03 novembre 2011

Le parloir universel

Je suis un obsédé textuel, j'aime les mots, je les dorlote, je les fais passer par mon "gueuloir " à tout bout de champ.

Je me gargarise de mots, de textures, je m'endors en murmurant des textes, de moi, de toi, de mon papa, de mon frère quand il était soldat, de ma grand mère quand elle n'était déjà plus là. Je dis des textes en papou avec un accent genevois, je ne vois pas pourquoi, on ne pourrait pas dire à haute et intelligible voix, également des textes albigeois, des textes cathares, des textes d'antan, du bon vieux temps, des textes que disaient des vieux français avec un accent si tant rocailleux qu'on les écoutait en riant, en s'esclaffant .

Chacun parle et chante comme son bec est fait, même si ce sont des textes plein de tournures archaïques, avec des mots qui ont cassé leur pipe et qu'on n’a pas voulu dictionnariser  parce qu'on a eu peur de se faire rire de soi, de se faire moquer.

Tous ces mots qui ont été oubliés, qui ont été jetés dans la poubelle du temps à "cause qu'ils n'étaient pas assez relevés",  pas assez aseptisés et tout étonnés, abasourdis, sciés, voilà qu'ils reviennent comme des raz de marée et tout à coup, on ne sait pourquoi, rappliquent avec une verdeur, une force de geysers. Ces mots qui balaient tous les dictionnaires, ces mots qui giclent avec un aplomb, une joie, ces  mots qui, tombant juste, ferment le débat.

Oui c'est vrai, je dis avec plaisir des textes d'autres parfois, parce qu'ils ont mieux dit que moi ce que je voulais dire. J’aime parler précis. Ces vieux mots, ces textes des vieux poètes disparus ont dit ce que moi je voulais dire ... c'est pour cela que je donne de la voix dans d'autres langues, dans d'autres idiomes, dans d'autres parlures, en wallon, en grec, en latin.

Je suis un murmurant, un murmureur, un diseur, un colporteur de mots, de phrases. Je profère des mots, je les préfère, ils sont mes amis, ils sont mes frères de lait, je les rassemble, ils font un chahut pas possible, ils crient des injures parfois, ces mots osés qui sont à la limite de l'écoutable pour ceux qui épépillent les mots et les phrases. 

Parfois un mot ancien est plus fort que le mot actuel. Les mots qui viennent du passé ont encore beaucoup à nous dire, leur vibrance est intacte et puissante, ils n'ont pas encore tout dit. " Les vieux mots, les anciennes rimes" ont encore quelque chose à dire à nos oreilles contemporaines .

J'aimerais recréer des lieux de grande écoute où les personnes présentes vibrent et tremblent de joie, de bonheur. Le chanteur, l'aède est celui qui aide à vivre, à traverser tous les labyrinthes de ce temps. Les mots, les mélodies, la poésie sont les matériaux du chanteur, du poète, de l'aède. Je les mets ensemble, je les mêle  à mes mots, je suis fou de patois, de tournures, de proverbes, de ratournures, de comptines, de virelangues. Je rassemble tout un peuple de mots, je conduis tous les mots d'hier et d'aujourd'hui  et toutes les musiques, les anciennes et les nouvelles au grand parloir universel.

 

Julos Beaucarne  la nuit du 1 au 2 novembre à Tourinnes la grosse  Belgique

13:12 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Oui monsieur le Troubadour,

Les mots m'enchantent...surtout si le vieux françois...le latin...le grec..le wallon se mêlent à la mélodie délicieuse au pavillon de nos écoutantes.
Oui les mots du passé vibrent en mémoire ressucités. Et tant mieux s'ils sont tes frêres de lait. Je m'y retrouve en complicité.
Oui pour les lieux de grande écoute, j'y serai joyeuse, en bonheur bousculée, en plaisir partagé.

Merci pour ce bel écrit sortant du divin palpitant.

Je t'embrasse.

Anne Marie

Écrit par : Anne Marie | 03 novembre 2011

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Les mots « pondus comme des oeufs tout chauds » ? Oui, Julos : trouver un alphabet dans le chaos. Comme telle et tel, moi itou, j'aime les mots et je goûte comment toi tu les emmêles, les débrouilles, nous y emmènes de lemmes en gemmes.

Les blanches barbes du passé reconnaissaient l'amour à diverses choses, dont son fertilité : ton amour des mots fait naître des mots chez nous. C'est toi qui m'as demandé si j'écrivais. Je t'avais répondu dit : « un peu ». Et tu m'as encouragé et j'ai publié un livre de poésie ! J'en peaufine, usine, blinque un autre. Je t'envoie par courriel le premier de l'ensemble.

Ton amour des mots est fertile : on joue avec sur ton forum. Combien de poètes y sont déjà passés, combien de timides y ont découvert que la poésie était en eux ? Cette nuit, justement, j'ai placé sur ton forum un poème avec une demande à en entendre les échos. Françoise a déjà répondu…

Certes,

Tout a déjà été dit
Et parfois même très bien dit.
Mis par écrit et appris
Très bien dit
Mais pas encore comme ça.
Mais par encore par nous.
Mais pas encore ici.
Mais pas encore de toi à moi…

Écrit par : le babel | 04 novembre 2011

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Bonjour le babel,

Un petit tout sur le forum et je m'envole pour y laisser des paroles.

Votre poème est si chaud, si vivant en mon coeur rejoint.

Je me tais pour mieux l'entendre.

Chaleureux novembre à vous.

Anne Marie

Écrit par : Anne Marie | 04 novembre 2011

"Nous avons tout dit
Tout nous reste à dire"
...chantait notre ami Moustaki, il y a quelques années..
Bien à toi, Julos.

Gilles

Écrit par : Gilles | 04 novembre 2011

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Jouer avec les mots, les mettre les uns à côté des autres, les accrocher pour en faire un train de création qui voyage entre rêve et réalité. Sur l’itinéraire : des gares, arrêts fixes ou facultatifs mais toujours point de rencontre avec la tendresse, la poésie, l’amour….l’espoir d’un demain meilleur. Voilà la voie ensoleillée que tu nous ouvres cher Julos.

Écrit par : Françoise | 06 novembre 2011

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Dans le train Paris/Avignon, j'ai mis en bouche "la cathédrale de Tours".
J'ai enregistré le texte pour un non-voyant.
Des mots, rien que des mots.... pas seulement.
iIls contiennent tout ce qu'on veut les voir contenir.
Merci, Julos

Écrit par : jeanne | 01 décembre 2011

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