si loin que tout retour était désormais impossible, elles se sont retrouvées dans l’autre monde..... d’abord, elles n’ont pas compris ce qui leur arrivait, elle ne se méfiaient pas, elles avaient donné tant d’amour à celles et à ceux ... qui leur ont porté un coup mortel. On se demande si ces assassins ont seulement quelque remord? Les ingrates et les ingrats croupissent, pourrissent à présent en prison. Les parents désenfantés connaissent, eux, la prison mentale, ils pensent qu’ils vont pleurer une éternité de temps et de jours. Quelques photos passent de main en main “Souvenir, souvenir que me veux tu?”. A chaque photo, le chagrin remonte en surface et vous taraude l’âme. ”Qu’avons nous fait, bonnes gens, dites-moi, de la bonté du monde” criait jadis le grand Jacques. Le chanteur se demande si c’est bien utile de chanter l’amour. Le ver est-il dans la poutre pourrie qu’est devenue l’âme humaine à force de films négatifs, à force de fusils, de revolvers, d’armes et de couteaux.

« Toute arme, aussi perfectionnée soit-elle, est anachronique ». Quand l’être humain va-t-il mûrir, tirer enfin des leçons et réfléchir face à ces actes de haine et de violence qui remettent chaque fois à plus tard l’avènement d’un monde de paix?

Partout dans le monde on répète dans l’ombre des scénarios catastrophes, on met en place des rituels de mort alors qu’il faudrait mettre en place des rituels de vie pour  tous les êtres qui peuplent la terre qui est, elle-même, mise à sac, détruite, polluée par la chimie et les activistes de Monsanto qui mettent à mal la terre nourricière.

Le rêve serait de vivre enfin tranquille sous les arbres; mais on coupe les arbres au Congo actuellement et en Amazonie et les abeilles sont des chefs-d’oeuvre en péril. Le monde d’aujourd’hui encouragé par des films et par des images pernicieuses de haine, des images de guerre à Gaza et ailleurs, le monde d’aujourd’hui est en péril: des tueurs de toute farine au nom d’on ne sait quelle philosophie, d’on ne sait quelle religion destructrice, le monde d’aujourd’hui est en péril..... apparemment tout va très bien, on donne le change. Ca rapporte plus de parler de la mort que de la Vie. Ca fait plus de spectateurs, la cote d’écoute augmente. Pour faire de l’argent, on a créé des petits jeux vidéo pour enfants qui sourdement, en silence, leurs apprennent à tuer et  font de chacun d’eux des propagandistes actifs pour les armes et la haine.

Voila à quoi sert l’intelligence humaine, hélas! L’école cathodique, la télé en prime time et les jeux vidéos pourrissent l’esprit des enfants.

Au nom du pèse et du fisc, on leur a volé leur enfance dès leur plus jeune âge et cela s’est fait en silence.... Les parents sont assurés d’avoir la paix et la tranquillité..... momentanément en tout cas, nous sommes assis sur un volcan.....

Et si l’on faisait des jeux vidéos pour parler de paix, de joie, d’inventions, de bonheur?

Inventrices et vous inventeurs de tous les pays unissez vous.

  

Julos 22 février 09

 

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Arbre de vie

 

23:48 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (11)

19 février 2009

Quand vous serez au milieu de la grande vie paysanne.

 

 

Quand vous serez au milieu

de la grande vie paysanne,

au milieu d'un champ dans les loins

ou au coeur d'une forêt en automne,

vous comprendrez qu'il y a loin de vous

au coeur du monde

qu'il y a loin de votre coupe

aux lèvres de l'éternel,

et vous écouterez bruire l'automne

et vous entendrez les feuilles

tomber de vos arbres intérieurs

vous entendrez la voix de la terre

et le présent vous sautera aux yeux

comme un écureuil qui plonge

sur l'arbre de la vie.

Croyez en l'extase des nuages

qui traversent les grands horizons,

au petit vent du soir

au coeur de l'été chaud,

croyez à la douceur d'une amitié

ou d'un amour,

à la main qui serre votre main

car demain, mais n'y pensez pas

demain éclateront peut-être les nuages

et le vent emportera vos amours,

tenez-les serrés,

ne vous endormez pas

sur un reproche non formulé,

endormez-vous réconciliés,

vivez le peu que vous vivez

dans la clarté.

 

Julos Beaucarne

 

Lamouline, 26-10-2008 (02)

 

photo Cécile Bolly

 

11:14 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (7)

17 février 2009

Article dans "Victoire" 14 février 2009

 

Vincent

Vincent

13:41 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (3)

16 février 2009

Raoul Duguay

La libération de l'homme et de la femme se fera le jour où tous les hommes et toutes les femmes marcheront le front dans le front comme une armée de roses qui embaume l'espace un jour, tout de suite, icitte.Je ne marche plus sur les épines de la violence et  je passe à travers les bancs de neige et la poudrerie de bombes et de balles pour aller construire ma maison dans l'Amour, car l'Amour est la totale totalité totalisant totalement le tout tout le temps.

Raoul Duguay


RDuguay

 

Raoul Duguay a eu 70 ans ce 13 février 2009.

http://chanteur.raoulduguay.net

17:18 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (4)

14 février 2009

Hommage à Camille assassinée à Rouen par sa meilleure amie, hommage aussi aux bébés de Termonde

 

Je me suis rendu souvent sur la tombe de moi.

 

Je me suis rendu souvent sur la tombe de moi du temps que j’étais mort, paisible et sans menace aucune en amour total avec le cosmos.

Je me suis rendu souvent sur la tombe de moi et je me suis parlé comme on parle aux vivants dans la candeur d’un langage pur.

Je me suis rendu souvent sur la tombe de moi du temps que j’étais mort dans la lumière mauve, il y avait des jeunes gens morts dans des accidents de voiture, des jeunes filles nouvelles qui ressemblaient à des jonquilles sauvages de printemps.

Il y avait des bébés qui venaient de naître et de beaux regards adolescents.

J’ai pris par la main ce peuple disparu et nous avons couru comme des fous à la recherche de rien, à la recherche de tout, riant, pleurant heureux et intarissables, infinis.

Nous n’étions plus ces êtres périssables qui avaient peur, nous avions bel et bien péri, elle était finie l’angoisse incoercible du néant.

Quand tu iras sur la tombe de toi du temps que tu seras mort, quand tu iras dans le jardin joli de la taciturne et tant bavarde mort si tant ancienne, quand tu auras franchi la dernière barrière

et quand les fleurs et les oiseaux de la nuit t’accompagneront en cortège, pense au regard de la lune et à l’adolescence du soleil.

Quand l’ici et le maintenant seront partis, quand ils auront fait le saut par la fenêtre, quand les portes de tes beaux yeux seront closes quand tu naîtras ailleurs, te souviendras-tu du temps où nous étions toi et moi si tant vivants, enroulés l’un dans l’autre comme des amants dans la parfaite joie du vivre.

 

Julos Beaucarne


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Spectacle ce dimanche 15 février à 15 heures

maison de la Culture et des loisirs 02430 GAUCHY(F)

 

22:23 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (11)

Texte pour la Saint Valentin


Femmes et hommes de la texture

De la parole et du vent

qui tissez des tissus de mots

Au bout de vos dents, ne vous laissez pas attacher

Ne permettez pas qu’on fasse sur vous

Des rêves impossibles

On est en amour avec vous

Tant que vous correspondez au rêve que l’on a fait

sur vous alors le fleuve Amour coule tranquille

Les jours sont heureux sous les marronniers mauves

Mais s’il vous arrive de ne plus être

Ce personnage qui marchait dans le rêve.

Alors soufflent les vents contraires

Le bateau tangue, la voile se déchire

On met les canots à la mer

Les mots d’amour deviennent des mots couteaux

Qu’on vous enfonce dans le coeur

La personne qui hier vous chérissait

aujourd’hui vous hait.

La personne qui avait une si belle oreille

Pour vous écouter pleurer et rire

Ne peut plus supporter le son de votre voix

Plus rien n’est négociable

On a jeté votre valise par la fenêtre

Il pleut et vous remontez la rue

Dans votre pardessus noir.

Est-ce aimer que de vouloir que l’autre

quitte sa propre route et son propre voyage

Est-ce aimer que d’enfermer l’autre

Dans la prison de son propre rêve.

 

Femmes et hommes de la texture

de la parole et du vent

Qui tissez des tissus de mots

Au bout de vos dents

Ne vous laissez pas rêver

Par quelqu’un d’autre que vous-même

Chacun a son chemin

Qu’il est seul parfois à comprendre.

 

Femmes et hommes de la texture,

de la parole et du vent

Si nous pouvions être d’abord toutes et tous

Et avant tout et premièrement

Des amants de la Vie

Alors nous ne serions plus ces éternels

questionneurs, ces éternels mendiants

Qui perdent tant d’énergie et tant de temps

A attendre des autres, des signes

Des baisers, de la reconnaissance

Si nous étions avant tout et premièrement

Des amants de la Vie

Tout nous serait cadeau

Nous ne serions jamais déçus

On ne peut se permettre de rêver que sur soi-même

Moi seul connais le chemin qui conduit

Au bout de mon chemin

Chacun est dans sa vie et dans sa peau

A chacun sa texture, son tissage et ses mots.

 

Julos Beaucarne

01:36 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (6)

09 février 2009

Réédition du livre "Mon terroir, c'est les galaxies"

Parution Espace Nord février 2009

« Mon terroir c'est les galaxies » Julos Beaucarne

 

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Ce matin là

Ouvrant la porte du monde 

Il vit tous les peuples rassemblés sur le perron 

Avec leur turban et leur chapeau 

Avec leur chèche et leur bandeau 

Et là-dessus planait la conscience universelle bleue 

Et sur des cheveux de femme brillait la lumière 

Et les enfants jetaient en l'air des fusées diffuses….

 

 

Dans la bouche de Julos, le mot terroir a des constellations qui ont pour noms fraternité et facétie. Et une sagesse au goût de pomme. Sous la plume de Beaucarne, les galaxies sont la banlieue de Tourinnes-la-Grosse, c'est-à-dire de nulle part ou de partout. On y plante des betteraves et des pagodes. Celles-là même, sortes de temples post-industriels dressés vers l'infini, que le poète a imaginé à partir de tourets de chantier.

Fils très spirituel de Léonard de Vinci et Lao-Tseu, cet authentique taoïste wallon a le « taquinoir aiguisé». Julos Beaucarne écrit comme il chante, la tendresse et la malice ourlent la profondeur de ses odes à l'amour du genre humain, du genre féminin et de Dame nature.

Malgré la violence et la bêtise sans cesse recommencée, il clame son allégeance à la vie et la force des énergies renouvelables que sont la beauté partageuse et le rire équitable. 

Julos Beaucarne est indémodable, lui qui n'a jamais été à la mode mais en avance. « Vélorutionnaire » avant la lettre, il pédale pour éclairer nos temps obscurs d'une lueur boréale. 

Ces poésies, aphorismes, rêveries, ces pages d'écriture d'écolier sans âge ont l'œil frais de la truite arc-en-ciel. Ces textes magnifiques sont un vrai cadeau. 

Sortie Belgique : 16 février 2009   France : 26 février 2009- Prix : 8 euros. 

Contact Presse : Sophie Creuz sophie.creuz@lucpire.be

0032 475 77 03 73

 

Éditions Luc Pire ı Le Grand Miroir

Quai aux Pierres de Taille 37-39 •

1000 Bruxelles - Tél : 00 32 2 210 89 50

www.lucpire.eu

 

Il y a du neuf par rapport aux précédentes éditions de "Mon terroir, c'est les galaxies" : une présentation du travail de Julos Beaucarne par Thierry Coljon, une préface du grammairien André Goosse, des photos et des illustrations inédites et un carnet iconographique en fin de livre.

Julos signera ce livre à la Foire du Livre de Bruxelles le jeudi 5 mars entre 17 et 18h.

14:00 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (4)

08 février 2009

Valeria, la petite punaise

Valeria, la petite punaise.

 

 

Tu te rappelles, j’avais une petite punaise apprivoisée.

Elle toquait toujours à ma porte car elle ne voulait pas toucher la sonnette.

Le chat me disait: « Attention ! il y a quelqu’un qui toque à la porte » et il faisait mine de se sauver.

« Non, reste là, lui disais-je, c’est ma petite punaise ».

 

Ma petite punaise s’appelait Valeria.

Je l’avais rencontrée chez Silvia, tout près de l’Equateur, vous connaissez?

Elle aimait se balader sur les chemins, escalader les montagnes.

Parfois, elle relevait ses longs cheveux et l’on voyait son long cou tout blanc.

Elle était très coquette Valeria.

Elle était très jolie aussi, elle avait deux longues jambes fines.

Quand nous partions ensemble dans ma vieille voiture rouge, elle s’allongeait parfois pour faire un petit somme. Et l’on voyait ses deux jolies jambes qui dépassaient par la vitre arrière.

S’il m’arrivait de conduire un peu brusquement, elle entrouvrait les yeux, regardait où on se trouvait, puis, rassurée elle refermait les yeux avec délectation et se rendormait sur son petit coussin bleu.

Valeria avait un secret: elle savait confectionner des gâteaux-crumble comme personne n’a jamais su jusqu’à ce jour, tout le monde se régalait.

Je me demandais comment en si peu de temps elle pouvait faire naître un dessert aussi délicieux.

Et dire qu’il y a des hommes et des femmes qui dépensent des fortunes dans des pâtisseries de luxe pour des gâteaux qui n’ont même pas de goût ! Dites !

 

Des punaises, il y en a des dizaines dans les rosiers, mais aucune vraiment aucune

comme ma petite punaise Valeria.

Elle aimait me faire plaisir et prenait soin de ma santé.

Quand j’étais un peu souffrante, elle me portait des bonnes plantes qui soignent pour faire des tisanes parfumées de soleil.

Il n’est de si belles rencontres qui n’aient, hélas, une fin.

Un jour que nous nagions ensemble, je la perdis de vue, et j’eus beau accélérer, accélérer, je ne pus la rattraper et perdis sa trace.

Je revins plusieurs fois scruter les profondeurs bleues mais je ne retrouvai pas sa trace.

 

Et puis, un jour, le chat tout essoufflé accourut et me dit :

« C’est elle, c’est ta petite punaise qui a touché la sonnette! ».

Je lui ouvris; lorsqu’elle entra dans la maison, ce fut comme si le soleil en personne pénétrait dans tous les murs.

Et, depuis ce jour, je ne perdis plus jamais la trace de ma petite punaise.

Et son sourire est devenu une jolie fleur couleur de l’Amitié.

 

 

Pour ma punaise Valeria, le 26 janvier 2008

Paula Marquet

22:21 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (4)