28 juillet 2009

O la belle ébourriffance de l’orge

ORGES

 

O la belle ébourriffance de l’orge. C’est le moment où l’on coupe les cheveux de la terre, l’or des blés, l’or de l’orge, que de couleurs! Le vert du maïs, le blé qui lève et qui roussit dans l’ensoleillade. Les coiffeurs de la terre ont délaissé la faux des agronomes du temps jadis, ce sont maintenant de grosses machines pétarradantes qui vous rasent un champ entier en une pico-seconde, ce sont de gros ciseaux mécaniques qui font table rase et tout se retrouve empaqueté dans du noir ou dans du blanc, c’est selon.

Les alouettes, oiseaux mystiques grimpent dans le ciel au plus haut qu’il en est possible, si haut qu’elles peuvent monter, en chantant à en perdre voix, si elles pouvaient, elles iraient jusque dans la stratosphère puis quand elles sont au zénith, elles tombent dans un silence impressionnant comme des pierres juste pour se faire des peurs, on dirait presque un saut à l’élastique.

Les feuilles de mon tilleul tombent déjà et deviennent des toiles pour les peintres de passage à la maison. Tant de cris d’oiseaux du matin au soir, ces professeurs de musique, très matineux s’égosillent à gorges déployées et font des gammes pour aiguiser leur voix particulière, leur organe terriblement vocal. O le subtil babil des habitants des arbres et des jardins et j’oubliais les zonzonnements des insectes: abeilles d’Habay-la-Neuve, bourdons de Troisponts, libellules bleues de la Semois à Chassepierre, guêpes, frelons et autres hyménoptères, musiciens venimeux à la piquouse célerissime. Ne vous avisez pas de fouler un quelconque nid de guêpe, il pourrait vous en coûter. Les sentiers sont ouverts, les ruisselets chantent. Les écouteurs de rus sont en route, ils préparent soigneusement leurs oreilles, ils vont bouches closes et tympans ouverts, ils marchent sur la pointe des pieds, ouverts à l’immense silence sur les sentes pour tenter de sentir, de saisir et de comprendre toutes les nuances des langues de l’eau et des langages des oiseaux: ils écoutent, taiseux et émerveillés les concerts de rossignol et de passereaux aux pattes à 4 doigts, la voix du merle immanquablement moqueur dans le cerisier et celle de l’humble moineau qui tout chaud et son petit cœur battant pourrait tenir dans la main d’un enfant.

 

Julos mardi 28 juillet 2009

 

oiseaux sur feuille

 

 

21:06 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (9)

Commentaires

c'EST FORMIDABLEMENT BEAU CETTE PEINTURE SUR FEUILLE !

Écrit par : Anouk | 28 juillet 2009

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Merci... ... pour cette invitation à contempler les merveilles de dame nature en été.
Pour la musique des paroles...
pour la douceur, si bonne douceur de pouvoir partager des émotions fondamentales...

Écrit par : Anne depuis Nantes | 28 juillet 2009

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merci aujourd'hui nous venons de fêter les 17 ans de mon "petit" Arthur, j'ai imprimé ta poésie de ce 28 juillet 2OO9 pour lui. je me souviens , il y a 17 ans je ne dormais pas, j'entendais un bébé "brailler" dans la maternité. j'avais appelé l'infirmière en lui disant que j'avais reconnu mon fils, mes entrailles... elle se moquait de moi : "c'est impossible les bébés pleurent tous pareil"... et devant mon insistance à demander que l'on me dépose mon fils dans mes bras, parce que je savais que c'était lui, elle avait cédé (lassée déjà par une telle laceuse lassante) ; Dès qu'elle me l'a déposé entre mes bras, si près de mon coeur de mes seins tout près à lui donner son lait de ma fabrication, mon bébé tout neuf,mo Arthur de quelques heures ne pleurait plus , il avait retrouvé sa maman...
idiot de raconter ça ici... mais je pense aux mamans qui ne peuvent plus le raconter à leurs enfants, et j'aime toujours raconter ce petit moment de nos retrouvailles avec mon fils, le jour de ses anniversaires.
c'est une chance non de se dire je t'aime à ses enfants ?
bisous et merci Julos,
j'aime lire :"l’humble moineau qui tout chaud et son petit cœur battant pourrait tenir dans la main d’un enfant"

Écrit par : patricia | 29 juillet 2009

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aujourd'hui c'était hier en fait je navais pas vu , qu'aujourd'hui c'était déjà demain...
quand j'écrivais aujourd'hui (message précédent)je pensais écrireà la date du 28 juillet...comme le temps passe... et que je radote depuis 16 ans toujours cette même histoire...

Écrit par : patricia | 29 juillet 2009

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Quel bonheur de vous lire... Vos mots magiques pour dire tout le beau, toute la vie, tout le précieux des êtres et des choses et ouvrir nos yeux aux choses simples et essentielles qui nous entourent... Je les aime vos mots.

Écrit par : Mireille | 29 juillet 2009

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Merci et bravo Merci d'être vous. Bravo pour votre oeuvre d'humanité de poésie.
Je suis un inconditionnel depuis les années 70 et je le reste même du bout du monde au Congo Kinshasa.

Écrit par : Dany Masson | 31 juillet 2009

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J’ai beaucoup aimé ce texte, Julos. Il respire la saison des moissons avec, il me semble, un peu de nostalgie. La rapidité des machines actuelles laissent-elles encore le temps de savourer ces instants d’échange entre l’homme, la terre et le soleil ? Ces heures durant ou les épis restaient fièrement dressés jusqu’à l’arrivée de la faux ?
Les écouteurs de rus sont en route. J’imagine des hommes silencieux marchant dans les pas de ces petites rigoles creusées naturellement dans les champs après le passage des roues des tracteurs et autres mastodontes industrielles. Je vois ces promeneurs avancer d’un pas lent et songeur en harmonie avec ce qui n’a pas changé dans ce portrait de l’avant ou de l’après.
Ce qui n’a pas changé, c’est la continuité de la vie à travers les âges et les progrès techniques. C’est la transmission de son secret grâce aux langages de l’eau, des oiseaux, de toutes les choses et êtres rencontrés dans notre existence.

Écrit par : Françoise | 02 août 2009

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Notre Sainte Mère la Terre, les arbres et toute la nature sont les témoins de vos pensées et de vos actions. Proverbe Winnebagro
Nous aimons la tranquillité; nous laissons la souris jouer en paix; quand les bois frémisent sous le vent, nous n'avons pas peur. Chef indien au gouverneur de Pensylvanie en 1796.

Écrit par : sboujeant@voila.fr | 06 août 2009

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A Villeneuve sur Yonne cet été, il y a une belle expositon avec des dessins et peintures de jaki Loyer qui s'interesse aux cigales et autres insectes qui chantent cachés dans la terre de provence. A coté d'un tableau il y avait écrit : Même la mort d'une toute petite mouche va crier pendant longtemps, va crier à la face de l'univers justice et réparation. Georges Duhamel ( Le bestiaire et l'herbier).

Écrit par : sboujeant@voila.fr | 07 août 2009

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