16 mai 2012

Lettre ouverte de Khaled Khalifa

Voici une lettre de Khaled Khalifa, écrivain syrien édité par Acte Sud. Elle a été écrite il y a quelques jours à peine.

La situation devient totalement horrible en Syrie et la passivité chaque jour se compte en morts

 

Chers amis, écrivains et journalistes du monde entier, notamment en Chine et en Russie, je tiens à vous informer que mon peuple est exposé à un génocide.

Depuis une semaine les forces du régime syrien intensifient les attaques contre les villes rebelles en particulier Homs, Zabadani, les banlieues de Damas, Rastan, Madaya, Wadi,Barada, Figeh, Idlib et dans les villages de la montagne de Zawiya.

Depuis une semaine et jusqu'au moment où j'écris ces lignes, plus de mille martyrs sont tombés, dont beaucoup d'enfants, et des centaines de maisons ont été détruites sur les têtes de leurs habitants.

La cécité qui a frappé le monde a encouragé le régime à tenter une élimination de la révolution pacifique en Syrie, avec une force répressive inégalée. Le soutien de la Russie, la Chine, l'Iran et le silence du monde face aux crimes commis en plein jour, a permis le meurtre de mon peuple par le régime depuis onze mois.

Mais dans la dernière semaine, du 2 février à aujourd'hui, les signes du massacre se sont clarifiés. La scène de centaines de milliers de Syriens descendus dans les rues de leurs villes et villages la nuit du massacre de Khalidiya, dans la nuit du vendredi au samedi dernier, les mains levées en prières et en larmes, brise le coeur, et place la tragédie humanitaire syrienne au centre du monde.

C'est une expression claire de notre sentiment d'être des orphelins, abandonnés par le monde et par les politiciens satisfait par les paroles vaines et les sanctions économiques, qui n'empêchent pas les assassins et ne retiennent pas les chars baignés de sang.

Mon peuple, qui a fait face à la mort le torse nu et en chansons est en ce moment même assujetti à une campagne de génocide.

Nos villes rebelles sont dans un état de siège sans précédent dans l'histoire mondiale des révolutions. Le personnel médical est empêché de secourir les blessés, les hôpitaux de campagne sont bombardés de sang-froid et détruits, l'entrée est interdite aux organisations de secours, les lignes téléphoniques sont coupées, et la nourriture et les médicaments sont bloqués, si bien que la contrebande d'un sac de sang ou d'une tablette de Setamol dans les zones touchées est considéré comme un crime digne d'emprisonnement dans des camps de détention, dont les détails vous horrifieront un jour.

Dans toute son histoire moderne, le monde n'a pas connu de tels vaillance et courage, que ceux manifestés par les révolutionnaires Syriens dans toutes nos villes et villages. Le monde n'a pas non plus connu un tel silence, et une connivence dans le silence qui est dès à présent considéré comme une complicité dans le crime et l'extermination de mon peuple.

Mon peuple est un peuple de paix, de café, de musique que j'espère vous savourerez un jour, de roses, dont j'espère qu'un jour le parfum vous parviendra, afin que vous sachiez que le coeur du monde est aujourd'hui exposé au génocide et que le monde entier est complice dans le versement de notre sang.

Je ne peux rien dire de plus dans ces moments difficiles, mais j'espère que vous agirez par solidarité avec mon peuple de la façon que vous jugerez appropriée.

Je sais que l'écriture est impuissante et nue devant les canons, les tanks et les missiles russes qui bombardent nos villes et nos civils, mais je n'ai aucune envie que votre silence aussi, soit complice du meurtre de mon peuple.

 

KHALED KHALIFA

DAMAS


16:00 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Bonjour KHALED ! de tous endroits de notre terre, les pacifistes, nous aimerions qu' un jour tous les chefs d'état prennent la décision de vous donner la paix !
je n'ai aucun pouvoir mes mots sont certainement maladroits ! mais mes pensées et mon soutien mental vont vers vous toutes personnes civiles qui risquez votre vie à chaque instant !

Écrit par : MARC EN CIEL | 17 mai 2012

Répondre à ce commentaire

Une gamine de seize ans est morte au printemps, à Brindisi. En Italie.
Retenez son nom : Melissa Bassi :
Je pensais que les leçons des décades idiotes du XXe siècle avaient découragé anarchistes et maffieux de la manie des bombes. Les morts de Syrie se seraient ainsi pas morts pour rien.
Hélas : faut-il y renoncer ?
Contre la rigueur de la loi, des restrictions bien des cris sont possibles.
Au Proche-Orient, à l'Extrême Occident, ou dans la rue d'à côté. la douleur fait grincer des dents.
Mais enfoncer dans la chair des autres le cri du deuil, pour n’avoir même pas la fatigue de crier son propre cri ?
Je souhaite que jamais le nom de ces meurtriers ne demeure. Qu’il s’efface comme un crachat au soleil.
Tandis que tendrement nous donnerons à nos jeunesses le temps qui leur est dû : leur temps d’être des roses, des arbres en fleurs ou des reflets en bleus et rires sur les fenêtres des villes.
La'rgent va mal, alors nos pays vont souffrir d’une rage de dents. Les dents des requins de la finance et du pouvoir.
Tous les monomaniaques d’un drapeau ne seront d’aucune aide. L’avancée ne vient que lorsqu’on écoute et prend an compte l’autre, même militant d’un étendard.
Nos pays vont souffrir d’une rage de dents.
Si l’on tue les enfants ou simplement des passants, dans cette carie, comment souriront-ils encore ?

Écrit par : le babel | 20 mai 2012

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.