07 février 2012

Mina


Par un temps de froid cuisant comme celui d' aujourd'hui je pense à mon grand-père Jules Varlet et à son cheval "Mina". 

C'était au temps où ma soeur Marie-Ange était encore une petite fille et mon frère Gérard un petit garçonnet, puis c'était moi le dernier ... le p’tit Jules comme on disait dans le village de Steenkerque.

Quand je pense à mon grand-père, je pense à son cheval de labour qui s'appelait "Mina". Il parlait différemment à son cheval qu'à nous ses petits enfants. Mina, c'était son compagnon de travail, il était aux petits soins avec lui, parfois il lui faisait des confidences à voix basse. Par des temps très froids comme aujourd'hui, il lui mettait un ample manteau … mais mettre un manteau à Mina, c'était toute une affaire, il fallait que mon grand-père se fasse aider par ma grand-mère qui s'appelait Marie Tassignon.  

Mon grand-père, lui, s'appelait Jules Varlet, j'ai hérité de son prénom et bien sûr aussi je l'ai entendu parler à son cheval. Quand il disait "Hue" il voulait dire à son cheval d'avancer. Parfois, il nous mettait, ma soeur, mon frère et moi, sur le dos du cheval et il y montait aussi. Il disait que nous étions les 4 fils Aymon  et à ce moment là il appelait Mina "Bayard" et Mina était très fier de cette appellation contrôlée.

Je ne savais pas alors que le vent d'hiver qui soufflait très fort dans mon grenier de la rue des brasseries à Tourinnes-la-grosse allait me faire me ressouvenir de mes vacances à la campagne à Steenkerque où il y eut une terrible bataille, le 3 août 1692 entre les anglo-hollandais et les français commandés par le Maréchal de Luxembourg. C'était au temps de Louis XIV.

Le soir au coin de "l'estuve", le poêle de Louvain qui ronflait, ma grand-mère nous racontait la terrible bataille comme si elle y était. Elle parlait d'une rivière de sang qui descendait le chemin qui menait de la ferme de "Requiem" au village.

Le monde a-t-il changé?  Actuellement, il y a des massacres en Syrie et dans beaucoup de lieux du monde. On se pose des questions. Mina le cheval de mon grand-père dort sous terre. Toute ma famille disparue dort dans le petit cimetière de Steenkerque. Loulou ma bien aimée, mon neveu, mon père, ma mère. Après l'enterrement de mon père, en marchant avec elle vers le village, Loulou m'a dit à l'oreille "S'il m'arrive malheur, je veux être enterrée avec toi, ici".

En retournant la terre, mon grand-père trouvait des crânes et des tibias, beaucoup de jeunes français avaient péri dans ce village en 1692. La terre a bu leur sang.

Jusques à quand ce jeu imbécile et cette barbarie de la bêtise humaine?

 

Julos  Tourinnes-la-grosse   nuit du 6 au 7 février 2012.

 

cheval nadège.jpeg

 Photo Nadège Louvet

 

17:03 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (9)

Commentaires

Ô Julos
Quel beau texte en ses souvenirs heureux, à des grands-parents reliés. Oui pour parler à l'oreille des chevaux...
j'ai un complice tout blanc en marche et course matinale à qui je confie mes petits bonheurs à basse voix
les yeux dans les yeux...c'est un pur moment de joie à chaque fois renouvelé.J'ai aussi mémoire des ronronnements
des voix autour d'un poële à bois où les pommes de terre cuisaient en leur peau sous la braise et que nous
dégustions de beurre enroulées .Oui moments heureux et pourtant dans mon village...les romains s'enlissèrent...
il y a des ans en lutte pour le pouvoir. Oui c'est le temps en sa roue tournée à tous les vents des colères...
et je ne sais si la roue fera arrêt dans la lumière de la paix espérée
Merci pour le partage de l'enfance retrouvée.
Je t'embrasse.
Anne Marie

Écrit par : Anne Marie | 07 février 2012

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Toujours Julos, je suis émue par tes textes....mais non tu n'es pas vieux et nous aussi les " fax similés" nous parlons
à l'oreille de nos ânes...le malheur sur cette terre...l'indécense de ceux qui ont trop...de ceux qui chauffent des stades de foot pendant que d'autres crèvent
dans la rue...crois moi Julos la barbarie est toujours présente comme le 3 aout 1692, rien n'a vraiment changé, heureusement reste le "lien" de la TRIBU, tes grands parents , ta bien aimée Loulou qui n'a pas vieilli, tes enfants et peut etre petits enfants...Nous avons quant à nous un petit enfant HELIO CESAIRE depuis peu (il est né un 3 aout...de
;2010 et il est en couleur ( 50 % des brumes du nord 50% du soleil des antilles )quoi de plus beau pour des peintres.....nous aimons le métissage et je pense que le futur de l'humanité sera surement dans cette option de solidarité dans un monde de plus en plus au bord de l'explosion.....
Continue cher Julos, car nous t-aimons
la framboise des bois

Écrit par : Delamonica | 08 février 2012

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Merci pour ce beau texte, Cher Julos.
Nous t'embrassons.
Gilles et Ursula

Écrit par : Gilles | 10 février 2012

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Merci pour ce texte tu sais Julos quand je fus très jeune je pensais qu'un jour la Paix règnerait sur terre et à ce jour je sais que cela n'existera pas le massacre est un éternel recommencement l'ètre humain qui pourtant à un cerveau ne pense qu'au pouvoir c'est plus fort que lui et les femmes perfides mais nous ne baissons pas les bras je t'embrasse Julos

Écrit par : Dany | 11 février 2012

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Mon arrière-grand-père était maraicher, perdu dans les brumes du Nord, pas loin de la frontière. Il avait un cheval de trait pour labourer et ramasser les patates. J'ignore si on lui mettait un manteau. Ce que je sais, c'est ma maman qui me l'a dit, c'est qu'il s’appelait "Jules". Ma mère aimait tracer dans les champs sur le dos de Jules qui était un gros cheval, très doux, surtout avec les enfants. Jeune fille, ma mère est tombée en amour. Elle a épousé Jules, devenu par le suite, mon père, qui n'était pas un cheval, mais bien un homme, son homme, parfois bougon, parfois bienveillant. J'ai aujourd'hui un petit fils, il se prénomme Julien.... Allez savoir pourquoi. Maman et les deux Jules dorment eux aussi sous la terre. Mais il reste les souvenirs de ces moments de bonheur, et l'Histoire qu'on se raconte, au coin du feu, avec Julien. Nous pensons à ces moments de bonheur, pour qu'il reste avec nous le plus longtemps possible. Ces moments sont des parenthèses pendant lesquelles on met de côté toutes les misères du monde, pendant lesquelles on tente de montrer à nos petits qu'il n'y a pas que massacres et violence.
Bises à toi Julos, et affectueuses pensées à Loulou, rencontrée il y a ... tout ce temps.
Nadine

Écrit par : Nadine | 11 février 2012

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l'histoire de Mina me conforte à te raconter la mienne : ma grand mère avait une dizaine de vaches. Toutes avaient un prénom qui évoquait soit leur couleur "Blanchette, Brunette" soit leur caractère " Rebelle" et toutes connaissaient leur prénom. Il suffisait que ma grand-mère arrive dans la pature pour les traire, elle les appelaient et elles venaient. Moi, j'avais essayé d'apprendre à traire mais j'avais sans doute du les exaspérer car lorsqu'elles me voyaient elles prenaient la fuite. C'était le bon temps pour nos animaux à cette époque car nous avions le souci de leur confort, ton grand-père mettait un manteau au cheval, ma grand-mère assurait la propreté de l'étable et le confort. Et dire que ce monde est en train de disparaitre pour faire place à un productivisme forcéné, sans aucune relation humaine et animale.

Je veux évoquer ce qui se passe à Abbeville dans le département de la somme où aura lieu samedi une grande manifestation pour protester contre un projet d'élevage de 1000 vaches et 800 veaux qui ne verront jamais un brin d'herbe, qui ne se reposeront jamais sur de la paille fraîche, qui vivront sur cailleboti en béton, qui n'auront jamais une relation tant soit peu humaine avec quelqu'un. je te joins le message plus bas.

Et dire qu'en Inde la vache est un animal sacré! ici à Abbeville elle sera un robot sur pattes et vivante tant qu'elle sera rentable. J'ai le coeur serré quand je repense à ce petit paradis qu'était la petite ferme de ma grand-mère dans l'Oise. Ce temps là peut-il revenir un jour? Message de ANNETTE RIMBERT

Écrit par : Julos Beaucarne | 14 février 2012

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l'histoire de Mina me conforte à te raconter la mienne : ma grand mère avait une dizaine de vaches. Toutes avaient un prénom qui évoquait soit leur couleur "Blanchette, Brunette" soit leur caractère " Rebelle" et toutes connaissaient leur prénom. Il suffisait que ma grand-mère arrive dans la pature pour les traire, elle les appelaient et elles venaient. Moi, j'avais essayé d'apprendre à traire mais j'avais sans doute du les exaspérer car lorsqu'elles me voyaient elles prenaient la fuite. C'était le bon temps pour nos animaux à cette époque car nous avions le souci de leur confort, ton grand-père mettait un manteau au cheval, ma grand-mère assurait la propreté de l'étable et le confort. Et dire que ce monde est en train de disparaitre pour faire place à un productivisme forcéné, sans aucune relation humaine et animale.

Je veux évoquer ce qui se passe à Abbeville dans le département de la somme où aura lieu samedi une grande manifestation pour protester contre un projet d'élevage de 1000 vaches et 800 veaux qui ne verront jamais un brin d'herbe, qui ne se reposeront jamais sur de la paille fraîche, qui vivront sur cailleboti en béton, qui n'auront jamais une relation tant soit peu humaine avec quelqu'un. je te joins le message plus bas.

Et dire qu'en Inde la vache est un animal sacré! ici à Abbeville elle sera un robot sur pattes et vivante tant qu'elle sera rentable. J'ai le coeur serré quand je repense à ce petit paradis qu'était la petite ferme de ma grand-mère dans l'Oise. Ce temps là peut-il revenir un jour? Message de ANNETTE RIMBERT

Écrit par : Julos Beaucarne | 14 février 2012

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il y a eu des jours ou en bretagne, il se disait...: " ce n'est pas la peine de siffler quand le cheval ne veut pas pisser" ...car les paysans savaient que pour que le cheval soye au maximum maximorum de sa puissance travailleuse, fallait dégager les reins et la vessie...en l'habituant à pisser avant l'effort et pour ce faire , siffler l'aidait en son devoir!! le cheval est si tant ami complice partenaire de nous autres que l'ample manteau de Mina avait besoin de nos soins permanents...
se ménager de manteaux si réchauffants est porteur d'historique naissant...
que vivent nos souvenirs actuellisants,
du présent autoportant ! ..

Écrit par : jakez | 14 février 2012

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Mes yeux brillent en lisant ce texte Julos.

Tout comme toi et beaucoup d'autres frères humains je rêve d'une trêve, que dis-je, je rêve de voir les humains déposer les armes...

Merci

Écrit par : Anne-Françoise | 12 janvier 2014

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