19 novembre 2012

Des nouvelles de Gaza

Chers amis,

Bonjour, je vous écris de Gaza, au même temps où les avions militaires sont en train de bombarder dans le quartier, apparemment que nous sommes maintenant prêts à partir, plus loin que ce ciel gris et criminel et plus haut que ces avions militaires.
6 jours d'agression et de massacres, et cela continue et bientôt on parlera de 20 jours de guerre, ou peut-être 30 ou 40 jours de massacres.
Je ne peux plus colorer mes mots et décorer mes phrases, je ne suis plus francophone, ni francophile, l'humanité a été assassinée hier soir, avec la famille Al Dalou et ses enfants, déchirés devant les écrans et bientôt sur des cartes postales.
Un seul bombardement dans le quartier est capable de me faire oublier le futur proche et le futur simple, je ne sais plus comment conjuguer les verbes du troisième groupe, comme vivre, sourire, rire, tous les verbes sont devenus orphelins, et tous les points sont devenus terroristes.
95 martyrs et 640 blessés jusqu'au moment, et peut-être le chiffre changera avant que je termine ce message, ou peut-être bien, ce message n'aura pas d'adresse.
tous les moments sont martyrs, ces oiseaux violents ont assassiné le temps, et ces balles vertes et marrons ont assassiné la rose, est-ce que l'importance c'est la rose ?

Il n'y aura pas de football à Gaza, ce pauvre stade a été bombardé pour la troisième fois ce matin à 6 heures, et le centre de police du quartier a été bombardé à 2 heures du matin, et cette fois-ci, les blessés étaient les frères égyptiens qui étaient à l'hopital Al-Shiffa juste à coté.

Hier, Israël a tué quelqu'un en bas de ma fenêtre, le monsieur était jeté par terre, je l'ai regardé quelques minutes il ne voulait pas me parler, et cette fois, c'était en direct, pas de films américains pas d'imagination dans mon quartier tout est vrai.

5 jours, je ne suis pas sorti de la maison, 5 jours je ne fais qu'entendre les bombes et compter les victimes, et parfois quand la maison danse, je me permets de demander, qui va mourir ce soir ?

Et nous, moi et ces visages enfermés avec moi dans la même pièce et dans le même destin, quand est-ce que nous pourrions nous échapper de cette vie, sans revenir après quelques instants, sans entendre quelqu'un dire: mais non, calmez-vous ce n'est pas notre tour qui a été bombardée, ce sont les voisins.

 Hier, je me suis permis à penser à Paris, car il y a une semaine j'étais à Galerie Lafayette, il y avait une ambiance de fête, il y avait déjà le sapin de noël, et les jouets pour les enfants, apparemment, que les enfants à Gaza, ne sont pas intéressés, puisqu'ils meurent avant l'arrivée du papa Noël, ou bien il y a quelqu'un de mauvaise volonté leur a dit que le PAPA NOEL n'existe pas, quant à moi, je me dis il viendra par le passage de Rafah, donc j'attends, enfin comme je peux, car je commence à fatiguer ma conscience, et peut-être bientôt, j'irai voir mes voisins, qui sont chiants, parce que le calme me brise le coeur, c'est très long.

des frontières autour de moi
si je ferme mes yeux, je te verrai
viens me raconter si tu veux
je suis partant cette nuit malgré le temps
crie ou prie ou pleure
cela ne te sert à rien
mon âme sera déjà là-bas.

Amir Hassan
12:40
le 19 Nov 2012
Gaza.

Correspondant pour  "A l'encre de ma plume"

 

20:44 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

Cher Amir,

Votre message a une adresse, celle de Julos...et la mienne. Ce soir, je pense à tous vos écrits.
Je vous envoie pleines caresses, qu'il n'y aie plus d'oiseaux bonbardants.Que la terre et le ciel et tous autour entendent votre prière

Anne Marie

Écrit par : Anne Marie | 19 novembre 2012

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mon coeur saigne pour la palestine. Je ne peux pas détacher mes pensées de ce peuple toujours en souffrance; je me sens si mal et si impuissante.

Écrit par : sylvette | 20 novembre 2012

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Julos ! O! Julos !
Parviendrons nous à dire que la Vie est belle .... encore et malgré tout ?
Je vais prier
Je t'envoie plein de tendresse...

Écrit par : Françoise | 22 novembre 2012

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Quand la raison d'État passe, il vaut mieux être ailleurs.
Quand les raisons de plus États s'imposent, béton et sable au Sud, compresseur de bombes au Nord, et même miliciens fous au centre, quand on en est là et qu'on ne peut plus aller ailleurs, alors, que reste-t-il d'humain qui ne soit blessé ?

Écrit par : le babel | 24 novembre 2012

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merci, Julos, d'avoir mis la lettre d'Amir.
ir, poète, jeune Gazaoui, tout juste diplômé de Français Langue étrangère (et il parle et il écrit mieux que moi!) il a commencé à étudier le Français pendant la guerre de 2008/2009, mais contrairement à ce qu'on pourrait penser (espérer) même quand il n'y a pas la guerre à GAZA, il ya toujours des bombardements, le blocus, des coupures d'électricité, des camions de produits frais que les israeliens laissent attendre hors de la bande jusqu'à ce qu'ils soient pourris...alors, Amir n'était pas sûr de pouvoir passer ses examens cet été car il y avait des bombes...il est déjà venu en France car il a été lauréat de concours de nouvelles, en français, organisés dans les universités Palestiniennes, il a regagné GAZA la semaine dernière, juste au moment où cette guerre commençait et il nous a envoyé régulièrement des nouvelles mais même si nous étions près de lui par la pensée, nous avions du mal à nous représenter vraiment toute cette horreur, toutes ces victimes... mais même par téléphone, le bruit des drones et des bombes et des sirènes et des cris des enfants était assez terrifiant...
Julos et Amir, deux belles âmes qui luttent avec leurs mots, avec leurs coeurs contre l'intolérable...
Irène la Perjeanne

Écrit par : pergent | 24 novembre 2012

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