23 novembre 2007

Le colosse Sumo

 

 

sumo_Neige

 

 

Le Colosse Sumo à la tête d'argile mange la neige et boit le vent, sa peau de sable jaune craque, s'émiette et craquelle, à chaque bourrasque, à chaque autan. Il se souvient de ses combats en Japonie loin dans le monde, il se souvient des vivats, des hourras qui ponctuaient toutes les luttes qu'il menait rondement, ma foi, il se souvient de ses culbutes, de ses tournois et de ses chutes avant de jeter un adversaire plus que puissant, débordant de peau, et de graisse hors du cercle sacré d'argile, il se souvient de tous ces rois, de ces masses vivantes de chair qui le soulevaient souvent de terre et le projetait loin par devant: patatras! Il se souvient en frémissant dans tous les plis de sa peau large du Sodidashi, soit dit en passant, le crieur public en costume qui avec son éventail traditionnellement l'appelait en chantant au combat. Attention le cercle des humains sumo se resserre le public est entré, ça crie, ça vocifère, les spectatrices, les spectateurs sont à l'envers, cela se passe en Japonie loin dans le monde, souvenez-vous en.

Julos 21 Novembre 2007

Sumo_ceremony

 

Le cercle des humains Sumo s'appelle le Sumotori et a 4 mètres 55 de diamètre. Il est en argile. 

 

11:44 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (4)

22 novembre 2007

Discours à Treignes-Trignoles (Arthur Masson)

Monsieur le maïeur, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, les dgins d'es scosté ci et d'tous les costés qui reconnaissez en Toine Culot un personnage de légende qui a traversé le temps et retrouve une vie nouvelle avec la réédition de l'oeuvre complète d'Arthur Masson qui vient de sortir aux éditions Racine, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, je suis très heureux de me trouver aujourd'hui à Treignes-Trignoles, village mythique dont ma mère et ma grand mère me parlaient avec émotion en ces temps jadis où je les entendais rire à la veillée en lisant Toine Culot: livre que j'ai vu traîner sur la table de la salle à manger ou même, fait très rare, dans la pièce de devant où nous n'allions jamais, si ce n'est pour les communions, les mariages et les enterrements.
C'était au temps où j'étais encore petit et particulièrement sensible aux mots wallons que ma grand-mère employait de même que les mots savoureux et juteux qui sortaient avec truculence des bouches des clients de mon père marchand de machines agricoles à Ecaussinnes.
Tous les "sincis" de toute la campagne écaussinoise se retrouvaient chez nous et je me disais à ce moment là que c'était Arthur Masson qui les avait inventés, j'imaginais qu'ils s'étaient échappés de ses livres et qu'ils couraient la campagne à son insu (sait-on jamais quels chemins font dans les oreilles, les paroles des livres et des chansons?).
Claude Rahir ici présent mon talentueux voisin de Nodebais faiseur de voyages et pictureur et sculpteur et écrivain racontait l'autre jour que sa mère était aussi envoûtée par les livres d'Arthur Masson et qu'elle chérissait le gros Toine ce gros nounours qui nous ressemblait comme un frère. Chez moi on parlait souvent de la "pâte universa" inventée par ce grand "chaferlaque" de Pestiaux, on parlait de T. Deom, le roi des farces et des attrapes et le langage d'Arthur Masson était sur les lèvres de toute la famille, c'était référentiel, c'était une sorte de bible de campagne, une manière de manuel de savoir vivre aussi. Il s'y mêlait un peu de mélancolie et aussi un rire franc qui éclatait dans les maisons basses à la vesprée . Ce qui est extraordinaire, c'est que les livres d'Arthur Masson ont étés lus par des gens qui ne lisaient jamais, c'était comme s'il avait appris à lire à une foultitude de monde en Wallonnie. Tout écrivain rêve secrètement d'être lu par tous et Arthur Masson a réalisé ce tour de force grâce lui soit rendue en ce 8 de Juillet 2000.
C'est en pensant à lui que j'ai enregistré un nouveau disque en wallon qui a pour titre: «Co n'rawète». Les chansons de ce disque je les chanterai pour la première fois le 9 9 2000 ici même dans la rue. Pour l'occasion, j'ai mis en musique un texte d'Arthur Masson: «Li vi batia». Sans doute l'écoutera-t-il de ces pays lointains et proches de l'au-delà.
L'espace Arthur Masson m'a demandé d'exposer des textes qui sont écrits sur le support d'étiquettes d'écolier, je les ai écrits, ces textes avec un de ces fameux stylos que fabrique Jean Tomasseti avec toutes sortes de bois car il fait stylo de tout bois, cet artisan scripturaire. N'a t-il pas fabriqué en bois d'amourette un stylographe destiné à écrire des lettres d'amour mais n'en déplaise à notre inventeur d'instruments d'écriture, n'écrit-on pas plus de lettres avec des caresses qu'avec un stylo?
Je vous remercie d'avoir prêter l'oreille à mon discours.

                         Julos Beaucarne Treignes 8 juillet 2000

21:41 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (3)

05 octobre 2007

Les 100 ans du Royal - Ecaussines, ce soir

 

Image_ElephantEcaussines

Un éléphant et sa suite se rendant à Ecaussinnes ce soir
pour les 100 ans du Royal


Aujourdhui vendredi 5 octobre vers les 19 heures on fête les 100 ans du "Royal" un bistrot rassembleur né en 1907 et le cinéma "Maria" qui, lui, existe depuis 1935, si le coeur vous en dit venez nous rejoindre. Adresse du rendez-vous: "Le Royal" place cousin Ecaussinnes Carrières.


S’il fallait qu’Ecaussinnes nous soit conté il ne faudrait surtout pas oublier "Le Royal", c’était une maison de la culture avant la lettre. Le "Royal " aujourd’hui a juste 100 ans. Le Royal, on l’appelait au début "le salon", il est né en 1907 quand mon père Gérard Beaucarne avait 7 ans. C’était la famille Dehoux qui tenait l’établissement. La famille Dehoux, c’étaient des musiciens brillants, la jeune fille des Dehoux s’appelait Eva, elle a fait parler d’elle à Ecaussinnes, elle donnait des cours de piano à la maison du peuple à un certain moment donné combien de temps a-t-elle vécu? Cela vous le saurez sans doute en lisant le livre de Pierre Peltier, notre historiographe Ecaussinnois. C’est Arthur Delmotte, le père de Jacques qui a installé le cinéma dans l’arrière salle du bistrot, c’était encore le muet à ce moment là et Eva Dehoux jouait du piano en regardant les images avec les spectatrices et les spectateurs, le cinéma muet avait un sacré succès et les affaires marchaient bien. La soeur d’Arthur s’appelait Maria elle est restée jeune fille toute sa vie pourtant chaque année, elle se rendait au goûter matrimonial, peine perdue elle n’a pas trouvé chaussure à son pied, elle s’est consolée en regardant au cinéma les plus grands films d’amour, elle était si active auprès de son frère qu’on a appelé le cinéma: le cinéma "Maria"et cette appellation me semble-t-il a perduré jusqu’aujourd’hui. Jacques Delmotte, le fils d’Arthur, le mari de notre Suzanne a succédé à son père et avec lui le cinéma muet est devenu parlant en 1935, rendez vous compte, je n’étais pas encore né. Le cinéma a fait le plein jusqu’en 1984.
Entretemps Henry Lejeune était devenu le peintre officiel du Royal, Henry c’était notre Michel-Ange à nous les Scaussinous. Il a décoré les murs à sa façon surréaliste et originale et les maillets et autres outils de "cayoteu", de "cuerleu" de tailleur de pierre et les châteaux d’Ecaussinnes figuraient souvent dans ses peintures et ses céramiques. Ses installations au Royal collaient à l’actualité, Henry avait accroché un "spoutnik" au plafond du Royal le 7 octobre 57, il y a 50 ans et il a fait aboyé la chienne Leica sur les murs du Royal. C’était au temps où les actualités "Belgavox" passaient encore avant le grand film. Hélas 3 fois hélas que ça passe vite 50 ans, le temps a passé comme un songe. Revenons à Henry. Je dois à la vérité qu’il n’était pas seulement peintre et céramiste, il était et est toujours un merveilleux "agitateur culturel". C’est la télévision qui a détrôné le cinéma Maria. La télévision, c’était le cinéma à domicile et les gens de Scaussennes n’ont plus été au cinéma, leur cinéma permanent, c’était leur poste de télévision d’abord en noir et blanc ensuite en technicolor tout en couleurs comme disait monsieur Culot qui tenait le cinéma concurrent juste en face. Le cinéma ne nourrissant plus son homme ni sa femme, ni ses enfants, Jacques a créé "Publi-Rapport" un journal publicitaire toutes boîtes. Suzanne et Jacques et l’imprimeur du Quartier terrriblement central, l’inoubliable et truculent Franz Guéret, ont secondé Henry et toute l’équipe des racines du manoir pour organiser des spectacles fabuleux. Atualpa Yupanqui, Una Ramos, François Béranger, Raoul Duguay, Henry a organisé aussi et je l’en remercie encore, quelques uns de mes spectacles. J’ai d’ailleurs chanté une ou deux fois dans le cinéma, vous ne me croyez pas? Interrogez les murs je suis sûr qu’ils s’en souviennent. Avec Louise, Henry vendait mes disques et mes livres au "Mouton Tondu" rue de la Haie. Il venait à Paris, à Bobino où je chantais avec une immense tarte que tous les spectateurs dévoraient avec délice. Henry a créé un véritable mouvement artistique. Ecaussinnes était devenu un avant poste de la chanson, de la peinture, du dessin, de la musique. Dans son magasin, il vendait des livres de Chavée, de Bury et d’autres poètes connus ou inconnus. Mais en fin de soirée nous revenions au "Royal" notre maison mère. Je suggère que la commune d’Ecaussinnes achète et rénove le vieux cinéma de notre enfance et de notre jeunesse et que le Royal persiste et signe.
Je salue Marie Henriette la grande soeur de Suzanne qui est revenue exprès d’Albuquerque. Et je voudrais citer un extrait de la lettre de Béatrice Gilbert à propos du "Royal": "Petit cinéma survivant dans l’ombre tu es une lumière dans ma mémoire". Je dirai aux démolisseurs et aux promoteurs immobiliers de rester immobiles et de ne toucher à rien, d’aller promoter ailleurs: touche pas à mon Royal et je propose solennellement que dorsénavant jusques’à désormais, on appelle plus le Royal: le Royal mais bien "l’Impérial" - quand on a 100 ans il me semble qu’il n’y a rien de plus normal que cette promotion. Et parallèlement en vertu des pouvoirs qui ne me sont point conférés, je propose qu’on donne à Suzanne à qui appartient ce lieu de mémoire, le titre d’Impératrice et de gardienne officielle de la mémoire Ecaussinnoise, à toutes et à tous présents et à venir en ce 5 octobre 2007, salut et fraternité.

Scaussinou un jour scaussinou toujours.
Scaussinou in djou scaussinou toudi.

Julos

 

08:57 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (5)

Le bateau des confiances

A tant chercher reconnaissance
Je ne me suis plus reconnu
J’attendais que de hautes instances
Me consacrent quand j’étais nu
J’ai fait la rude expérience
D’oublier de croire en moi
Si je regarde les distances
Le beau temps est devant moi
J’ai pris le bateau des confiances
Je me suis mis du baume au coeur
Et je vogue dans la laitance du bonheur
Pourtant
Comment être heureux en ce monde
Quand tout s’effrite aux 4 vents
Le pôle lui-même vagabonde
Le nord n’est plus le nord d’antan
Les continents sont en dérive
Nous sommes assis sur des volcans
Les Paracatoas ivres
Jettent leur lave aux 4 vents
Les bateaux sont sans capitaine
Ou bien le capitaine est sourd
Autiste en sa tour d’ivoire
Il jette bombes et mort autour
On vaccine la belle enfance
On détourne les bébés
A peine sortis du ventre de leur mère
Sous prétexte d’hépatite B
A 10 ans on fait prendre aux filles
La pilule dure à avaler.
A 10 ans leur vie est finie
Elles sont déjà pharmacopées
Les marchands ont violé l’enfance
Et personne n’a rien remarqué.

Julos

08:57 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (1)

02 octobre 2007

Je me suis rendu souvent sur la tombe de moi

 

Photo 025 copie[1]

photo: Pascou et Marie Moreau
moreau.p@scarlet.be

 

Je me suis rendu souvent sur la tombe de moi du temps que j’étais mort, paisible et sans menace aucune en amour total avec le cosmos. Je me suis rendu souvent sur la tombe de moi et je me suis parlé comme on parle aux vivants dans la candeur d’un langage pur. Je me suis rendu souvent sur la tombe de moi du temps que j’étais mort dans la lumière mauve, il y avait des jeunes gens morts dans des accidents de voiture, des jeunes filles nouvelles qui ressemblaient à des jonquilles sauvages de printemps. Il y avait des bébés qui venaient de naître et de beaux regards adolescents. J’ai pris par la main ce peuple disparu et nous avons couru comme des fous à la recherche de rien, à la recherche de tout, riant, pleurant heureux et intarissables, infinis. Nous n’étions plus ces êtres périssables qui avaient peur, nous avions bel et bien péri, elle était finie l’angoisse incoercible du néant. Quand tu iras sur la tombe de toi du temps que tu seras mort, quand tu iras dans le jardin joli de la taciturne et tant bavarde mort si tant ancienne, quand tu auras franchi la dernière barrière et quand les fleurs et les oiseaux de la nuit t’accompagneront en cortège, pense au regard de la lune et à l’adolescence du soleil. Quand l’ici et le maintenant seront partis, quand ils auront fait le saut par la fenêtre, quand les portes de tes beaux yeux seront closes quand tu naîtras ailleurs, te souviendras-tu du temps où nous étions toi et moi si tant vivants, enroulés l’un dans l’autre comme des amants dans la parfaite joie du vivre.

Julos Beaucarne

12:01 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (5)

27 septembre 2007

En résonnance avec tous les birmans

 

Pagodes_PagodeShwedagon_PhotoAnandaTravel

photo Ananda Travel
http://www.ananda-travel.com/FR/myanmar_shwedagon_light_festival_g.htm
 

Pour nous mettre en résonnance avec tous les birmans voici une des 113 pagodes de Birmanie. Si vous marchez en ville et si vous avez un foulard de soie jaune mettez-le pour que chacun se souvienne de ce pays et de ses habitants que la junte militaire écrase.

Nous sommes tel que vous nous fîtes
O vous grands de la terre
Vous nous avez pétri bien vite à votre manière
Et si nous disons quelques mots
De suite il faut que l’on nous mate
Et nous buvons à vos tonneaux
Le vin amer et la matraque
Nous ne sommes pour vous
Que gueux,
Que matériaux, que cochonailles
Vous nous aimez au fond si peu
Vous faites donner la mitraille
Et nous restons sur le pavé
Nous qui n’avons que nos pensées
Sans argent pour les démontrer
Sans généraux
Ni grande armée

Julos

27 septembre 07

11:56 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (2)

Si vous prenez une assurance vie

 

Images_PagodeTLG

Photo Ben Goffart

Cette pagode était le décor de mon spectacle
"Le navigateur solitaire sur la mer des mots".
Je commençais ce spectacle debout "à l’coupette" (tout en haut)
et disais le texte sur les assurances:



Si vous prenez une assurance vie, vous êtes foutus parce que ça veut dire que vous avez des doutes sur votre longévité. Si vous avez des doutes sur votre longévité il est bien évident que vous ne vivrez pas longtemps. Les compagnies d’assurance ont étés créées uniquement pour semer le doute pour vous faire perdre confiance en vous , si vous perdez confiance en vous vous êtes foutus, vous faites un faux pas et ce faux pas peut vous être fatal. Suivez les conseils d’un véritable assureur conseil: fuyez les assureurs et ne laissez rentrer dans votre maison que les assureurs qui vous assurent contre les assurances et soyiez assuré de ma parfaite considération.

Julos

11:39 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (3)

Arbre totem


Textes_ArbreTotem
 

Ce ne sont point des paroles inutiles
Qui sortent de la bouche des arbres
Ce sont de silencieux messages d’amour
Ce sont des cris écrits à même l’écorce.
Julos


”Les arbres chemins entre terre et ciel” paru chez Eole 
Textes Julos et photos Brigitte de Crawhez

11:36 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (1)

24 septembre 2007

Tout doux

 

Images_PorteTibet
 

Une porte au Tibet
photo Vinciane Llabres


Tout doux je referme la porte, 
Peut-être on s’verra plus jamais.
Les heures passées tu les emportes,
Ne reste que ce lit défait.

J’ai replanté des marguerites
Dans ce jardin me souvenant
Que même si le temps s’effrite
Faut en garder tout son content.
Si au hasard d’une balade
Je revoyais ton frais minois,
C’est pt’être un autre dans l’enfilade
Que je s’rai devenu pour toi.
Pourtant on n’oublie pas la belle, 
Les accords parfaits, la chaleur,
La tendresse qui rend plus belle,
Nous deux, nous étions le bonheur.
Rien que pour ces moments, Madame,
Valait la peine d’être né.
Ce n’est pas vrai que l’on se damne,
On n’en finit pas d’espérer.
Julos

17:36 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (2)

22 septembre 2007

La révolution passera par le vélo, camarade

 

Images_RevolutionVeloMusique

La  révolution passera par le vélo et la musique
Fanfare cycliste à Zolder

Photo Dominique Baecke




La révolution passera par le vélo, camarade.
Ah la bicyclette !
Elle te permet d'aller
Cinq fois plus vite que le piéton,
Tu dépenses cinq fois moins d'énergie,
Et tu vas cinq fois plus loin,
En vérité je te le dis camarade,
La révolution passera par le vélo.

S'coup ci ça va daller
El vi monde va squetter,
Tertous tertous inchenne
No Dallons l’fait petter. * 

Julos Beaucarne


* Cette fois-ci ça va aller,
le vieux monde va se briser,
Tout le monde, tout le monde ensemble
Nous allons le faire changer

 

08:10 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (3)

21 septembre 2007

Marcher inlassablement vers soi-même

 

Texte_MarcherVersSoiMeme_PhotoBenGoffart

 Exposition Julos
Tourinnes-la-Grosse novembre 06

Photo Ben Goffart

Je ne suis pas un expert du bonheur, je suis juste un aspirant à la quiétude, à la paix. Je n'ai pas de définition du bonheur, je pourrais juste dire avec des mots imprécis vers quoi je marche, sur l'herbe de quelle prairie, sur quel green. Je pourrais juste dire quel genre de graines je mange, quelle eau me désaltère et me porte aux nues. Je vis dans l'approximatif et je m'en rapproche de plus en plus. Il n'y a pas pour moi tyrannie du bonheur. Un tiramisu peut-il me combler? Une tarte au flan me met-elle sur le flanc? Le bonheur est-il dans les choses périssables? Les choses périssables sont-elles spirituelles?

Suis-je heureux quand j'apprends qu'il existe peut-être hors de notre système solaire des mondes habités, suis-je habité par l'univers en son entier? Est-ce lui qui me pousse vers un mieux être? Est-ce cet univers en expansion qui me pousse à la réalisation totale de mon être en son unicité, est-ce cela le bonheur? Je pense à ces pays où des hommes et des femmes-bombes se font exploser, apparemment de leur plein gré, semant désolation et tristesse. Il me semble que j'entends le bruit jusqu'ici, j'entends aussi les ripostes. Je pense à ce vieil adage pas encore mort: `Oeil pour oeil, dent pour dent´, que nul oculiste, que nul dentiste n'a réussi à extraire de nos comportements quotidiens. Ce vieil adage suicidaire et occultiste ressuscite, persiste, prolifère...

Alors, mon petit bonheur en prend un coup parce qu'il me semble que celui qui se fait exploser, c'est moi; celui qui est tué par l'explosion, c'est moi... Je suis mort deux fois, 999 fois, 999999 fois et je marche sur l'herbe de la tristesse, me souvenant de mes propres malheurs et du goût amer du sang innocent, et je pense aux enfants de toute la terre et mon bonheur est un naufragé. Je mets quelques jours à hisser à nouveau la voile de mon bateau, à voguer à nouveau vers des pays où couleraient lait et miel. Mais le lait est plein d'hormones et les abeilles sont menacées par l'abeille chinoise. Non, je ne crois pas qu'il y ait tyrannie du bonheur. Il y a peut-être juste tyrannie de la bêtise et de l'inintelligence et de l'absurdité, l'absurdité qui est proche de la surdité mentale qui consiste à ne plus vouloir entendre les bruits du monde. A quoi ça peut servir d'étudier pour être bête, pour reproduire, des vies et des vies durant, le même schéma, la même idée fixe, le même dogme dévastateur, père de tous les génocides. Tuer pour apprendre à vivre, je ne crois pas que ce soit original.

Le bonheur, je voudrais le chérir, le cultiver. On me dit que je marche sur l'herbe de l'utopie. Est-ce utopie que d'envoyer de l'amour à celles et ceux qui ont mal dans leur âme et dans leur peau? Il semble clair, à présent, que ce qui est sûr, c'est que rien n'est certain. Le bonheur, c'est peut-être rebondir tout de suite comme une balle; le bonheur, c'est peut-être prendre la balle au bond et marcher inlassablement vers soi-même parce que c'est peut-être la meilleure façon de comprendre l'autre qui est moi et qui vit sous la même voûte étoilée, l'autre si lointain et si proche.

Julos

Article paru dans La Libre Belgique, 04 juillet 2002

09:01 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (1)

11 septembre 2007

11 septembre

 

Le 11 septembre cette année-là,
il pleuvait des hommes et des femmes
du haut des hautes tours en flammes
Et Dubble you comprenait pas
pourquoi-t-est-ce qu’on l’aimait pas
depuis ce jour de 2001, il a démontré
avec arrogance
l’IMPUISSANCE DE LA PUISSANCE.

Le 11 septembre d’une autre année Allende
et avec lui la révolution chilienne ont été anéantis
à Santiago du Chili


LETTRE A KISSINGER

J’veux te raconter Kissinger
L’histoire d’un de mes amis
Son nom ne te dira rien
Il était chanteur au Chili
Ça se passait dans un grand stade
On avait amené une table
Mon ami qui s’appelait Jara
Fut amené tout près de là
On lui fit mettre la main gauche
Sur la table et un officier
D’un seul coup avec une hache
Les doigts de la gauche a tranché
D’un autre coup il sectionna
Les doigts de la dextre et Jara
Tomba tout son sang giclait
6000 prisonniers criaient
L’officier déposa la hache
Il s’appelait p’t’être Kissinger
Il piétina Victor Jara
Chante dit-il tu es moins fier
Levant ses mains vides des doigts
Qui pinçaient hier la guitare
Jara se releva doucement
Faisant plaisir au commandant
Il entonna l’hymne de l’U
De l’unité populaire
Repris par les 6000 voix
Des prisonniers de cet enfer
Une rafale de mitraillette
Abattit alors mon ami
Celui qui a pointé son arme
S’appelait peut-être Kissinger
Cette histoire que j’ai racontée
Kissinger ne se passait pas
En quarante deux mais hier
En septembre septante-trois

 
Julos Beaucarne
Extrait de l'album Chandeleur 75

18:02 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (1)