20 février 2010

Au début ce n’était qu’un jeu


 

Au début ce n’était qu’un jeu et puis il s’était laissé prendre, les mots étaient venus tout seuls et s’étaient imposés à lui et l’avaient poussé jusqu’au bout de son dire... enfin... il pensait être au bout de son dire mais plus il écrivait, plus une force textuelle envahissante le portait plus loin encore, il n’arrivait pas à s’arrêter, ce fut d’abord quelques mots portés par un mince filet de voix, une voix timide à peine perceptible puis ce fut un ru, qui l’eût cru, puis un ruisseau, que c’était beau puis ce fut une rivière, puis un fleuve, puis une mer, un océan de mots qui le submergeait, son dire le poussait encore plus loin, que faut il en déduire? Il était comme possédé par les mots, il avait grande peur de se noyer dans ses propres mots, de disparaître au fil de ses mots, il aurait voulu expliciter sa pensée sortir de l’opacité du silence, marcher plus vite pour déboucher dans l’évidence.

Ce n’est pas si simple de marcher sur l’herbe des mots, il ne voulait pas donner l’impression fausse d’être à l’aise avec les mots, de les tutoyer, de les maîtriser, et il ne voulait pas non plus se laisser envahir, se laisser submerger, il ne voulait pas donner l’impression de surfer sur des vagues de mots, sur des mots vagues sans sens, sans dessus-dessous, il ne voulait pas aborder les côtes du pays du non-sens. 

Il voulait être assez clair pour être compris, il voulait faire palpiter les mots, les faire vibrer, les faire danser jusqu’à l’explosion de la texture jusqu’à la perfecture de la parlure, jusqu’à la perfectance de toutes les nuances, il voulait aborder la verbalité totale celle où les mots vont au bal, s’embrassent et s’embrasent comme des feux de Bengale.

Il voulait que les mots crépitent, il voulait déboucher sur la danse, oui! c’est cela, il voulait déboucher sur la danse des mots, la danse verbale, il cherchait des mots “caresse”, des mots d’amour qui adouciraient les maux de l’humaine humanité, il voulait pousser les mots jusqu’à la source du rire, il voulait déclencher un geyser de rires, un jaillissement ludique fantastique, il voulait déclencher une manière de Niagara rieur et textuel et inoubliable: un Niagara de mots force 9. 

Il était motivé mais alors motivé... pas un peu!... il était motivé plus que jamais et cela ne va pas sans une certaine excitation. 

 

Qu’en pensez vous lecteurs, lectrices qui faites partie de mon lectorat comme on dit souventes fois dans les livres savants et savantissimes, vous qui marchez sur les mots en prenant soin de ne pas les écraser, de ne pas les avaler comme des marshmallows, comme des caramels mous, délicieux qu’on savoure toujours, enfin, souvent, ça dépend des jours, qu’on savoure avec une certaine délectation, caramels mous qu’on mange quand on traverse la Manche vers Douvres. 

 

Julos

samedi 20 février 2010

 

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23:15 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (10)

Commentaires

Que... Quand je pense que ces mots qui nous traversent, qu'on emprunte, qu'on décortique, qu'on rhabille, qu'on interprète, quand je pense que ces mots ne sont que changement, glissement.

Moi qui fus bègue, quelques années durant ma préhistoire reptilienne, je les ai cotoyés, ces mots, dans un beau rodéo. Enfin, j'ai pu les chevaucher, ou alors étaient-ce eux qui me chevauchaient?

Un autre ami à moi, bègue intermittent, mais amoureux des contacts impunément, s'est révélé excellent représentant de commerce! Il vend des chamallows pour faire chewing-gommer une panoplie de gens.

Je me souviens d'un ami, adepte des bons mots et bons mets, qui a dépéri de ne plus pouvoir s'exprimer (je vous ai vu, vous Julos, je crois, arpenter le cimetière, le long de l'autoroute, ce jour-là).

Et moi encore, j'ai collé des images au mots, je les ai mis en bulles, puisque ces mots sont des moyens de transport (en commun) qui conduisent les lecteurs dociles (victimes consentantes d'une manipulation par la magie de l'histoire) d'un point a à un point b, d'ellipse en ellipse.

La magie des mots c'est un sortilège qui rentre et sort. Un n'amoureux n'entend que ce qu'il veut entendre. Un mot sert de bouclier dans un débat de tranchée. Les mots se multiplient en étant partagés. les mots ne sont pas cotés en bourses. Ils ne sont pas taxables. Ils s'envolent. Ils sont encore plus libres que nous.

Écrit par : Benoi | 21 février 2010

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Que c'est bon ! Un régal, comme d'habitude. Superbe le message ce dimanche matin. Et "Benoi" surenchérit. Bravo !
Ma petite tête valse. Un léger et joli tourbillon de mots ;
léger dans la tournure mais combien puissant quant au fond.
Merci, merci, merci. Allez, je relis, un petit coup de plaisir.

Écrit par : Jeanne | 21 février 2010

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Julos,surtout ne change jamais!
On t'aime tellement comme ça!
gros bisous

Écrit par : aurelie | 21 février 2010

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coffee toffee aaah les toffees et le fudge
de Douvres où les portes s’ouvrent
sur des délices en rubans de réglisse
(en english, on dit liquorice).

A l’aérogare au départ devant un moka
une zone mosaïque de mots croisés,
de mots pâles, de mots lestes
de mots d’Est, de mots las polyglottes,
de motivés monolingues,
leurs molletons sous un bras
leur monoski sous l’autre.
Mots dits, mots écrits
sous couvert de moleskine,
au mobile ou en blackberry
des mots doux, des mots gentils
au départ pour Pondi chéri.

Écrit par : Agnès | 22 février 2010

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de fait Au début ce n’était qu’un jeu
au final ce sera tout toi
ce jeu qui dénoue, qui dévoue
à tire d'île à tire d'aile

Écrit par : le babel | 22 février 2010

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C'est dans les mots sillons que coulent les larmes...

Écrit par : sylviane | 22 février 2010

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O mots siasoi O mots siasoi
Si à vous si à toi
Si assis si debouts
Mots de soi vers toi Vers nous
Vers le verbe vers le vers si doux

Écrit par : nayan | 23 février 2010

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au début ce n'était que fin qui ne se finit pas, ce n'était que le début d'un je qui ne joue que pour faire semblant d'etre si soi, car le je en vaut la chandelle, toujours allumée pas forcément digérable au moment, sans doute peut etre précurseure, ( les curseurs étant par définition hors course),mais et si présente,la chandelle des mots est là, dans la marée des mots si tant irrépressibles qu'ils ne sont pas pressés, sinon, comment contenir le mal du vivre de la si potentielle humanité qui ne sait suivre ni vuivre en toute simplicité la réciprocité des dires aussi personnels qu'immensionnels des fils que je tisse que nous tissonsavec vous par le Julos inter, soi même , posé, qui nous dispose ses mots, " et que de son alambic intérieur, il distillait et distille ces jours de son alambic intérieur ses mots, ses mots de vie, ses mots de vie"...........

Écrit par : jakez | 24 février 2010

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"Echinides"
Une famille d'oursins à l'instant surgit sur la pelouse du jardin.
- Vous avez compris son travail? Nous chuchota Monsieur Henri. Elle redonne vie aux mots rares. Sans elle, ils disparaîtraient à jamais dans l'oubli.
Nous sommes restés longtemps dans le petit jardin, fascinés par le spectacle de ces résurrections. Qu'est-ce q'un "éclateur"? Un appareil composé de deux pièces métalliques entre lesquelles jaillirent des étincelles. Qu'est-ce qu'un "écrivain"? Une sorte d'insecte coléoptère. Il se posa sur une longue feuille d'acanthe et, pris d'une faim soudaine, y découpa des trous en forme de lettres...
Oh , la joie de ces mots sortis de l'oubli. Ils s'étiraient, ils s'ébrouaient, certains n'avaient pas dû voir le grand air depuis des siècles.
Qu'est-ce qu'un livre "éléphantin"? Un livre aux pages d'ivoire. Que sont des embrassoires"? Des tenailles utilisées par le verrier pour saisir les pots où l'on fond le verre.
La nuit tombait. Sur la pointe des pieds, nous avons quitté notre vieille amie.
Chère nommeuse! ( Monsieur Henri avait les yeux attendris d'un enfant parlant de sa maman) puisse-t-elle vivre mille ans!Nous avons tant besoin d'elle! Nous devons la protéger de Nécrole.
Voyant mon air angoissé (qui pouvait bien être ce nécrole?), il me prit par l'épaule et me parla poilitique, comme à une grande.
_ Nécrole est le gouverneur de l'archipel, bien décidé à y mettre de l'ordre. Il ne supporte pas notre passion pour les mots. Un jour je l'ai rencontré. Voici ce qu'il m'a dit : " Tous les mots sont des outils. Ni plus ni moins. Des outils de communication. Comme les voitures. Des outils tecniques, des outils utiles. Quelle idée de les adorer comme des dieux! Est-ce qu'on adore un marteau ou des tenailles? D'aileurs les mots sont trop nombreux. De gré ou de force, je les reduirai à cinq cents, six cents, le strict nécessaire. On perd le sens du travail quand on a trop de mots. Tu as bien vu les îliens : ils ne pensent qu'à parler ou chanter. fais-moi confiance ça va changer..." De temps en temps ils nous envoie des hélicoptères équipés de lance flammes, et fait brûler une bibliothèque...
Je frissonnais. Voilà donc les fameux ennemis qui nous menaçaient! De colère, les doigts de Monsieur Henri me serraient le cou, de plus en plus fort. Je me retenais de crier. J'avais presque mal.
_ Ne te trompe pas, Nécrole n'est pas le seul. Beaucoup pensent comme lui, surtout les hommes d'affaires, les banquiers, les économistes. La diversité des langues les gêne pour leurs traffics : ils détestent devoir payer des traducteurs. Et c'est vrai que si la vie se résume aux affaires, à l'argent, acheter et vendre, les mots rares ne sont pas nécessaires. Mais ne t'inquiète pas, depuis le temps, on sait se protéger.

Ainsi finit notre troisième journée sur l'île. Ainsi commença pour moi l'habitude d'une petite cérémonie qui ne m'a jamais apporté que du bonheur : chaque dimanche soir, avant de m'endormir, je flâne quelques minutes au fond d'un dictionnaire, je choisis un mot inconnu de moi ( j'ai le choix quand je pense à tous ceux que j'ignore j'ai honte) et je le prononce à haute voix, avec amitié. Alors je vous jure, ma lampe quitte la table où d'ordinaire elle se reposeet s'en va éclairer quelque région du monde ignorée.
Ce texte est extrait du livre " La grammaire est une chanson douce d'Erik Orsenna" comme quoi il est important de faire revivre les mots oubliés (ce que nous retrouvions déjà dans la reprise de tes chansons anciennes Julos..) d'en inventer d'autres...de les détourner comme des objets pour enchanter les yeux et les oreilles.
Comme l'a écrit aussi mon amie Claire : Délivrez-nous du mal, ne nous délivrez pas des mots. Il y a des mots qui libèrent les sources cachées de nos émotions en eaux bondissantes, des mots qui sauvent, des mots qui font sauter le bouchon caché de nos inhibitions, des mots qui courent comme des rigoles pour irriguer le champ de nos vies. Il ya des mot-eurs qui créent ce que nous sommes, des mot-biles qui créent des univers... A Tous ceux dont les oreilles ont été des aires de repos et de bonheur pour les mots de Julos. Sylviane de Clichy

Écrit par : Boujeant Sylviane | 25 février 2010

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Merci de nous inviter dans ton monde Julos, tu ne me connais pas, mais sache que si j'avais mon Amaury land tu y serais inviter de tout cœur.
Je suis sure et certain que l'énergie passe très bien entre nous même si nous ne nous somme pas encore rencontrer.

Écrit par : Amaury | 03 mars 2010

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