13 octobre 2011

Trente à l'heure, tendre allure

 

Trente à l’heure, tendre allure

C’est beau, non, ce slogan de la prévention routière ? Avouez… Beau et utile. Une réussite parfaite de communication. Un bonheur d’expression.

Trente à l’heure, tendre allure… C’est tout simple et ça se dit comme ce que ça dit : avec lenteur, avec tendresse. C’est construit pour être dit lentement. Prenons les mots trente et tendre. Le r du premier mot change de place dans le deuxième. Et le t du premier devient d dans le second. Et dans les deux autres mots : (à) l’heure et allure, le e devient u. Il ne faut pas se précipiter – il faut être prudent – sinon on risque l’accident de parcours, le trébuchement de la langue.

Tenez, ce trente à l’heure, tendre allure, moi, ça me fait penser à… Vous savez à qui ? À Verlaine. On retrouve des choses comme ça chez lui ; de ces figures-là : « Il pleure dans mon cœur / Comme il pleut sur la ville. » Ou chez Gainsbourg, si vous préférez plus moderne : « Dans son regard absent et son iris absinthe… ».

Et comment s’appelle alors ce procédé rhétorique qui consiste à miser sur le rapprochement de mots qui sont presque pareils à l’oreille et cependant de sens tout différents ?

C’est une paronomase. (Du grec para : proche et onoma : nom.) Et les deux mots qui forment la paronomase, les deux mots qui se font écho, sont dits paronymes.

La publicité, évidemment, la publicité commerciale, se sert de ce procédé. Mais de quoi ne se sert-elle pas, la garce ? Tout lui est bon. Elle se permet tout. Le pire et le meilleur…

Je vous montre un exemple : Achetez un portable, pas un jetable. Et un autre tant qu’on y est, qui a largement contribué à la fortune de la maison – et qui est en plus un vers blanc – : Des pâtes, des pâtes, oui mais des Panzani !

On le retrouve encore, ce procédé, dans les proverbes, les sentences : Qui se ressemble, s’assemble ; Comparaison n’est pas raison ; Qui s’excuse, s’accuse.

Il est aussi présent dans ce drôle d’objet langagier qu’on appelle le virelangue. Tantôt ludique, tantôt pédagogique, ou les deux à la fois, le virelangue, lui, n’a rien à vendre, n’a pas non plus de leçon à donner. Il est juste fait pour le plaisir. Pour faire parler et faire rire. S’amuser à courir avec les mots, avec la langue, sans tomber. Ou jusqu’à tomber. Et la chute, alors, est encore plus rigolote que la course… Surtout que, dans la chute, il arrive parfois qu’on produise des mots que... des mots qui… des mots crus !

Julos Beaucarne, grand diseur et faiseur aussi de virelangues, en a écrit un où il est question d’une dame qui s’appelle Coutufon et une autre, Foncoutu.

Je vous laisse à penser ce qu’un accident entre les mots Coutufon et Foncoutu peut donner.

Allez, pour finir, goûtez-moi donc celui-là, tout bref : Te fusses-tu tu, tu m’eusses plus plu.

 

Jean Paul Vasset    Journal le Soir du 10 octobre


 

 

"Les Chaussettes de l'archi-duchesse" livre de virelangues de Julos Beaucarne est disponible chez Claude Duchateau  tél 0032 (0) 10 41 73 74

 

 

trente à l'heure.jpg

 

09:51 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Slogan à exporter en France de toute urgence, enfin... pas à plus de trente à l'heure !

Écrit par : Jilber | 13 octobre 2011

Répondre à ce commentaire

Oui cher Julos,

trente à l'heure pour doucement savourer les bons moments, tout en tendresse.
O là ! oui le virelangue ...pour le plaisir...de le dire...de le lire... de rire à s'en tordre le côtes!!!!!!
Oui le rire c'est bon pour la santé!!!!!
Je ne suis experte en virelangue...et si je m'y essaye....je vais m'écrouler avant la fin :).

Merci d'avoir déposé cet écrit de Jean-Paul Vasset.
Je t'embrasse.

Anne Marie

Écrit par : Anne Marie | 13 octobre 2011

Répondre à ce commentaire

Tout mon quartier est en « zone trente » ; peu de gens le respectent vraiment, hormis ceux qui tournent roulant au pas, cherchant une place où « stocker » leur véhicule. Oui « stocker », comme « stock-car ». Le maire a demandé aux 300 000 habitants de choisir entre : « limiter toute la ville à trente » ou « pas ». « Ou pas » a gagné, et je le comprends : les grands axes urbains seraient devenus de lents fleuves de bruits, de fumées, de retards, et ceux qui ne respectent pas les 50 ou 60 n'auraient rien changé pour un trente… Il faut dire que le centre-ville est à 90 % interdit aux voitures, et que la plupart des quartiers sont déjà majoritairement à trente.
Le temps d'écrire ces lignes, deux moteurs poussés à fond ont filé devant ma fenêtre… Le samedi matin, pas d'écolier, ni d'employés, des familles marchent vers la synagogue pour Soukkot, des joggeurs joggent pédagogues, tout le bas des immeubles est enguirlandé de vélos endormis…
Une fois l'interdit prononcé, ce qui est plus simple qu'un virelangue, que faire ?
Rendez-vous sur le forum pour en parler ?

Écrit par : le babel | 15 octobre 2011

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.