20 septembre 2011

Spectacle à Hargnies dans le département des Ardennes françaises

 

Y a-t-il des Wallons aux îles Wallis ? Ces cyprès sont si loin qu’on ne sait si c’en sont.

«Jadis, je chantais les sinistrés, au début tout le monde rigolait, un type qui chante en wallon, ce n’était pas possible, le wallon cette langue de la minorité ! Nous sommes 200 millions de francophones dans le monde! "Voilà pouqwé nos stons firs dyesse wallons". »

Julos, le jaseur, chanteur, poète, conteur wallon, a posé, vendredi dernier, ses valises à Hargnies : le pays des harnicots et des harnicotes dans les ardennes françaises, le temps d'un concert exceptionnel. Julos, une voix unique qui tresse en musique wallon et français. Un vrai, un authentique poète au cœur libre et fier avec la Wallonie en bandoulière. L’écouter une seule fois et nous voilà grisé par les mélodies, envoûté par les mots et les rimes. L’incontournable chanson de la « p’tite gayole » nous trotte dans la tête pour le restant de nos jours ! « Elle me l’avait toudi, promis une belle petite gayole, une belle petite gayole… » L’hymne wallon par excellence, le frisson au bord de l’oreille, l’alchimie des sons, la belgitude en-chantée.

« Les mots sont très sympathiques, ils gagnent à être connus. Je suis un balayeur, un récolteur des mots jetés à la poubelle, un acupuncteur, un horticulteur de voyelles, un bûcheron des forêts consonnantiques, un cultivateur d’assonances. Je jongle avec les mots d’hier et de demain perdus dans l’espace des temps. Le wallon plus que le français est une langue où le sens est dans le son. Je rêve d’une langue musicale universelle où l’on prendrait le son des mots dans toutes les langues et dans les mots d’enfant, dit Julos.

Mon petit carnet est mon plus fidèle instrument de travail, il me suit dans tous mes déplacements, j'entends une trouvaille et je dis: ça alors il faut absolument que je le note ! Ce que j’aime, je l’écoute, je le réécoute, jusqu’à le savoir par cœur.

Nous passons à côté des mots par nos habitudes de pensée et de lecture, car tout est dans la façon de dire, de lire, d’écouter. Le son des mots nous façonne la voix, l’oreille, l’âme, il carillonne notre pays, notre peuple, notre culture. Le wallon, c’est le latin venu à pied du fond des âges. Quand les Romains sont arrivés, ils nous ont imposé le latin, qui mélangé au celte a donné le wallon. Le wallon a très tôt appris à vivre dans la clandestinité, après les invasions :  romaine, germanique, normande, autrichienne, française, qui étaient les maîtres du "bien parler"… »

Le patois a dû faire face à une véritable persécution. Jusqu’en 1930 à l’école d’Hargnies, l’instituteur accrochait un sabot au dos de l'élève qui osait prononcer un mot en wallon ! Parler wallon était devenu un acte héroïque ! La langue régionale est pourtant un outil précieux et une richesse en voie de disparition de notre patrimoine culturel. Ceux qui parlent encore les deux langues possèdent un lexique bien plus riche que celui qui ne maîtrise que le français. Parler wallon et français permet d’affiner et de préciser sa pensée. Les anciens de nos villages disent souvent « en wallon ça se dit comme ça, mais en français, le mot n'existe pas ! »

Julos est aussi un chanteur engagé comme Léo Ferré, Jean Ferrat… Il mêle des chansons populaires comme Vigneault au Québec et Nadeau en Occitanie à des poésies de Verlaine, Victor Hugo, Verhaeren, Apollinaire, Max Elskamp…. Il est accompagné à la guitare par Patrick de Schuyter et au chant par Barbara d’Alcantara.

Vous ne connaissez toujours pas Julos ? Venez l'applaudir dans un de ses spectacles. Attention! Danger ….. Vous n’en ressortirez pas intact, avec la p’tite gayole !                         

Agnès Roche


 

 

Hargnies.jpeg


20:03 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Oui cher Julos,

le bien parler wallon est une denrée rare.. longtemps interdit dans les écoles...je le sais pour l'avoir vécu... Heureusement mes aïeux m'ont légué cette écoute comprenante de plusieurs patois...et point je ne les parle...je pourrais prendre des cours avec vous...si vous ne prenez "cher" de l'heure ?
Je vous rejoins en rêvant d'une langue aux mots à inventer en frôlement de musique accompagnés. La voix, instrument précieux, magnifiée par la vibration d'une guitare...le cristal du piano...la plainte de la flûte arménienne, la sensualité du saxo....je vous imagine le tout mélanger...et en sortir un trésor caressant.
Je vous embrasse.
Anne Marie

Écrit par : Anne Marie | 20 septembre 2011

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Oh Julos quel merveilleux texte à lire sans modération Dany qui t'embrasse fort

Écrit par : dany | 21 septembre 2011

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Et une qui y était à Hargnie, a envoyé les photos du spectacle : elles sont sur le forum de ce site…

Écrit par : le babel | 23 septembre 2011

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