21 mai 2009

Texte paru dans "Femmes d'aujourd'hui" pour la fête des mères le 7 mai

 

texte pour fête des mère dans le journal femmes d'aujourd'hui

12:15 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

l'amour est immortel, nous portons tous en nous l'empreinte des âmes de nos défunts parents. Il ya beaucoup de maman au paradis, esse-ce pour cela que c'est le paradis ?...

Écrit par : Murielle | 21 mai 2009

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oui, c'est le Paradis, avec un grand P. Il y a aussi ta Loulou, ma maman et mon Papa, mon bébé, et tout plein de fleurs et d'étoiles qui nous regardent d'en haut.PTout plein de petits princes qui rient sur leurs astéroïdes, et qui nous font confiance afin que nous sauvions notre planète.
Bises, Julos,

Écrit par : aurelie | 22 mai 2009

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La morte bien-aimée I y a dans ma vie, depuis bien longtemps une morte bien- aimée dont je suis l'orpheline, sauf la nuit.
Et avant que n'approche, dans sa trouée, la lumière de l'aube, avant que ne vienne l'instant d'avant le réveil, l'esprit garde la clarté de nos retrouvailles. Il chante son chant de tristesse ou de joie, tremblant encore de vivre à nouveau avec elle, la disparue, l'existante. Il ne se protège plus comme pendant le jour, il ne se ferme plus. Il laisse passer la voyageuse qui semblait une fois pour toutes avoir déserté les lieux, ne laissant que son ombre qui était aussi l'ombre de mon chagrin face à l'absence, au silence. Or voilà que soudain elle est, l'inespérée, elle me reprend la main, son temps est à nouveau le mien. Et c'est comme si mes yeux s'ouvraient enfin pour se refermer aussitôt sur une autre réalité, muette mais tangible, où la morte très chère demeure la vivante menant avec moi la sarabande des vivants, et qu'importe alors de ne savoir nommer ce qu'elle continue d'être.
Elle est venue, pas venue , la bien-aimée. Sa présence illumine notre demeure commune et mes mots sont là pour dire ce qu'elle tait. Son visage se dessine. Il est peuplé de tous nos visages anciens, nouveaux. Nous nous asseyons ensemble au seuil d'une durée n'appartenant qu'à nous. Ce qui renaît, c'est ce qu'elle avait emporté avec elle; c'est ce qu'elle nous rend, c'est ce que nous n'avions pas cessé d'être elle et moi : l'enfant blessée, l'adulte que sa raison effraie, la vieille femme, la jeune fille au bord de la vie, du tombeau. Et leur âme qui dort, qui ne se montre pas, si ce n'est dans le miroir intérieur au double reflet.
Car elle, la morte, n'a cessé- souterrainement- de me nourrir de sa substance, d'édifier l'espace qui nous abrite pour échapper l'une et l'autre au vent du temps...

Ainsi, miraculeusement, la nuit nous sert à réunir les pièces éclatées des êtres et des choses. Elle nous relie à ce qui fût et qu'on nous a ôté. Ici, maintenant, au-delà, jadis, on sait réciter les adverbes en se disant qu'on a souffert, car tout se pulvérise, emprisonnés comme nous sommes dans le filet des âges. Tout nous contraint à oublier, à accepter la perte, à fermer les yeux, oreilles et sanglots comme à la musique des anges. Alors la morte bien-aimée qui revient est le rai de lumière dans la camara oscura, grisée de néant, de fleurs séchées au cimetière qui ornent notre pauvreté d'humains.

La scène resurgit, vous ne l'attendiez pas, elle se réveille et vous réveille, la très chère, elle est avec vous dans la maison d'enfance, elle épluche encore les carottes en pleurant. elle demande la mort, elle murmure sa complainte de trop vieille. Elle a vu partir et naître bien des siens. Les doigts des deuils se sont posés sur son coeur, l'ont broyé jusqu'à broyer l'amour. Elle a vécu plus que tout autre presque cent ans de vie vivante. Le brouillard s'est tant de fois levé sur le monde. Il l'a pénétrée et moi avec elle. Nous alllons à l'aveugle tout près des précipices, nous allons comme on va à la montagne, quand le sentier se dérobe et qu'on marche les yeux écarquillés. Substance divine, infranchissable.
Je deviens la guetteuse, j'ai trois ans ou quatre-vingt-dix ans, j'essuie ses larmes et m'accroche à son tablier noir. Je pleure aussi dans la révélation , le délire de l'impossible. Je crie qu'elle ne doit pas partir puisque que je vis. Mais son regard garde sa transparence, me montre ma faiblesse devant la frontière interdite où je demande consolation pour ce qui est, n'est plus...
La marée des souvenirs peut poursuivre son ressac, nous nageons déjà dans les grands fonds. Inaccessibles en plein jour. LA nuit nous les rend. Hier, demain et aujourd'hui sont dans leur profondeur. La cuisine a son poêle qui chauffe. Sur la table l'eau bout pour la soupe. Les mains d'elle, la bien-aimée, tremblent toujours.Je lui donne l'élixir, le breuvage miraculeux qui doit guérir les plaies jamais cicatrisées, faire digérer les sanglots du malheur. Ensemble nous réchauffons nos âmes de tant de solitude. Et c'est la nuit, illimitée, invariable, la nuit au bord des temps. Je caresse le visage de la morte bien-aimée, surgi des braises, si loin du cimetière, tellement dans la vie que la mort est pareille. Le présent n'est plus alors invocation du passé, mais cérémonie nocturne qui traverse les mots et les gestes quotidiens. La nuit devient la clée qui ouvre le royaume de l'au-delà. L'amour y a la même urgence et la même pureté. Le lilas sent, la neige tombe. L'enfant veille et demeure avec la vieille femme . La morte et la vivante parlent la même langue. Chaque lézarde du temps et de l'espace est porte d'accès, d'appel.
Le jour, je suis l'orpheline, comme tant d'autres, d'une morte bien-aimée, la très chère d'entre les morts. Le jour, il y a ce que je crois être moi, la vivante. La nuit il y a l'autre réalité où toute mémoire est foudroyée. (Sylvie Fabre G. Le génie des rencontres. Ed l'Armourier)
Cinq ans, presque, que je trace ma route. Cinq ans que sa présence n'a pas faibli : dans l'air que je respire, dans les mots qu'elle m'a laissés, dans l'amour qui m'habite. Nous souhaitons tous un paradis rien que pour des retrouvailles. Sylviane.

Écrit par : sboujeant@voila.fr | 23 mai 2009

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Ces textes sont superbes. Que dire après, il ne reste qu'à lire , à lire et lire encore. ..... Merci.
Et puis bravo à Jeanne-la-voisine.
La maison de Julos est très révélatrice.

Écrit par : jeanne | 24 mai 2009

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