26 novembre 2011

Les Sans Papiers

Un groupe de volontaires a montré la route qu’il fallait prendre, la route qui se terminait sur un chemin de terre parmi les champs. 
 
Là, dans des abris de planches, de carton, de bâches et de matériaux acquis au hasard, vivent des femmes et des hommes Sans Papiers. Ils passent dans ce campement en transit, en attente, des jours, des semaines, des mois.  Celles et ceux qui vivent là s’organisent au fil du besoin et de leur savoir-faire. Elles et ils sont sans papiers mais non sans ressources. Il faut des tonnes de talent, de courage et de savoir-survivre pour arriver de Djibouti jusqu’aux portes de Calais. 
 
Dans ce camp précaire, il y a deux salles d’eau (l’eau est en bouteilles de plastique craquelé). Le protocole c’est de toussoter avant d’entrer, s’il vous plait, pour vous assurer que l’endroit vous est disponible, parce qu’il n’y a pas de porte à fermer. Il y a trois abris dortoirs. Il y a un abri-cuisine, ruche d’activité où le feu qui faisait bouillir l’eau de la grande marmite vous pique aux yeux. Il y a l'abri salon/salle de réunion où se discutent les questions de la survivance quotidienne des membres du groupe, les expériences du grand voyage jusque là, et les espérances. Dans ce camp d’infortune, il y a tellement d’espoir et d’espérance ! 
 
D’extraordinaires gens ordinaires, volontaires, ouvrent leur maison aux maigres femmes et hommes qui arrivent à bout de force, qui ont marché, nagé, couru, prié des nuits entières et ont vécu cachés durant de longues journées.  Ces femmes et ces hommes venus de si loin reprennent un peu de forces et de dignité chez les volontaires de Terre d’Errance et d’autres organisations qui offrent ce qui leur est possible, par exemple des douches chaudes, des vêtements lessivés, des repas, des leçons de français et d’anglais ou l’usage d’un ordinateur. Quand les demandeurs d’asile sont malades, ce sont des Médecins du Monde qui les soignent. 
 
Imaginez-vous comme il faisait froid en pleine campagne  dans le brouillard de dimanche pour ces jeunes gens venus de leurs tropiques. Alors Julos en veste et bonnet rouges a rayonné un beau nuage de douceur, entouré  de sourires qui petit à petit participaient au refrain international du ‘Tagada’ des Poils dans l’nez. Julos, serrurier magique a ouvert un chaleureux moment de joie pour ces jeunes Sans Papiers. Une jeune femme de 17 ans venue de la Corne de l’Afrique était arrivée au camp il y a juste une semaine. Son espoir à elle c’est de pouvoir continuer à étudier et d’un jour être médecin. Elle parlait français et a traduit en amharique, au fur et à mesure qu’il les disait, les mots de Julos, phrase par phrase. Parmi les écoutants, plusieurs cherchaient discrètement un mouchoir ou s’essuyaient les yeux du revers de leur manche. 

Agnès

 
SANS PAPIERS – texte de Julos 
 
Tu as débarqué chez nous avec dans ton maigre bagage une grande espérance, tu sais que si on te renvoie chez toi, tu seras emprisonné, torturé peut-être ou bien tu disparaitras et plus personne n’entendra parler de toi. A peine es-tu arrivé chez nous qu’on t’enferme, parfois avec femmes et enfants. On te tabasse, on te refait ce que tu as déjà enduré chez toi. Tu supplies qu’on te donne un laissez-passer, un visa pour la vie plutôt que pour l’éternité. Tu es demandeur d’asile, si tu ne trouves pas asile ici, tu trouveras asile de l’autre côté, tu attends un billet pour la mort ou pour la liberté. Mon voisin me dit : « Qu’est-ce que tu racontes ? Ce que tu dis ça se passe ailleurs, pas ici. » Hélas mon voisin ça se passe tout près, à deux pas de chez toi et toi, tu marches libre dans le soleil. Sais-tu que rien n’est sûr sur cette boule ronde, sais-tu que ce qui est certain c’est que rien n’est certain et que nous pourrions devenir toi comme moi des sans papiers ? Que sait-on de l’avenir dans le tohu-bohu de ce temps ? Si cela arrivait par malheur, alors il ne faudrait pas nous étonner que nous soyions traités comme nous avons traité chez nous les sans-papiers. 

 
PAPERLESS
 
You arrived here with a lot of hope in your meagre luggage. You know that if they send you home, you may be imprisoned, tortured, hushed up or ‘disappeared’ and nobody will ever hear about you again. Hardly had you arrived here when they locked you up, sometimes with women and children. They beat you up, they do to you what you have already endured at home. You plead that they should give you a pass, a visa for life rather than for eternity, you are seeking asylum, if you do not find asylum here, you will find asylum on the other side, you wait for a ticket, either for death or for freedom. My neighbour says to me: “What are you saying? What you are telling me doesn’t happen here.” Alas my neighbour, it happens  just a step away from you, but you can step freely in the sun. Nothing is certain on globe, the only certainty is that nothing is sure and that we could become, you as well as me, asylum seekers. What do we know about the future in these confused times? If it happened, then it should not be a surprise to us to be treated as we treated the illegal immigrants here. 
 

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19:47 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (8)

23 novembre 2011

Casse-tête ou imbroglio: quand le Belge va-t-il sortir du tombeau?

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L'image représente l'imbroglio politique de la petite Belgique.

Dites, cela va-t-il continuer, durer? 

Vous qui savez lire l'avenir dans le marc de café, s'il vous plaît, répondez!  

Julos

12:21 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (9)

17 novembre 2011

Expo photo

Espace Vital

Exposition de Betty Leprince-Ringuet

Galerie Vertigo Art

 271 rue Haute 1000 Bruxelles,  32 395 28 29 04

Jusqu’au 18 Décembre 2011

Ouvert   jeudi de 14 à 18h, samedi de 10 à 18h,

 dimanche de 10 à17h

 

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«  Pour moi, la photographie, c’est l’émerveillement

du premier regard, de la première fois. C’est la fragilité,

 la beauté et la structure de la nature qui m’inspirent en permanence » 

 

 

16:21 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (3)

03 novembre 2011

Le parloir universel

Je suis un obsédé textuel, j'aime les mots, je les dorlote, je les fais passer par mon "gueuloir " à tout bout de champ.

Je me gargarise de mots, de textures, je m'endors en murmurant des textes, de moi, de toi, de mon papa, de mon frère quand il était soldat, de ma grand mère quand elle n'était déjà plus là. Je dis des textes en papou avec un accent genevois, je ne vois pas pourquoi, on ne pourrait pas dire à haute et intelligible voix, également des textes albigeois, des textes cathares, des textes d'antan, du bon vieux temps, des textes que disaient des vieux français avec un accent si tant rocailleux qu'on les écoutait en riant, en s'esclaffant .

Chacun parle et chante comme son bec est fait, même si ce sont des textes plein de tournures archaïques, avec des mots qui ont cassé leur pipe et qu'on n’a pas voulu dictionnariser  parce qu'on a eu peur de se faire rire de soi, de se faire moquer.

Tous ces mots qui ont été oubliés, qui ont été jetés dans la poubelle du temps à "cause qu'ils n'étaient pas assez relevés",  pas assez aseptisés et tout étonnés, abasourdis, sciés, voilà qu'ils reviennent comme des raz de marée et tout à coup, on ne sait pourquoi, rappliquent avec une verdeur, une force de geysers. Ces mots qui balaient tous les dictionnaires, ces mots qui giclent avec un aplomb, une joie, ces  mots qui, tombant juste, ferment le débat.

Oui c'est vrai, je dis avec plaisir des textes d'autres parfois, parce qu'ils ont mieux dit que moi ce que je voulais dire. J’aime parler précis. Ces vieux mots, ces textes des vieux poètes disparus ont dit ce que moi je voulais dire ... c'est pour cela que je donne de la voix dans d'autres langues, dans d'autres idiomes, dans d'autres parlures, en wallon, en grec, en latin.

Je suis un murmurant, un murmureur, un diseur, un colporteur de mots, de phrases. Je profère des mots, je les préfère, ils sont mes amis, ils sont mes frères de lait, je les rassemble, ils font un chahut pas possible, ils crient des injures parfois, ces mots osés qui sont à la limite de l'écoutable pour ceux qui épépillent les mots et les phrases. 

Parfois un mot ancien est plus fort que le mot actuel. Les mots qui viennent du passé ont encore beaucoup à nous dire, leur vibrance est intacte et puissante, ils n'ont pas encore tout dit. " Les vieux mots, les anciennes rimes" ont encore quelque chose à dire à nos oreilles contemporaines .

J'aimerais recréer des lieux de grande écoute où les personnes présentes vibrent et tremblent de joie, de bonheur. Le chanteur, l'aède est celui qui aide à vivre, à traverser tous les labyrinthes de ce temps. Les mots, les mélodies, la poésie sont les matériaux du chanteur, du poète, de l'aède. Je les mets ensemble, je les mêle  à mes mots, je suis fou de patois, de tournures, de proverbes, de ratournures, de comptines, de virelangues. Je rassemble tout un peuple de mots, je conduis tous les mots d'hier et d'aujourd'hui  et toutes les musiques, les anciennes et les nouvelles au grand parloir universel.

 

Julos Beaucarne  la nuit du 1 au 2 novembre à Tourinnes la grosse  Belgique

13:12 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (6)

02 novembre 2011

Détentions arbitraires en Turquie

Appel urgent: Stop aux détentions arbitraires en Turquie!

 

L’opinion publique internationale n’a pas, jusqu’ici, prêté attention aux « opérations » dites « KCK »[Nota CVAN : Koma Civakên Kurdistan - KCK - Union of Communities in Kurdistan] menées en Turquie ces deux dernières années par le Premier ministre Erdogan et son Parti de la Justice et du Développement [AKP]. Sous prétexte de « combattre le terrorisme », le gouvernement Erdogan utilise la justice, la police et les média pour punir tout activisme civique en faveur des droits demandés par les citoyens kurdes de Turquie. Les « opérations KCK » sont en particulier déployées pour répandre la peur parmi les militants, pour faire taire les dissidents, et pour banaliser les arrestations arbitraires de citoyens. L’ironie est que la répression exercée par le gouvernement Erdogan à l’encontre des dissidents et des démocrates s’est visiblement intensifiée au moment où l’on salue la « démocratie turque » et où on la présente comme modèle pour le monde arabe.

Depuis 2009, pas moins de 7748 personnes ont été mises en garde à vue au prétendu motif qu’elles auraient été associées au KCK – une organisation qu’on prétend être la branche urbaine de l’organisation armée appelée PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) – tandis que 3895 personnes ont été arrêtées et emprisonnées sans même avoir une quelconque perspective de procès dans un avenir prévisible. Des maires élus, des intellectuels connus, des membres d’associations, des journalistes, des étudiants, des chercheurs, des universitaires et des militants subissent tous cette répression.

L’une des dernières victimes des agressions du gouvernement Erdogan contre les dissidents est la Professeure Busra Ersanli de l’Université Marmara, universitaire très respectée. Son seul crime, apparemment, est d’avoir joué un rôle actif au sein du BDP (Parti de la Paix et de la Démocratie), qui lutte pour les droits des citoyens kurdes en Turquie. Les arrestations arbitraires opérées par les unités antiterroristes ciblent systématiquement les membres de ce parti, alors même que celui-ci détient actuellement des sièges au parlement. La Professeure Ersanli devait assister à une conférence sur « Les questions controversées de l’Histoire de la République turque » à Istanbul, à l’Université Bilgi, le 29 octobre 2011, mais elle a été placée en garde à vue le 28 octobre. Le même jour, Ragip Zarakolu – membre fondateur de l’Association des Droits de l’Homme et ancien président du « Comité des Ecrivains emprisonnés » de l’Organisation internationale PEN en Turquie – a aussi été mis en garde à vue dans le cadre des « opérations KCK ».

Un peu plus tôt en ce mois d’octobre 2011, Ayse Berktay (Hacimirzaoglu) - traductrice renommée, chercheuse et militante pour la paix et la justice universelles - a été interpellée par la police à son domicile d’Istanbul à cinq heures du matin, et par la suite mise en détention. Elle est toujours incarcérée, sans qu’on puisse prévoir une fin à sa détention. La Professeure Busra Ersanli, Ragip Zarakolu, et Ayse Berktay font partie des milliers de personnes qui ont été emprisonnées et réduites au silence ces deux dernières années.

Dans ces conditions politiques, qui ne font que s'aggraver, il devient urgent de dénoncer le caractère arbitraire et autoritaire de la manière dont le gouvernement turc gère la question kurde. Nous faisons appel aux amis de l'étranger pour diffuser ces informations et mettre en place une pression internationale, devenue particulièrement cruciale et urgente en ces temps où tout citoyen de Turquie peut devenir la cible du gouvernement Erdogan, du pouvoir judiciaire et de la police, pour s'être engagé dans des actes politiques de solidarité avec les personnes détenues en vertu des "opérations KCK."

La paix ne pourra jamais être obtenue dans les conditions actuelles de peur au sein de la population, de paranoïa, et de politiques autoritaires. Nous vous prions de signer la pétition ci-dessous pour faire pression sur le gouvernement turc afin qu’il libère immédiatement tous ceux qui ont été mis en garde à vue dans le cadre des «opérations KCK» et afin d'exiger que le gouvernement du Premier ministre Erdogan prenne l’engagement sincère de mettre fin à sa répression des efforts civiques en faveur des droits exigés par les citoyens kurdes de Turquie.

Traduction Collectif VAN - 31 octobre 2011 - 07:10 - www.collectifvan.org

Le Collectif VAN a traduit la pétition en anglais, en ligne sur : 

http://www.ipetitions.com/petition/detentionsinturkey/

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Attention car de nouveaux "Guernica" se préparent en Turquie, toute l'Europe est en danger

20:58 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (0)

01 novembre 2011

La Palestine ... le billet de Lionel de Cahors

LA  PALESTINE

de l’ONU à l’UNESCO

 

Le conseil exécutif de l'agence onusienne spécialisée dans l'éducation, la science et la culture a approuvé le 05 octobre 2011, à une large majorité (par 40 voix sur 58), une recommandation à l'initiative des pays arabes, en vue d'attribuer à la Palestine le statut de membre à part entière. Les Palestiniens qui siègent à l’Unesco avec le statut de " mission d’observation", ont demandé leur adhésion comme État membre à part entière. Pour que la Palestine obtienne un statut d'État membre à l'Unesco, la Conférence doit l'approuver par une majorité des deux tiers de ses 193 membres, lors de la session du lundi 31 octobre qui se tiendra à Paris, où siège l'organisation. Les Palestiniens sont quasiment assurés d’obtenir cette majorité.

Le gouvernement espagnol a déjà annoncé qu'il voterait oui à la recommandation du conseil exécutif de l'Unesco. Les États-Unis et plusieurs pays européens, dont la France ont dès le début de cette requête, recommandé au bloc arabe d'attendre le résultat des débats en cours au Conseil de sécurité de l'ONU à New York sur l'adhésion de la Palestine, et les pressions occidentales ont redoublé pour s'opposer à cette demande jugée prématurée (63 ans après 1948 !) par le Quai d’Orsay, alors que dans le passé, bien d’autres pays ont déjà été admis à l'Unesco, avant de l'être à l'ONU.

Les États Unis ont donc décidé d'utiliser tous les moyens, y compris le chantage financier et sont prêts à suspendre leur participation (22%)  au fonctionnement de l’agence onusienne, pour barrer la route à l'admission de la Palestine à l'ONU et à l'Unesco.

Si la Palestine est admise, l’Unesco risque à nouveau de perdre la contribution et la participation des USA, comme cela c’est déjà passé de 1984 à 2003. Ce qui n’a du reste, pas empêché l’Unesco de fonctionner. Les États-Unis ont quitté l’Unesco en 1984, invoquant la mauvaise gestion et la politisation de l’agence des Nations unies, suivi un an plus tard de la Grande Bretagne.

De quoi ont-ils peur ? Qu’une fois membre à part entière de l’Unesco, la Palestine puisse alors déposer des demandes de reconnaissance au patrimoine mondial de l'humanité des vieilles villes d’Hébron et de Naplouse, ou des sites culturels et historiques dans les territoires occupés par Israël, comme Bethléem, la cité natale du Christ ?

Pourtant qui se souvient encore qu’en 1948, les États-Unis avaient hésité à reconnaître Israël en abandonnant son soutien à la résolution 181 de l’ONU du 29 novembre 1947 ?

Quel singulier retournement de l’histoire.

 

Lionel de Cahors   P’tit Billet 49-10

14:53 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (2)