26 janvier 2010
Christophe Beaucarne
Christophe Beaucarne, directeur de la photographie en cinéma, est nominé pour les César 2010 pour son travail dans « Coco avant Chanel » le film d’Anne Fontaine.
Voici un article où il répond aux questions d’un journaliste du journal « Vers l’avenir » en Belgique.
Christophe Beaucarne, faiseur de lumière.
Portrait d'un passionné de l'image, rencontré en 2004, dans un café de Montmartre. On lui doit la photo sur « Peindre ou faire l'amour » et sur « Le Parfum de la dame en noir ».
C'est un matin de 14 juillet à Paris. Sous les drapeaux tricolores, déjà quelques notes d'accordéon percent le brouhaha des moteurs. La rumeur de la ville n'atteint pas le quartier des Beaucarne. C'est comme si elle butait sur les flancs de Montmartre. Beaucarne? Le nom sonne comme une chanson au coeur des Wallons.
Mais ce n'est pas Julos le poète qui vit ici, dans ce grand loft ensoleillé. C'est son fils Christophe, la quarantaine, son épouse et leurs deux enfants. « Nous ne sommes ici que depuis un an : avant nous étions en banlieue », lâche ce fort gaillard comme pour s'excuser d'habiter l'un des plus beaux endroits de la capitale.
Lui aussi est poète. C'est la lumière qu'il fait chanter. Au cinéma, il est directeur photo. Il est celui qui, avec l'éclairage, crée l'atmosphère du film. « Moi, après mes études secondaires, je voulais faire du cinéma, sans vraiment savoir quoi ». Dans la maison familiale de Tourinnes-la-Grosse, près de Wavre, Christophe et son petit frère Boris ont baigné dans un univers artistique. Sans être vraiment cinéphile, leur père leur a fait partager quelques coups de coeur : « des films de la Nouvelle vague, quelques vieux films ». « Nous avons toujours eu des caméras à la maison », se souvient Christophe.
"Je fuyais cette ville"
Un ami lui conseille de s'inscrire à l'Institut national supérieur des Arts du Spectacle (INSAS) à Bruxelles. « J'y ai tout appris », confie-t-il. « Il se cherchait : du sport à la nature, ses centres d'intérêts étaient multiples mais c'est ce qui fait de lui un cinéaste équilibré », se rappelle son professeur d'alors et ami d'aujourd'hui, le réalisateur Jaco Van Dormael.
En 1990, diplôme en poche, le jeune cinéaste file chercher du travail à Paris. « Il ne se tourne pas beaucoup de longs-métrages en Belgique. Et puis, je me sentais marginal à Bruxelles. Quand je sortais après une nuit de travail, je trouvais des rues désertes car tout le monde était au boulot. Je n'ai pas su résister à cette pression du petit bourgeois. A Montmartre, je ne culpabilise plus d'aller au cinéma en plein jour ou même de ne rien faire. Ici tout le monde fait comme ça. » Parisien alors ? « Avant notre arrivée sur la butte, je fuyais cette ville. Je suis un campagnard ». Dès qu'il le peut, il part toujours se mettre au vert en Ardenne ou à Tourinnes. Ou plus loin encore, comme cet été qu'il va passer à pêcher en Suède, puis en Patagonie.
"Je ne suis pas brutal, je suis concret"
De stagiaire, le voici vite deuxième assistant puis premier. Dans les cinq années qui suivent sa sortie d'école, il fait une vingtaine de films. « Un parcours classique », selon lui, mais qui lui permet de travailler aux côtés d'Yves Robert ou de Claude Lelouch. Un jour en 1995, sur le tournage des Anges gardiens, une dispute éclate entre le réalisateur Jean-Marie Poiré et le directeur photo. « J'ai dû remplacer mon patron avec toutes les tensions que cela suppose ». Il fait face. « Sa grande qualité, c'est sa force morale, c'est un roc inébranlable», témoigne son ami depuis l'INSAS, le réalisateur Benoît Mariage. Il rempile pour la comédie Les Visiteurs 2 puis décide de se cantonner à des films plus intimistes pour exprimer son talent.
En 1998, il tourne La Dilettante de Pascal Thomas. L'année suivante, La Vie moderne de Laurence Ferreira Barbosa avec Isabelle Huppert. Il y aura encore le très réussi Stade de Wimbledon de Mathieu Amalric en 2001 ou, deux ans plus tard, Chemins de traverse de Manuel Poirier. «Il y a moins de moyens, ça oblige à être plus subtil », explique-t-il. « Avec trois-quatre projecteurs, des astuces, il parvient à faire des lumières superbes », explique le réalisateur Bruno Podalydès avec qui il vient de transposer à l'écran une aventure de Rouletabille. Les contrats pleuvent. Fin août 2004, Beaucarne enchaîne sur le tournage de « Peindre ou faire l'amour » avec Daniel Auteuil, Sabine Azéma et Sergi Lopez.
Et il a sa petite idée sur les raisons de son succès. « Je ne tergiverse pas, c'est un petit côté belge que les réalisateurs apprécient, ironise-t-il gentiment. Je ne suis pas brutal, je suis concret, alors que les Français ont tendance à s'écouter parler. Autre atout, tout en étant à l'aise dans la culture française - ne serait-ce que par cette langue que mon père m'a fait aimer - , j'apporte aussi un autre bagage culturel : celui du Wallon. Quand je rentre à Tourinnes, c'est un sentiment d'appartenance plus fort encore, celui d'être chez moi ».
« Je suis très fier de mon père »
Après le Mystère de la chambre jaune en 2002, Bruno Podalydès a permis une nouvelle fois durant l'été 2004 à Julos et Christophe Beaucarne de se retrouver sur un tournage, celui d'une autre adaptation de Gaston Leroux : Le Parfum de la dame en noir. « Jusqu'alors, c'était le fils qui assistait aux récitals de son père. Là c'est Julos qui pénétre dans le monde de Christophe », explique le réalisateur. « C'est très stressant de savoir mon père entouré de comédiens aguerris. Les gouttes de sueurs me coulaient sur les tempes quand il ratait une prise. Je lui faisais des grands signes pour le guider », explique Christophe Beaucarne. « En Belgique, mon père est établi comme poète. Faire du cinéma en France, ça le remet au pied du mur. Je suis très fier », conclut le fils, prêt à remettre cela une troisième fois.
Article paru dans « Vers l'Avenir » en juillet 2004

Christophe, Anne Fontaine réalisatrice du film "Coco avant Chanel", Boris, Julos et Benoit Poelvoorde.
Les films auxquels a participé Christophe (source Wikipedia):
1990 : La Gloire de mon père d'Yves Robert
1993 : Le Condamné (court-métrage) de Xavier Giannoli
1994 : Terre Sainte (court-métrage) de Xavier Giannoli
1994 : Bonjour (court-métrage) de Guillaume Malandrin
1995 : J'aime beaucoup ce que vous faites (court-métrage) de Xavier Giannoli
1995 : Arthur (court-métrage) de Félicie Dutertre et François Rabes
1995 : Les Anges gardiens de Jean-Marie Poiré
1997 : Nous sommes tous encore ici d'Anne-Marie Miéville
1998 : L'Interview (court-métrage) de Xavier Giannoli
1998 : Riches, belles, etc. de Bunny Godillot
1998 : Les Couloirs du temps: Les visiteurs 2 de Jean-Marie Poiré
1999 : La Guerre dans le Haut Pays de Francis Reusser
1999 : Tout baigne ! d'Eric Civanyan
1999 : La Dilettante de Pascal Thomas
2000 : La Vie moderne de Laurence Ferreira Barbosa
2000 : Après la réconciliation d'Anne-Marie Miéville
2001 : Mercredi, folle journée ! de Pascal Thomas
2001 : De l'amour de Jean-François Richet
2001 : Le Stade de Wimbledon de Mathieu Amalric
2002 : Les Femmes... ou les enfants d'abord... de Manuel Poirier
2002 : Le Nouveau Jean-Claude de Didier Tronchet
2003 : Un homme, un vrai d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu
2003 : Le Mystère de la chambre jaune de Bruno Podalydès
2004 : Chemins de traverse de Manuel Poirier
2005 : Bye Bye Blackbird de Robinson Savary
2005 : Peindre ou faire l'amour d'Arnaud et Jean-Marie Larrieu
2005 : Le Parfum de la dame en noir de Bruno Podalydès
2006 : Quelques jours en septembre de Santiago Amigorena
2007 : La Vie intérieure de Martin Frost de Paul Auster
2007 : Irina Palm de Sam Garbarski
2008 : Paris de Cédric Klapisch
2009 : Coco avant Chanel d'Anne Fontaine
2009 : Mr. Nobody de Jaco van Dormael
2010 : Tournée de Mathieu Amalric
2010 : Hors-la-loi de Rachid Bouchareb
14:28 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (2)





Commentaires
Et si vous voulez Et si voulez regarder son CV en n'ayant qu'à cliquer sur les titres pour voir apparaître les fiches des films, c'est http://www.imdb.fr/name/nm0064290/ jecrois que nm0064290 signifie Christophe Beaucarne, nos spécialistes de décryptage tente de casser ce code...
Écrit par : babel | 26 janvier 2010
Répondre à ce commentaireJe connaissais sept/huit films où Christophe Beaucarne est cité . L'article et la filmographie satisfont ma curiosité pour son activité jusque-là. Bonne continuation.
Merci.
Écrit par : Jeanne Albano | 27 janvier 2010
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