04 avril 2010

L’homme à l’oeillet

 


Je serai désormais le frère de l’existence
L’homme à l’oeillet
Monté sur un cheval de bois
Un enfant égaré dans un monde sans âge
Un survivant de tous les noirs carnages
Un homme qui regarde dans les yeux les étoiles    
Et reçoit leurs lumières de plein fouet dans le coeur 
Un homme qui rebondit
Un avide ignorant qui caresse la brise parfumée du printemps  
Et salue le miracle de ses milliards de fleurs
Il est celui qui hume le parfum tant tenace de l’intense existence, 
De la vivance drue qui repeuple le coeur.
Il n’est qu’un vieil enfant qui toujours recommence le chemin du temps, y trouve son bonheur, 
Un enfant égaré très loin de son enfance qui salue les matins les midis et les soirs 
Têtu, il veut garder la grande émerveillance et conduire le soleil partout où il fait noir.

Julos 4 AVRIL 2010 Pâques



printemps


 

11:19 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (9)

Commentaires

Joyeuses pâques Julos,malgré la pluie!
Hou....................... demain à Redu sous les parapluies!
Gros bisous

Écrit par : aurelie | 04 avril 2010

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C'est exactement ça :o)
Quelle beauté lumineuse et bienfaisante vous nous envoyez!
Merci

Écrit par : Sylviane | 04 avril 2010

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Je suis contente je suis fière de moi parce que je viens de faire découvrir Julos Beaucarne à une nouvelle amie Belge exilée depuis longtemps dans les Alpes de Haute Provence à Puimichel. Elle est artiste peintre et passionnée d'astronomie et je me suis étonnée qu'elle ne connaisse pas la plus belle étoile de sa galaxie. françoise

Écrit par : szczepaniak | 05 avril 2010

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tu es dans l'icitte de ton maintenant
notre maintenance universelle
le sel indispensable
la bouche de nos oreilles
la vibration intimement nécessaire
je t'embrasse

Écrit par : jakez | 06 avril 2010

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... Je serai désormais ... ou Je reste... ? Quelque chose a-t'il changé ? Amicalement. Goldo

Écrit par : goldo | 07 avril 2010

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Salut Julosoleil joli ! Merci pour ce printemps écrit (écrit à fleur de mots). Bisous à toi.

Écrit par : Bernard | 10 avril 2010

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Avec votre permission ??? je converti ce si beau texte au féminin :
"Je serai désormais la soeur de l’existence
La femme à l’oeillet
Montée sur un cheval de bois
Une enfant égarée dans un monde sans âge
Une survivante de tous les noirs carnages
Une femme qui regarde dans les yeux les étoiles
Et reçoit leurs lumières de plein fouet dans le coeur
Une femme qui rebondit
Une avide ignorante qui caresse la brise parfumée du printemps
Et salue le miracle de ses milliards de fleurs
Il est celui qui hume le parfum tant tenace de l’intense existence,
De la vivance drue qui repeuple le coeur.
Elle n’est qu’une vieille enfant qui toujours recommence le chemin du temps, y trouve son bonheur,
Une enfant égarée très loin de son enfance qui salue les matins les midis et les soirs
Têtue, elle veut garder la grande émerveillance et conduire le soleil partout où il fait noir."
J'aimerai tant avoir cette lucidité pour chaque instant de ma vie.
Merci pour TOUT Julos.

Écrit par : Liliane | 10 avril 2010

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NON... SVP pas la femme à l'oeillet ! "Au temps de Marx ils étaient une poignée d'hommes. De nos jours ils sont huit cent millions. Après-demain ce sera le monde entier"... Beloyannis

Aujourd'hui le camp se tait
Aujourd'hui le soleil tremble en suspens dans le silence
Comme tremble la veste du mort sur les barbelés.
Aujourd'hui le monde est consterné.

On a décroché une grande cloche et on l'a posé à terre.
Dans son airain palpite le cœur de la paix.
Silence. Écoutez cette cloche.
Silence. Les peuples passent portant sur leurs épaules
le grand cercueil de Beloyannis.

Les assassins se cachent derrière leurs couteaux.
Arrière assassins. Retirez-vous loin de nous.
Silence. Les peuples passent portant sur leurs épaules
le grand cercueil de Beloyannis.

Un vent qui s'est faufilé dans le sombre tunnel du silence
nous a transmis le message.
Ils les ont tué. Ils les ont tués.
Deux globes oubliés se décolorent à la porte du jour.
Ils les ont tués.

Petros qui se rasait dans la cour devant un petit miroir de poche est resté le bras en l'air, son rasoir à la main comme s'il tenait de ses deux doigts le bras du monde et comptait ses pulsations.

Vanghelis qui prenait son thé du matin est resté la bouche pleine comme s'il avait une pierre entre les dents.

Il était amer le thé aujourd'hui. Nous étions aux aguets :
Une grande voiture s'est arrêtée sur le chemin.
Une des roues a heurté le rocher.
Peut-être était-ce la roue de l'Histoire.
Car la petite vieille qui brossait à la porte du balcon
sa robe noire du dimanche
restait là pétrifiée comme si elle avait découvert
à quel point la couleur noire était triste
comme si elle avait vu un drapeau noir levé sur le mât du temps.

Peut-être était-ce la roue de l'Histoire. Ils les ont tués.
La terre a bougé. Les pierres angulaires du ciel ont bougé.
La poutre de la maison a bougé. Le lustre a bougé,
Comme bouge la pomme d'Adam de l'homme qui ravale son sanglot.

Silence. Silence. Ils les ont tués. Et curieusement
les vaches et les agneaux n'avaient pas du tout bougé sur l'enseigne de la boucherie, on aurait dit seulement qu'ils avaient baissé très légèrement la tête et écoutaient couler sous la terre un fleuve d'une profondeur insondable.

Silence. Silence. Ils les ont tués.

Nous comptions sur nos doigts : après-demain
après-demain oui, commence avril.
Nous disions : nous trouverons dans la corbeille du printemps beaucoup d'aiguilles dorées, beaucoup de pelotes colorées pour raccommoder le rire de l'enfant
pour raccommoder les rides de la mère
pour recoudre même une jambe coupée, un crâne brisé - disions-nous.

Nous comptions sur nos doigts :
après-demain avril et Pâques
les hommes s'embrasseront.
Ils les ont tués.

Ces visages sont comme les horloges arrêtées.
Quelle heure peut-il être? Quelle heure peut-il être aujourd'hui ?
Qui a arrêté ces horloges ?
Qui a arrêté prématurément l'arrivée d'avril ?
Qui a tracé au fusain des croix sur les portes ?
Qui a éteint le sourire dans les yeux de la mère ? Quelle heure peut-il être ?
Qui a coupé l'espérance en deux ? Quelle heure peut-il être ? Quelle heure peut-il être ?
La cigarette brûle vite aujourd'hui. Quelle heure peut-il être ? Dites-le moi donc.

Silence. Les peuples passent portant sur leurs épaules
le grand cercueil de Beloyannis.

Ces visages sont comme les horloges arrêtées.
Quelle heure peut-il être aujourd'hui ? Quelle heure, demain ?
Quelle heure, l'an prochain ?

Toi, tu es monté sur le dos de Charon
en remontant d'une main prompte l'horloge du soleil.
Que s'accélère la marche des aiguilles. Que passe ce jour.
Que s'efface de nos yeux la tristesse.
Que soit bannie du monde l'injustice.
Les aiguilles tournent à l'horizon
sur les visages ruisselle la lumière. C'est toi qui as remonté l'horloge du soleil
jusqu'à la rencontre des deux aiguilles dans la paix,
jusqu'à la rencontre du monde entier dans l'amour.

Que sonnent à présent les tambours et les clairons de la Liberté.

Nikos, tu avais un cœur gonflé du sang du soleil.
Quand tu marchais sur les ruines de l'automne
tu avais toujours dans la poche intérieure de ta veste le projet de notre cité nouvelle
aussi le peuple souriait-il dans tes yeux.
Tu es parti maintenant, Nikos
allumant d'un œillet de feu le courage du monde,
allumant l'espérance dans le cœur des peuples
allumant les constellations de la paix au firmament du monde
sur les plaines semées d'ossements.

Tu es tombé, Nikos, ton oreille collée sur le cœur du monde
Écoutant les pas de la liberté vers l'avenir
Écoutant l'avenir déployer des millions de drapeaux rouges
Sur le rire des enfants et des jardins.

Voilà que déjà nous voyons cette nuit
dans la trouée du silence
suspendre aux anneaux de deux grands astres
le cadenas ouvert du monde.

Nous porterons ton héritage sur nos épaules
Jusqu'à la porte du soleil, Beloyannis.

Bonjour, frères et sœurs
Bonjour soleil
Bonjour le monde.

Beloyannis nous a appris encore une fois
comment vivre et comment mourir.
Avec un œillet il a déverrouillé toute l'immortalité.
Avec un sourire il a illuminé le monde pour dissiper la nuit.

Bonjour, camarades
Bonjour soleil
Bonjour le monde.

Que sonnent à présent les tambours et les clairons de la liberté.

Encore une fois. Encore une fois.
C'est toi, Nikos, qui a lutté pour nous tous,
toi qui a vaincu pour nous tous,
toi qui a montré
comme ils sont petits, à ce moment, les petits rêves,
le fauteuil de paille du jardin, la petite table verte,
la sécurité du lit à barreaux, la nuit - comme ils sont petits
face à la joie sublime de mourir
pour la joie du monde.

C'est toi qui as montré
comme elle est petite la liberté de donner un baiser sur la bouche,
de s'asseoir en silence sur le muret du soir
en laissant errer son regard,
de mettre sous son cœur deux petites étoiles chaudes
comme on met, avant de dormir, sous son oreiller,
la clé de la maison et sa montre.

Qu'elle est petite cette liberté face à la liberté farouche
de retirer son cœur, comme un œillet, de sa poitrine
pour embaumer l'univers de sacrifice et de paix.

Oh ! oui, nous souffrons de la joie d'être hommes,
en faction jour et nuit sur un sommet du monde,
paissant le troupeau des étoiles au-dessus des ruines,
faisant bouillir dans le grand chaudron de la nuit
le lait épais de la joie pour les enfants qui vont naître demain.
Nous souffrons, comme toi Nikos tu as souffert, de la joie d'être hommes.

Bonjour mes amis
Bonjour soleil
Bonjour Beloyannis.

Aï-Stratis, 30 mars 1952

Trad. Elisabeth BOUTKEVITCH

Merci Julos pour ton poème qui venait à Pâques, jour de mon anniversaire !!!
Bises
Sylvie

Écrit par : Sylvie Benoit-Chieux | 19 avril 2010

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Sylvie, désolée si je vous ai froissée ; je ne pensais qu'au symbole de l'oeillet : l'amour.

Écrit par : Liliane | 21 avril 2010

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