01 mai 2009

Texte pour le 1er mai

 

Journal de bord de Loulou 12 mars 1971

  

J'ai toujours pleuré en écoutant " L’Internationale ". Aujourd'hui à Radio Liège dans une émission consacrée à la commune (Il y a cent ans, comme c'est court comme.... il y a longtemps!), j'ai appris l'histoire de ce chant et je comprends pourquoi cette chanson est si poignante. Bon Dieu! Que cela fait mal de sentir que des hommes sont morts vaincus après avoir eu tant d'idéal, de courage, de belle folie et que le monde n'est pas meilleur, au contraire qu'il va à la dérive. Quelle trahison, comment lutter? M.... m'a parlé de la discussion entre E.... et K.... cela m'est égal que des personnes soient médisantes vis-à-vis de moi, ce qui me fait mal, c'est la concrétisation de la bêtise humaine, de la peur des gens vis-à-vis des personnes qui ont quelque chose à dire et qui se défendent d'entrer dans le jeu de l'argent.

 

Loulou (23 octobre 1941 - 2 février 1975)

 

Les loups ont des têtes de mouton

 

Depuis qu’Lumumba fut tué

Pour avoir dit sa vérité

Depuis qu’Lahaut est là en haut

Parce qu’il avait parlé tout haut

Depuis qu’on étouffa une fille

Dans un avion pour pas qu’elle crie

Les loups ont des têtes de mouton

Derrière les roses y a des chardons

 

Refrain

C’est celui qu’est tout en haut

Qui tient le manche de la faux

Si ce que tu dis cause souci,

Tu seras vite raccourci

Celui qui r’garde jouer aux cartes

S’il pète un mot d’trop on l’écarte

Les ptits r’gardants n’ont rien à dire

Su l’ jeu des grands ça c’est bien pire

 

Celui qui se tient haut perché

Il a le droit d’vous supprimer

De beaux enfants sautent sur des mines

mais on n’arrête pas la machine

D’autres sont drogués pour tuer

Et la cocaïne les défait

Nous vivons en pleine barbarie

Les soldats violent toujours les filles

 

Refrain

 

Chez nous un jeune homme fut visé

Tiré comme lièvre en un pré

Pour le diamant Kisangani

A été totalement détruit

Y a des fabriques et des boutiques

De fusils à deux pas d’ici

La mort fait vivre nos ouvriers

L’emploi est sauf, on laisse couler

 

Refrain

 

Des femmes sont tuées à chaque jour

Par jalousie par leurs amours

Y a des ptites filles qui sont forcées

Et toute leur vie en est gâchée

Y en a d’autres à qui on enlève

Le clitoris, leur vie s’achève

A trois ans, on tourne la page

Leur vivance est déjà veuvage

 

Refrain

Tout le monde veut être tout en haut

pour tenir le manche de la faux

Une fois qu’il l’ tient, il veut faucher

et l’cauchemar de recommencer

Les ptits r’gardants devenus grands

Veulent jouer au grand jeu des grands

Y en a pas un qu’est épargné

Tout le monde veut être le premier

 

Nous sommes six milliards tout en bas

Maraboutés au nom de quoi

Au nom du pèse, au nom du fisc

Et du sacro saint bénéfice

Mineurs et majeurs détournés

Par des bonimenteurs roués

Qui veulent que nous marchions au pas

Et dans les souliers de leur choix

 

Refrain

C’est celui qui est tout en bas

Qui est bien plus fort qu’il ne croit

Si nous le voulons toi et moi

le cauchemar s’arrêtera

6 milliards de ptits regardants

peuvent devenir acteurs puissants

6 milliards de gens conscients

Ensemble changent le cours du temps

 

   

 

Wolves in sheep’s clothing

 

Ever since Lumumba was killed

for having told his truth

Now Lahaut* is up in heaven

because he had spoken aloud

Since they smothered a girl

in a plane to prevent her crying out

The wolves are dressed as lambs

Behind the roses, feel the thorns?

 

Chorus

It’s the one that’s at the top

who holds the handle of the scythe

If what you say stirs things up,

to shorten your life they decide

Watch the cards being dealt Shut up

Don’t speak or they’ll put you aside

Minor onlookers better keep quiet

about the game the big ones start

 

The one who’s at the very top

thinks it his right to oppress you

Beautiful children die playing on mines

but it does not stop the machine

Children are drugged to kill

and cocaine destroys them

We live in barbary Still

soldiers go on raping women.

 

Chorus

 

Here a young man was targeted

shot like a rabbit in a meadow

for the diamonds of Kisangani

he was taken down  low

There are firearm factories

and gun shops close to you

Death keeps the workers alive

their jobs safe. We let it survive.

 

Chorus

 

Women are killed each day

by jealous lovers everywhere

Little girls are forced to comply

And their future is ruined There

are others whose clitoris is cut,

their life ends  closed shut

at the age of three, fold the page

their life turns to widowhood

 

Chorus

Everyone wants to be at the top

to hold the handle of the scythe

Once they grip it, they want to mow,

and the nightmare begins again to writhe

Young onlookers have grown up

want to play the big ones’ game

No one is spared the poisonous cup

Everyone wants to reach fame

 

We are six billion down in the pit

brainwashed into believing

in the name of the dollar, the taxes

and sanctified profit

Children and adults are persuaded

by deceitful tricksters who rejoice

wanting us to march to their tune

wearing the boots of their choice

 

Chorus

It is the one who is right at the bottom

who is much stronger than he believes

If we wished it fervently you and I

this whole nightmare would die

Six billion individual bystanders

can grow to powerful players

Six billion people become aware

that together they can alter destiny.

 

 

La chanson « Les loups ont des têtes de mouton » se trouve sur le disque « Le Jaseur Boréal » qu'on peut obtenir en téléphonant à Madame Claude Duchateau (+32 10 41 73 74).

Le texte de la chanson a été traduit en anglais par Agnès Baetens et Robert Whittle.

 

21:49 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

tout est dit! comme cet ecrit de Loulou demeure d'actualité. elle était visionnaire Loulou! qu est ce qui a changé? à la fois tout surtout pour toi Julos, pour tes enfants aussi ...et je dirais aussi pas grand chose. les larmes qui s'en vont des yeux en emmenant nos ideaux. comment faire pour continuer de lutter contre ce systeme de dictature du profit? aller dans la rue nous permet il encore d'etre entendu? je ne sais plus. alors pour l'instant je fredonne tes textes Julos, c'est ma Résistance.

Écrit par : elise | 01 mai 2009

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Toujours être comme le disait une dame de radio dont la voix berçait les "sans sommeil" comme elle les avait baptisés : "horrifié de l'égoîsme et de l'indifférence, de la grossièreté. Crier, le coeur à la main pour que le monde change".
Amis, la mémoire est fragile comme le chante aussi Serge Utge Royo et les chemins vont s'effaçant...Il faut désirer l'impossible, Lancer le poing contre le vent..." Il faudra qu'une vague superbe et fraternelle éclabousse nos murs d'un peu d'égalité , des lendemains tranquilles succédant aux querelles, et le plaisir de vivre sans maître ni valet... "Le ciel a des caresses pour chaque continent ; l'humanité s'agite sous le vent qui la pousse, Et le temps passe vite et file infifférent...Et la terre est immense et les fruits sont à tous. Même si le bonheur est fatigué " il faut croire à la loi de la fraternité" Si l'utopie marque le pas sur l'horizon , Aucune voix ne portera notre chanson.
Serge Utge Royo ( Les diamants de l'été).

Écrit par : sboujeant@voila.fr | 02 mai 2009

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Loulou la douce et tendre avait hélas cent fois raison mais ne nous laissons pas envahir par l'indifférence , la non communication , la lâcheté et la cruauté de bien trop de gens . L'amertume ne sert pas notre cause , l'espoir est plus porteur ...

Écrit par : guy dubar | 03 mai 2009

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Loulou la tendre et douce avait cent fois raison . Ne nous laissons pas envahir par la non-communication , la violence et la cruauté de bien trop de gens . L'espoir d'un monde plus conscient est plus porteur

Écrit par : Peter Pan | 03 mai 2009

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Tant d'émotion me saisit à la lecture de ces deux textes, que je ne sais comment m'exprimer. Dans ma tête tourne sans cesse et depuis si longtemps cette pensée de Gandhi : "La fibre la plus coriace doit s'amollir dans le feu de l'amour. Si elle ne fond pas, c'est que le feu n'est pas assez fort."
N'est ce pas fou que de vouloir y croire encore ? Pourtant, il ne faut pas craindre cette folie là et ne jamais céder à la tentation de baisser les bras...
Merci pour ce très beau billet, bonne continuation et pensées positives à vous, Monsieur Beaucarne...

Écrit par : chantal | 04 mai 2009

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merci Merci Julos, de nous ouvrir une page du coeur de ta Loulou. Elle était belle et douce, elle te manquera toujours. Chaque mot que tu chantes s'envole vers elle, et elle le cueille avec ses gentilles mains.
Merci pour tout cela, Julos

Écrit par : aurelie | 05 mai 2009

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Julos, comme tu as laissé ce jour ton texte sur le blug, j'ai trouvé d'autres réponses sous la plume d'Alain Freixe. Il écrit dans un éditorial qu'il faut aussi :
" livrer une guerre sourde et secrète pour ne pas se plier à un monde qui s'envase dans l'actualité d'un flot d'images où vulgarité, bassesses, horreurs et violences se mêlent jusqu'à dévaster le regard, un monde où la lumière éventre tout l'espace, un monde où tout est là si proche qu'il est comme un enfer blanc sans fourche, ni flamme où le coeur entre en narcose.
Que ceux qui se livrent à la littérature, l'art, la création en général nous aident à faire "un saut hors du rang des meurtriers". Meurtriers , tous ceux qui tuent la vie. Et ils sont foule ceux qui suivent le cours du monde comme il va, ballotés comme des branches mortes... Sauter hors de, se jeter à côté, décoller sont autant d'actes de pensées nécessaires pour s'appuyer ailleurs et construire, un rapport vivant au monde et aux autres. Les molosses de l'argent imposent une violence sociale et l'assumer c'est les faire retrousser encore plus haut leurs babines noyées de bave sale... Ecrire des mots, une phrase , une image, c'est être déjà du côté des forêts, cerfs, biches chevreuils tout à leur hourvari pour échapper aux chiens, au flair des meutes. Se sauver et trouver remise et resserre , lieux à l'écart où retrouver le pouvoir de lever les yeux...
(Alain Freixe président de l'association des amis de l'Armourier)
A propos de loup ; en fait c'est un animal très sociable, aimant sa famille et qui ne tue vraiment que pour survivre et " il existe aussi des loups efflanqués mais libres" et ceux là ne renoncent à rien de ce " qui rend nécessaire le combat pour la liberté quand claquent toujours plus fort les verrous des prisons aux multiples visages". Il faut aussi savoir courir avec les vrais loups... comme dans le lvre de Clarissa Pinkola Estès. Retrouver " cette part enfouie , pleine de vitalité et de générosité, vibrante, donneuse de vie". ( Femmes qui courent avec les loups).

Écrit par : sboujeant@voila.fr | 08 mai 2009

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