18 juin 2010

Colombie

 

Colombie: Monsanto, Del Monte et Cie assassinent les arbres. Et les gens.


Pourquoi les multinationales détruisent-elles les forêts ? Pour installer sur ces sols fertiles des cultures intensives qui rapportent vite et beaucoup. Et comment s’emparent-elles de ces terres ? Par des méthodes abominables. Des firmes présentes dans nos supermarchés européens se rendent coupables de crimes contre l’humanité… 

Ainsi, la firme Del Monte a pratiqué illégalement l’agrobusiness du bananier sur vingt-deux mille hectares dans les hameaux de la Balsa, San José Varsova et Bendito Bocachica. Pour déplacer les populations qui occupaient ces terres, elle a recouru à des milices privées. Les ‘paramilitaires’ comme on dit, ont chassé deux mille cinq cent Afro-Colombiens. Durant cette Opération Genesis, ils ont torturé, fait disparaître et exécuté plus de 85 civils de cette communauté. Afin de semer la terreur, ils ont égorgé Marino López Mena, puis ont joué au football avec sa tête devant la communauté. Les victimes ont été enterrées dans des fosses communes. 

Comment élimine-t-on les arbres ? Grâce à la dispersion aérienne de l’herbicide Round-Up Ultra de Monsanto. La firme est également accusée d’avoir affamé les civils comme méthode de combat et d’avoir attaqué des biens indispensables à la survie de la population civile : produits alimentaires, récoltes, bétail, réserves d'eau potable et travaux d’irrigation. En vendant au gouvernement colombien des substances toxiques souvent utilisées comme arme de guerre, Monsanto est devenue complice d'une guerre chimique contre la population civile. 

Depuis 1984, un programme massif d'éradication de cultures a été la stratégie principale du Plan Colombia exécuté par l'Etat colombien et les Etats-Unis. En effet, 80% des ressources naturelles (eau, minerais, pétrole, biodiversité) sont concentrées sur les 27% du territoire détenus en propriété collective inaliénable par les indigènes. 

« Ils entrent en coupant des têtes » 

Le Tribunal des Peuples a été créé par diverses personnalités européennes. En mars 2007, il a tenu une session en Colombie pour écouter les témoignages de la population : « Ils entrent en coupant des têtes, en torturant pour qu'ils puissent eux, garder les terres et exécuter leur macro-projet. Ils nous disent de nous en aller. Qu'ils ont besoin, eux, de la terre nettoyée pour combattre la guérilla, mais la guérilla n'est pas là. » 

Durant les quatre premières années de la présidence Uribe (2002-2006), 1.190 indigènes, dont de nombreux leaders communautaires, ont été assassinés, indique l’Organisation nationale indigène de Colombie. Selon Amnesty, deux tiers des trois millions de Colombiens déplacés de force l’ont été pour libérer des terres situées dans des zones minières ou à fort potentiel agricole. 

A elle seule, la Colombie compte plus de 90% des assassinats de syndicalistes commis dans le monde. Ces quinze dernières années, Amnesty a recensé « 2.245 homicides, 3.400 menaces et 138 disparitions forcées à l’encontre de syndicalistes. Dans plus de 90% des cas, les responsables n’ont pas été jugés. En 2005, environ 49% des violations de droits humains envers des syndicalistes furent l’œuvre des paramilitaires, et 43% directement par les forces de sécurité. »

La guerre en Colombie n’est pas une guerre contre les guérilleros des FARC. C’est d’abord une guerre contre la population. Pour la chasser de ses terres convoitées avec frénésie par les multinationales. Le Tribunal des Peuples en a rassemblé les preuves. 

Les multinationales sont-elles compatibles avec l’avenir de l’Amazonie ? 

Ce n’est pas un hasard si cette exploitation sauvage de l’Amazonie s’accompagne de crimes aussi graves. Le « modèle » économique que les multinationales prétendent imposer à cette région est en complète contradiction avec des valeurs essentielles : la survie des populations locales, la souveraineté alimentaire de ces pays, la préservation du poumon de notre planète et la démocratie tout simplement. 

Le Tribunal a aussi établi l’impact de la destruction de la Nature : « Des preuves apportées au Tribunal, il résulte que les politiques favorisées et imposées par l'Etat colombien attentent gravement contre la biodiversité agricole et forestière sauvegardée de manière durable pendant des siècles par les communautés indigènes, afro-colombiennes et paysannes. Le déplacement de populations indigènes, afro-colombiennes et paysannes implique la perte d’espèces et de variétés biologiques mais aussi la disparition des savoirs traditionnels qui leur sont associés. L'expulsion des communautés traditionnelles et la substitution de monocultures industrielles à l'agriculture de subsistance affectent la souveraineté alimentaire locale et nationale. L'application massive et indiscriminée d'herbicides a des conséquences sur la destruction des forêts et des cultures ainsi que de la faune associée. L'implantation de monocultures de bananier, pin, eucalyptus, cyprès et palme africaine substitue des déserts verts d'une seule espèce à des écosystèmes d’une énorme biodiversité. L'application massive de plaguicides dans les monocultures affecte les quelques espèces animales qui réussissent à survivre dans les monocultures. Le volume de produits agrochimiques utilisés affecte aussi les ressources hydriques, ce qui produit un impact sur la santé des populations locales, de la flore et de la faune associées aux fleuves, ruisseaux, lagunes et terrains humides. »

Une paysanne colombienne exprime bien l’étranglement:  « La palme africaine est engraissée par le sang de nos frères, de nos amis et de nos familles... Nous n'avons pas où travailler car le territoire est couvert de palmiers. » De plus, les pratiques commerciales de Monsanto, en imposant le monopole de ses produits biologiquement modifiés, entraîne l'extinction de semences utilisées de façon ancestrale par les populations indigènes, afro-colombiennes et paysannes. La culture du maïs fait partie de l’univers culturel des populations traditionnelles et la maîtrise des techniques de production est une des expressions de leur identité en tant que peuples, en plus d'être un facteur qui garantit leur autonomie.

L’Etat colombien se comporte avec férocité, quels que soient les présidents successifs. Mais il n’agit pas pour son compte propre. Il s’agit plutôt de la guerre de son ‘parrain’. Les Etats-Unis sont tellement intéressés par ces richesses amazoniennes (et par le contrôle du canal de Panama) qu’ils ont investi dans ce pays trois milliards de dollars d’aide militaire (en six années à peine), huit cent ‘conseillers’ militaires, une dizaine de bases et des milliers de mercenaires payés par divers organismes US.[6] La Colombie est numéro trois, après Israël et l’Egypte, sur la liste des pays qui reçoivent les subsides militaires de Washington. 

Le plus grave, c’est que cette sale guerre menée en Colombie par les Etats-Unis et leurs multinationales n’est pas un phénomène isolé. Elle préfigure, elle annonce la militarisation de la bataille pour les ressources naturelles, qui pourrait frapper d’autres pays d’Amérique Latine…

 

Michel Collon

 



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RIO BOBONAZO près de Sarayacu

 


21:00 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (6)

13 juin 2010

Julos au Théâtre de la Vie - 21 juin

 

TeteEtoilee

 

Atelier Théâtre de la Vie 

Témoins de notre temps 

Inauguré lors de la saison 2006-2007,
le cycle "Témoins de notre temps" accueille:
Julos Beaucarne et Sophie Creuz 
pour un dialogue avec le public le
21 juin 2010 à 20h15
 

Tél : 02 219 60 06

Mesdames et messieurs je m'appelle Julos, toute ressemblance avec des personnages ayant déjà vécu est purement fortuite. Je vis en  compagnie de 6 milliards et demi de femmes et d'hommes, j'espère que je n'ai oublié personne, à bord du vaisseau spatial "Terre" à Tourinnes-la-Grosse, longitude 4° 44' 55'', latitude 50 ° 46' 45" en brabant Wallonie, Belgique. Les rayons du soleil (quand il y en a) mettent 8 minutes pour me parvenir... Voilà, vous savez presque tout sur moi maintenant.

Je pense qu'autant de fois les autres sont, autant de fois je ne suis et en même temps, autant de fois je suis. Nous sommes faits, vous et moi, chacun, chacune, de la même matière que l'univers. Chaque personne est l'univers lui-même, en son entier, aussi mon histoire est-elle aussi l'histoire de l'univers en son entier, avec et y compris l'alpha du centaure, le  "W" du Cassiopée : la constellation des wallons  et la grande et la petite Ourse et la constellation d'Orion et la pléiade et tous les astres et les astéroïdes qui traversent  allègrement le ciel, l'univers et le mégavers au-delà même de l'univers. J'ai conscience que je ne suis rien et qu' en même temps, je suis tout.

Je suis très heureux d'être vous et très content d'être moi. Je suis très content de faire partie du grand tout. Nous avons vous et moi commencé au commencement des mondes et nous finirons à la fin des mondes, à moins qu'il n'y ait point de fin. Peut-être aussi qu'il n'y a pas eu de commencement, voyez-vous... Je suis en même temps très content d'être vous et très content d'être moi, je crois que plus vous serez "vous-même", plus je serai moi.

Chaque personne par sa présence sur terre nous apprend un fragment du grand univers, personne n'est plus grand ni plus large que l'autre, ni plus petit. Nous sommes nés chacun, chacune d'une femme et à notre naissance nous avons reçu une feuille de route particulière à suivre. Cette route  est unique, c'est notre route personnelle, c'est  notre tâche unique, celle dans laquelle nous allons nous réaliser totalement et qui est ancrée en nous depuis notre naissance, ancrée en nous peut-être depuis le commencement des mondes...

Si nous ne suivons pas notre propre route, nous sentons que nous manquons notre vie, que nous sommes à côté de ce que nous devons faire,   nous devenons faibles, malades, nous sentons bien que nous ne nous accomplissons pas car en plus le monde autour de nous essaie perpétuellement de nous distraire de notre propre route. Si chacun révélait aux autres ce pourquoi il est né, le plan général serait un succès. La création de chacun pourrait aider tout le monde. Mais en général, on essaie de détourner chaque personne d'elle-même afin qu'elle achète ceci ou cela. Chacun n'est rien et en même temps chacun se trouve être tout et être le tout. 

Je suis fait de 500 milliards de cellules, excusez du trop... J'essaie chaque matin de saluer  chacune de mes 500 milliards de cellules mais ce n'est pas de tout repos, il faut se lever tôt. Je suis très content d'être vous et d'être tous les gens de tout partout, nous faisons tous et toutes partie du grand tout.

Si l'on fait du mal à une seule personne du monde, si on l'humilie, si on la frappe, si on la tue, on tue toute l'humanité : tout est répercuté.

Je voudrais vous en dire plus mais j'ai beau penser 800 mots à la minute, je ne peux en dire physiquement que 135 à la minute. Le commencement de chacun n'est pas le jour et l'heure où il est né, il est peut-être né quand l' univers est né. Au moment où nous naissons, nous avons peut-être déjà beaucoup vécu et voyagé dans l'espace. Contrairement à ce que l'on croit, Gagarine n'est peut-être pas le premier homme de l'espace... Notre apprentissage prend naissance au commencement des mondes et continue jusqu'au bout de l'éternité, mais comme l'éternité n'a point de bout ni de fin nous ne finirons jamais. "L'homme est la mémoire de l'univers". La mort physique, c'est peut-être passer dans une autre état de conscience et qui sait, ainsi, gagner la haute mer de nous-mêmes... connaître un autre état de conscience - à moins que les guerres et les conflits nous empêchent d'aller au bout de notre propre trajectoire, comme ces étoiles filantes qui sont lancées à la vitesse grand V dans le ciel et éclairent subitement la nuit et disparaissent dans l'obscurité. 

Il paraît qu'on s'exprime 7 % par les mots, 37 %  par la façon dont on les dit et 56% par le corps.

Nous avons tous et toutes 211 os creux et mon vélo MBK est fait de 1500 pièces. Je suis équipé de 455 muscles ; lorsque je souris, je fais  travailler 17 muscles. Le sourire est un remède à beaucoup de maladies et à beaucoup de conflits.

Je me présente devant vous ce soir et vous constaterez que mon altitude, le point culminant "du pays de mon corps" s'élève à 1m54 et mon envergure est de 1m70. Je fais de la musique avec 6 notes et pour écrire, je dispose  d'un alphabet de 26 lettres.

Je crois que la vie de chacun est un roman qu'il  ne doit même pas de se donner la peine d'écrire. A chaque seconde nous jouons notre rôle dans une pièce de théâtre, cette pièce dont nous sommes l'auteur ou l'auteure, à notre corps défendant.

Pour la pièce que je joue depuis plus de septante ans (je vais en effet sur mes septante quatre ans, excusez du trop), pour mon entrée en scène, vous saurez qu'on a frappé les 3 coups à Bruxelles, au square Marie-Louise le 27 juin 1936, à 9 heures du matin. Ma mère s'appelait Angèle Varlet, elle était originaire de  7090 Steenkerque, près de Braine-le-Comte. Je suis le seul enfant à être sorti d'elle ce jour-là mais ma sœur et mon frère avaient préparé le chemin avant moi. Je ne sais quand ma pièce se terminera, ni s'il y aura des prolongations, si c'est demain, après-demain ou dans 100 ans que je prendrai le chemin des étoiles filantes, qu'en sais-je? Qu'en sait-on ? En attendant j'aimerais être heureux jusqu'au bout de mes cheveux qui sont les dernières ramifications de mon arbre circulatoire. J'ai appris récemment que le diamètre de chacun de mes cheveux était de 50.000 nanomètres (un nanomètre ou bien "MN", c'est un milliardième de mètre - vous ne le saviez pas, j'en étais sûr, il faut vraiment tout vous dire !). Je crois qu'il faut sortir voir du monde... A ce propos, merci d'être venu au Théâtre de la Vie ce soir.

Julos Beaucarne

07:46 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (7)