25 août 2012

Le balbuzard fluviatile vu par Monique Verdussen

Un nouveau disque de Julos, l’obsédé textuel

“Les mots gagnent à être plus connus”, dit volontiers Julos Beaucarne en riant aux étoiles. Et les mots, il les connaît. Il en joue en musicien subtil. Il les caresse, les pénètre, les bouscule en amant ébloui. Il les tord, les triture en virelangue taquine, les chatouille à moins que les gratouille en complice facétieux. Il les enlace et les embrasse, en fin de compte, en une ronde autour du monde ouverte à tous les lieux où, de Rebecq au Montana, 180 millions de francophones se retrouvent ébranlés et conquis par son enthousiasme contagieux.

Il y apporte sa tendresse et sa fantaisie de poète. Car, poète il est et reste à travers le temps et les modes qui fuient, demeurant à ce jour l’un des derniers grands chantres de la langue française. Et d’un wallon dont il entend sauvegarder les saveurs et les héritages encore inscrits dans une réalité rurale dont témoigne la parole ”venue à pied du fond des âges” de vrais gens attachés à leurs traditions sans, pour autant, refuser le parler de tous. C’est son côté authentique et populaire.

Car, ce poète-là, tout irrévérencieux soit-il dans certains de ses plaidoyers, se veut avant tout proche des êtres, de tous les êtres qui ont, comme lui, le respect des autres et de leurs différences. A septante-six ans, il vient de sortir son quarante-neuvième disque. A l’âge où certains se livrent à des comptes d’apothicaire sur leurs années de travail, lui n’arrête pas. Il chante comme il est, comme il aime, comme il tempête, tout en tendant la main à ces poètes d’hier ou d’ajourd’hui dont les thèmes trouvent un écho bienveillant dans les musiques qu’il leur compose.

Sous un titre étrange, “ Le Balbuzard fluviatile”, oiseau mythique des lacs qui lui offre ses larges ailes, il survole le monde depuis ses pagodes de Wahenge. Il y chante d’une voix grave et vibrante qui n’a rien perdu de sa force et  de ses sonorités. Il y dit aussi, à voix nue, des textes dont il fait valoir la beauté parfois oubliée et la puissance évocatrice.

“ J’aimerais ne partager que tendresse, joie, sérénité ma vie entière (...) Ni toi ni moi ne sommes faits pour la guerre. Nous sommes faits pour marcher résolument vers la lumière”, s’enflamme-t-il en préambule, sollicitant un ciel de soleil et un air de premier matin où l’on ne savait rien encore des vilénies des hommes. 

Au charme désuet de “Oui dès l’instant que je vous vis” d’Alphonse Allais succède, interprété par la voix lumineuse de Barbara d’Alcantara, un malicieux “Baiser presque sur la bouche” doux comme une promesse qui n’engagerait pas, s’arrêtant juste au bord des lèvres “ Pour que le charme dure longtemps Presque jusqu’à la fin des temps”. C’est du Julos de subtile complicité et de belle souche qui le cède pourtant à un plus insolite “Je me suis souvent rendu sur la tombe de moi”, lors qu’il espère ne pas oublier le temps “ où nous étions toi et moi si vivants “. Deux autres textes, l’un, bouleversant, de Andrée Sodenkamp, “Tu fus mon seul village”,  et le non moins troublant, “La mort” de Camille Goemans plaident pour la sérénité et l’harmonie de Julos avec cet âge, son âge, où chacun, qu’il en veuille ou non, s’achemine vers celle qui “entre et va sans regarder personne Tout droit vers l’homme qu’elle a choisi”.

Il est impossible de citer tous les textes de ce disque où interviennent aussi Baudelaire, Marcel Thiry, Roger Bodart, Apollinaire - audacieusement traduit en wallon – Paul Eluard et un superbe “ Je ne dirai plus  je vous aime” de Gilles Vigneault dont Julos célèbre avec force la belle langue. Mais, sans doute, ce même Julos ne serait-il plus Julos s’il ne s’impliquait pas dans une cause qui lui tient à coeur et tripes: ici les sans-papiers tels qu’il est allé les rencontrer avec leur maigre bagage et leur grande espérance dans l’attente d' “un visa pour la vie plutôt que pour l’Eternité”.

Le laissant en tête à tête avec une Contrebasse qui suscite avec impertinence, mais non sans pertinence, ses mâles ardeurs et dans le face à face où il interroge un mystérieux John, on voudrait encore relever sur ce CD – dont il partage les musiques avec Patrick De Schuyter, Barbara d’Alcantara et Ariane De Bièvre – une conclusion qui rejoint ce que l’on a dit de son plaisir des mots: “J’suis un obsédé textuel C’est un fait, il faut le reconnaître Les mots me traversent la tête C’est un peu comme des autobus Et votre tête à vous mes frères et soeurs C’est des arrêts facultatifs”.

Stop! On embarque.

Monique Verdussen

13:03 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Merci à toi Julos pour ce bel article déposé sur le blog.

Ouf..tout bien récité et présenté le nouvel oiseau. Il s'envole si haut que bien des écrits lui sont envoyés. Rien n'est oublié, ni la ferveur de l'amour... l'amitié...les mots en mélodie accordés...
Il y a tant de beau, d'engouement pour ce nouveau volatile qu'il ne peut être que caresse aux oreilles de celles et ceux qui l'écoutent en tendresse.

Je t'embrasse.

Anne Marie

Écrit par : Anne Marie | 25 août 2012

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je post sur sur mon billet dédie ce lien en effet c'est sérieusement un web site merveilleux

Écrit par : assurance auto | 29 août 2012

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J'aime beaucoup l'obsédé textuel, avec arrêt facultatif, bien vu

Écrit par : Location voiture GP | 13 juin 2013

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