04 juillet 2009

Les sans-papiers

 

sans papier jpeg

17:44 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

j'ai rencontré les cercles du silence qui donnent un eplace, un lieu, une voix, un questionnement aux sans papier.
Ces crecles fleurissent un peu partout, à Valencienes (59), ils se rassemblent Place des droits de l'homme!
Le but c'est donner la parole aux sans papier par la pesanteur de notre silence pendant une heure, en cercle.

Écrit par : elisabeth | 04 juillet 2009

Répondre à ce commentaire

Le 27 décembre de l'année dernière j'avais raconté l'histoire de Kémo qui était devenu un peu mon " fils" dans notre adoption réciproque. c'est la loi de l'inexplicable il existe des rencontres qui nous font croire que peut-être nous nous sommes dejà rencontrés ailleurs. Peut-être aussi avions nous dans cette vie là une autre couleur... Depuis j'ai connu A dont je ne révèlerai pas le prénom car je travaille toujours à son avenir dans mon service dans le cadre de la protection de l'Enfance.

A ...elle est arrivée en France depuis deux ans déjà. Elle était venue pour des vacances qui se sont "prolongées " au-delà du séjour autorisé par son visa. Elle venait de Guinée, elle était enceinte à 16 ans et demi. sa tante avait découvert cette grossesse ( issue sans doute d'un viol ou d'un abus de confiance au pays) et elle nous l'avait présentée pour trouver une solution d'accueil que nous n'avions pas. Les structures Mère-enfant prennent en priorité les jeunes filles en situation administrative régulière. Son bébé allait lui naître en france et demandait son visa pour la vie. C'est une petite fille qui est arrivée en décembre... A est restée bon gré , mal gré dans sa famille, elle a été hébergée en banlieue chez des cousins qui l'ont ignorée. Au bout du compte, elle était aussi isolée que les mineurs qui n'avaient pas de parents sur le territoire français et dont la situation nécessitait une prise en charge légale. " La solitude est-elle si forte qu'un soir rien ne vous porte..."A est revenue frapper à notre porte et nous avons alerté sa tante qui l'a reprise à son domicile étant elle-même aussi chargée de famille. En décembre, A est venue en rupture d'hébergement au service social. Sa tante ne souhaitait plus l'accueillir et on ne peut blâmer personne. Même les solidarités familiales ont une fin surtout lorsqu'il s'agit de prendre en charge deux personnes sans perspectives d'avenir sinon le retour au pays pour A où elle serait devenue une victime potentielle.
Le Juge des Enfants a pris une Ordonnance de Placement Provisoire pour deux enfants car A était mineure à cette date. Sa petite fille commençait à faire ses premiers pas dans nos couloirs et l'on me disait alors qu'elle ferait le bonheur d'un couple adoptant car la relation Mère-enfant était très pauvre, les gestes maternels n'étaient pas adaptés... Cruel dilemne, nous étions à quinze jours de sa majorité et aucune structure n'était trouvée. Alors devant l'absence de solutions fiables j'ai demandé le placement de l'enfant pour la protéger des futures errances de sa mère, ce qui entrainait aussi une séparation inévitable. le juge pour Enfants n'a fait que confirmer cette orientation au vu de l'absence de domicile et de ressources de cette jeune mère. A est revenue au service effondrée. Malgré ce que l'on pouvait dire de la relation avec cet enfant c'était son bébé... Chaque semaine elle est venue lui rendre visite à la pouponnière.
J'ai demandé un contrat d'accueil Jeune Majeure pour elle et j'ai pu obtenir l'accord pour m'en occuper, la loger d'abord à l'hôtel et lui fournir une aide alimentaire. Je l'ai vue toutes les semaines pendant six mois et nous avons appris à nous connaître : A est têtue comme une mûle. Quelquefois elle parle si vite que personne ne la comprend, je lui demande alors le décodeur et elle accepte alors en souriant d'articuler. A a juste l'accent de la protestation , pas celui de la revendication ou de la hargne. Elle a un beau sourire. Je l'ai aidée à déménager et elle était étonnée de me voir porter tant de choses avec mes "gros bras", j'ai passé la serpillière dans la chambre et elle ne voulait pas que je le fasse, moi je ne voulais pas qu'elle glisse. Nous avons ri ce qui arrive moins souvent lorsqu'il y a un bureau entre deux personnes.
Un jour je lui ai demandé de choisir un jouet pour apporter à son enfant afin de faire le lien durant son absence. Ce sont nos critères psy à nous les occidentaux... Elle a pris un petit poupon de couleur parmi les objets que lui avais apportés mais elle restait encore dans l'hésitation. J'ai pensé qu'elle avait peut-être encore le désir d' un jouet pour elle. C'était bien cela et elle est repartie ravie avec celui qu'elle n'avait peut-être jamais eu au pays. Même si les critères éducatifs sont différents, elle m'a laisser à penser qu'un cadeau est un support affectif important dans n'importe qu'elle culture.
Aujourd'hui je l'ai confiée à une association qui a accepté de la prendre en charge jusqu'au délai de ses 21 ans même si son projet d'insertion est fragile car lié à sa régularisation administrative. Il existe des départements dont la préfecture est plus clémente... Aujourd'hui A m'accueille dans le studio qu'elle a meublé, elle me montre ses cahiers d'écolier où elle s'est appliquée à écrire. Elle participe à une plate-forme d'insertion.
Elle ne pourra accueillir sa petite fille que le week-end car l'association n'est pas habilitée pour l'accueil régulier des enfants. A était atypique au départ : pas de projet possible, des accueils dans des centres d'hébergement ce qui aurait entrainé à la longue une situation de souffrance personnelle et malmené ce lien déjà fragile avec son enfant. Bien sûr rien n'est gagné nous avons trois ans pour espérer encore qu'elle consolide ses acquis et se fasse sa place parmi nous. Je lui souhaite un avenir serein avec sa petite fille même s'il ne sera pas facile mais je le lui souhaite ici car à quoi bon accueillir si c'est pour y mettre le couperet du renvoi.
Demain il y a M qui a demandé à me voir. Lui il a des papiers procurés par son père qui l'a accueilli en France. A 17 ans il s'est retrouvé aussi en rupture d'hébergement , son père lui a dit de se prendre en charge et d'immigrer au Canada. Sans appui, sans ressources car il était en âge de se débrouiller seul...
Une chanson du chanteur suisse Pierre Chastellain disait " Dans les jardins du monde la nature a planté des enfants, elle en a mis des rouges, des noirs des jaunes, des blancs . C'est pas pour faire des différences mais c'est plus gai quand ça bouge dans le vent" Après j'ai oublié les paroles ( c'était un vinyl) ...ça parlait d'un monde où des choses devaient être possible pour que les petits , les enfants puissent y croire. " Mais surtout l'avenir de notre regard sur les étrangers dépendra de l'avenir de notre regard sur nous-même" ( dixit Julos le 8- 12 -2004)

Écrit par : sboujeant@voila.fr | 06 juillet 2009

Répondre à ce commentaire

WELCOME Nous donner à réfléchir si tôt va rendre cette journée très positive ; quel enseignement juste par le récit des faits vécus.

Écrit par : jeanne | 06 juillet 2009

Répondre à ce commentaire

regarde regarde là http://unosat.web.cern.ch/unosat/freeproducts/kenya/2009/Dadaab/UNOSAT_KEN_Dadaab_Camps_Overview_LR_v1.pdf
c'est l'ONU qui nous observe : un camp de réfugiés avant l'asile, c'est ça.

Écrit par : babel | 07 juillet 2009

Répondre à ce commentaire

Vrai de vrai... Vrai de vrai que ça se passe par ici, et que demain, on n'est absolument sûrs de rien... Nous sommes tous des sans-papiers en sursis. Demeurer en silence devant l'infamie, c'est se rendre coupable de non assistance à personnes en danger et accepter une honte de plus au blason de notre humanité...

Écrit par : Xavier Lainé | 08 juillet 2009

Répondre à ce commentaire

Merci pour ce texte et pour tous les commentaires et particulièrement le témoignage de sboujeant qui prend aux tripes. merci de savoir qu'il y a partout des femmes et des hommes debout qui font leur boulot passionnément.
Ce soir, au cercle de silence de Nantes, en plein été, nous étions 27.
Enfin, si vous voulez vous de-google-isez utile, allez soutenir la petite asbl/asso Abraço qui soutient les migrants lusophones en Belgique. Il leur manque 35 signatures. Ca ne coûte rien. Ca prend deux minutes : http://www.veosearch.com/fr/association/abraco-soutien-aux-migrants_2498

Écrit par : Anne depuis Nantes | 28 juillet 2009

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.