13 mars 2012

Julos Beaucarne à Ribeauvillé

 

Spectacle à Ribeauvillé

Julos Beaucarne fait rêver le Parc

 

L’auteur-compositeur belge Julos Beaucarne a été l’invité du comité des fêtes d’Aubure à l’occasion d’un concert qui s’est déroulé au Parc de Ribeauvillé. Un beau moment assurément.

Samedi, 20 h 30, la salle du Parc à Ribeauvillé continue à se remplir bien au-delà des espérances de Jean-Pierre Segard, le président du comité des fêtes d'Aubure qui a eu l'idée d'inviter Julos Beaucarne (cf DNA mercredi).

Tout vêtu de rouge à la manière d'un moine tibétain, en contraste avec ses longs cheveux blancs, il arrive comme un oiseau libre du « Nordistan », là où le soleil met huit minutes à parvenir jusqu'à lui… et immédiatement immerge le public dans les arcanes de son inspiration polymorphe : une balade poétique jusqu'au « cercle clos de mes amours » précède une de ces picaresques cavalcades wallonnes, égayée de « Zim » - « Boum-Boum » (celle de Binche est inscrite au patrimoine de l'Unesco !), puis un rythme de samba sous les tropiques, « Cacao et chocolat ».

Car le « jaseur boréal » qui aime certes à « balbuzer » n'est pas seulement comme il fut dit un ciseleur de mots ; c'est le rêve tout entier qu'il sculpte en direct : « Un pays où personne n'est interdit de séjour » avec, en renfort, l'espoir, indissociable de l'humour. Partant du même constat, Beaucarne est Ferré à l'envers : il ne « dégueule » pas la quadrature, il l'embrasse ! Et ça marche…

Tout comme la merveilleuse harmonie du jeu scénique en trio avec Barbara d'Alcantara et le guitariste Patrick De Schuyter. Danseuse classique de formation, Barbara d’Alcantara a commencé à chanter avec Julos dans les années 90. Plutôt que de charme, c'est de grâce naturelle qu'il convient de parler quand elle chante en solo et de fraîcheur quand « l'Antoinette » accompagne Julos dans une guillerette promenade au bois pour voir courir les lapins, ou une comptine en patois wallon « Yvo meyeu s'bétchi, que s'cajouni, s'rabessi, s'margouni ». Il vaut mieux s'embrasser que se chamailler, se combattre, se « chercher misère ». Les hôtes welches pourront à cette occasion remarquer la similitude de ce dialecte endémique des brumes de la Meuse avec le leur…

C'est le résumé du message de Julos : le bonheur d'exister dans l'amour, et en prime de défendre la richesse de la langue (il énumère les pays où résident les 220 millions de francophones.)

Puis il attaque en duo une désopilante séquence boogie en américain de cuisine, prélude à une formidable démonstration de banjo de Patrick, improvisant un style cajun sur le « Folk Song » culte de « Délivrance ».

Pas avare d'imaginaire, Julos invente une partition avec des oiseaux siffleurs en bois, un horoscope pour animaux où le chat est scorpion et l'infernal bourdon des mouches mué en frétillement de… poissons. Se lance dans une série de formules en volapük apache (!) que traduit Barbara : « Eve s'est bien contentée du premier venu ! » Julos, vieux Peau Rouge « qui ne marchera jamais en file indienne » adaptant l'humour belge à la sagesse des « Natives » !

Avant-avant dernière facétie humaniste, le chevalier Beaucarne, septante six ans (anobli en 2002 après sa création d’un hymne wallon pacifique), le dernier barde vivant à interpréter Victor Hugo (« Je ne songeais pas à Rose ») est rejoint par Barbara qui ne l’accompagne pas au chant cette fois mais traduit la chanson en langage sourd-muet !

Il n’y eut pas de rappel, Julos étant revenu quatre ou cinq fois après avoir quitté la scène, mais le public parmi lequel Jean-Louis Christ en admirateur incognito, aurait pu rester toute la nuit à rêver tout éveillé.

DNA- édition de Colmar du 12 mars 2012 

 

julos-beaucarne-fait-rever-le-parc.jpg

Photo DNA

18:42 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Alors là, Julos j'en reste baba...

Quel hommage tout vivant si proche de Toi...oui oui là je te reconnais....je ne pourrais mieux écrire,
te décrire en ses temps d'hiver tout printemps attendu; sur l'émotion de la salle au ressenti de tes envolées de vie si vivantes.
Haut les coeurs, mains applaudissantes à ce bel écrit, tout du nord venu.
Merci de l'avoir déposé sur le blog.
Je t'embrasse.

Anne Marie

Écrit par : Anne Marie | 13 mars 2012

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Bonjour Julos ce texte me laisse réveuse en plus la photo est superbe je t'embrasse Dany

Écrit par : Dany | 14 mars 2012

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ah vous ne savez pas ce que vous avez raté, les codes qui se touchent au dimanche pour saisir la tarte flambée la plier et la gober, la file d'attente du samedi pour arriver à la caisse, le vin d'honneur offert à tous après le spectacle qui fait trâiner et causer les gens entre eux, la rupture de stocks de CD, les"je ne connaissais pas, mais je suis bien content !", les "ah il a pas changé", et puis le spectacle, bien décrit, avec les lumières de la scène et une excellente acoustique : vous en avez raté une belle, ou vous vous de bien beau souvenirs : il n'y a pas d'autre choix !

Écrit par : le babel | 15 mars 2012

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