03 septembre 2010

Luc Genot

 
Ca fait longtemps que le peintre Luc Genot est parti dans l’autre monde.
Il passait ses vacances au bord de la mer Méditerranée au nord des Afriques et découvrait dans le sable des poteries et bien d’autres trésors que des générations de nomades avaient laissé choir au bord des pistes ensablées.
II aimait peindre les tours ces grandes constructions immuables qui se voient de loin quand on chemine dans ces déserts de mystère qu’on croit naïvement inhabités, ces fameuses tours sont des repères pour les nomades cheminant à pieds ou à dos de chameau.
Luc excellait  dans l’art de peintre la femme.
Lorsqu’en 1995 son pinceau lui est tombé des mains, la Wallonie a perdu un grand peintre, il était né en 1943.
 
 
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15:16 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (2)

30 août 2010

J'ai planté des antennes


J'ai planté des antennes pour te rejoindre et te toucher et si possible te parler en secret, je voulais envoyer mes messages au large, mes messages aux astres à la périphérie de toutes ces vibrantes vies qui se croisent et se décroisent et se défient dans des connexions infinies.
Je voulais m'envoler comme un grand oiseau blanc, souriant, est-ce que les oiseaux blancs sourient parfois ou bien de temps en temps?
Je voulais, à force de dire, me perdre dans le dédale des voeux secrets qu'on a oubliés de réaliser et qui reviennent intenses, tenaces  et denses, sortis des alambics magiques que sont ces sortes de fleurs sauvages rares et plus puissantes  et plus fortes encore  que le curare, ce poison violent dont je voudrais retourner définitivement la peau.
J'aurais aimé parfumer vos vies, j'aurais voulu être un parfumeur textuel, tremper ma parlure dans un bain d'algues vertes en provenance de la mer des sargasses, j'aurais aimé être sagace, polyglotte et troglodyte, j'aurais aimé être un turboréacteur à double flux équipé d'un silencieux pacifique.
J'aurais aimé être un parfum tendre qui donne envie d'aimer à pierre fendre.

Julos lundi 2 août 2010 TLG 7h54 du matin

 

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15:09 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (3)

20 mai 2010

Rire


Quand je pars en voyage, j’emporte dans ma poche une poignée de rires, quelques kilos de sourires et une bonne vingtaine d’éclats de rire, 27 exactement (ne pas dépasser la dose indiquée). 
J'emporte aussi un paquet de poignées de main à n'en plus finir, parce que ça peut toujours servir car le temps où l’on rit est aussi le temps où l’on guérit, le temps où l’on est si tant joyeux qu’on en pleure... de bonheur et quand on pleure de bonheur, vous savez ce que ça veut dire? Ça veut dire qu’on est heureux et quand on est heureux, ça veut dire qu’on guérit.
Oui, c’est ça, ça veut dire qu’on guérit et dans “guérir”, vous l’avez compris, il y a “rire”, et à ce moment-là, on va se promener dans le jardin-des-fleurs-qui-sourient et dès qu’elles sourient, ça sent si bon qu’on a l’envie de sourire avec elles, elles sont contagieuses les fleurs qui sourient et en plus dans le jardin des fleurs, des oiseaux de toutes les couleurs chantent à tue-tête le bonheur...... le bonheur..... d’être des oiseaux chanteurs....  on dit souvent: ” Celui qui chante, son mal enchante”. 
Avez-vous déjà vu les yeux rire? Alors, si vous avez la chance de rencontrer le rire, parlez lui en souriant, dites lui: "Cher rire, ce n’est pas souvent que tu es là, alors reste avec nous, fais nous rire, parle nous de la joie d’être encore vivant, d’être encore en vie, cher rire, raconte-nous des histoires si drôles, si douces, si fortes que nous finirions par nous endormir comme des bébés paisibles sans le moindre sursaut, sans la moindre anxiété. Cher rire, apprends nous à chanter, à chanter en souriant, quand on est heureux, on rit, c'est comme ça, c'est ainsi. 
Tu te souviens de la chanson du Kookaburra cet oiseau coloré qui rit tant que le jour est long dans les Australie de l’autre côté du monde: "Kookaburra rit dans l’eucalypus, heureux comme un roi, il rit tant et plus, ris kookaburra, ris, quand on est heureux, il faut qu’on rie".

Julos Beaucarne  
lundi 17 mai 2010 
Tourinnes-la-Grosse 
pour hopiclown

16:55 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (7)

01 mai 2010

Madame Flandre

 

Même si le pays se détricote, le temps est venu de le retricoter. 

Dans l'arc-en-ciel se retrouvent toutes couleurs de tous les drapeaux, les drapeaux ne doivent pas servir la guerre mais la paix, je pense qu'il faut profiter de cet arrêt sur l'image: les machines du bateau "mort saoul" sont un peu grippées et au bord de capoter, il faut rehuiler les engrenages. 

Si ce pays craque, l'Europe en son entier craquera hélas. C'est en effet un échec pour chaque personne de ce pays et pour l'Europe. Plus on attend plus ce sera difficile de remettre le bateau à l'eau. 

Le 22 avril 2010 les militants séparatistes flamands sont rentrés à la chambre au 2 Rue de la loi à Bruxelles et ont chanté "le Vlaamse Leeuw", je vous invite à lire le texte (tapez "Vlaamse Leuw" dans google et demandez la traduction française). Jugez par vous-mêmes à quel point cet hymne est anachronique et violent.

Pour représenter la Flandre je préfère le texte "Madame Flandre" de Liliane Wouters (J'ai mis ce texte en musique dans le disque "L'enfant qui veut vider la mer"), le voici: 

 

Madame Flandre 

Salut noble mère gigogne,

Tes seins percent la toile encore,

ils crèvent le drap sans vergogne,

Tu portes toujours fier le corps

Qui sortit de son flanc Bourgogne.

Ma nourrice je vous regarde

Comme pour la première fois,

Manants et comtes prenez garde

Si l’œil tranquille est plein de foi,

La bouche luit d’humeur gaillarde

Madame Flandre est puritaine

A ce qu’on dit

Moi je veux bien

Sous ses fichus de tiretaine

Elle cache un cœur plébéien

et pourtant sa mine est hautaine

Comme elle j’ai le pied sur terre 

La chevelure au vent du nord

Le feu couvant sous tes artères 

Flamand tu ne perds pas le nord

Ma grande force est de me taire

Nous buvons avec l’eau bénite,

Les bières d’Alost et de Diest,

Ma terre, Seigneur, est petite,

Mais elle porte haut ses Christs

Fleuris en mai de marguerites.

Les curaillons et les béguines

Poussent comme choux au jardin,

Ce pays jamais ne badine,

On prend la mouche ou le gourdin,

Et tout s’y croque à la sanguine.

Chez nous on mord à pleine bouche

Dans le pain de chaque repas;

La servante sainte nitouche

Rougit, ne vous y fiez pas;

Nos filles ne sont point farouches.

Marie, Ortrud et Godelieve,

Chaque soir allant au salut

Ecoutent les appels des grives

Et puis ceux des garçons joufflus

Debout à l’ombre des ogives.

Le vent du nord te rendra folle,

La mer clapote dans ton sang,

Sur ma jument je caracole,

Hue donc sous le ciel bleuissant

Où les nuages batifolent.

Salut peupliers en goguette

Servant aux jardins de pâlis;

Toutes les bises vous soufflètent,

Et d’éternels torticolis

Font se pencher vos silhouettes.

 

Liliane Wouters 

Dans le cd "L’enfant qui veut vider la mer" 

 

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17:00 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (5)

25 avril 2010

Volcans

 

Pour être dans le coup
Ecris un haiku (prononcez "haikou")
L’Europe est à tes g’noux. 

C’est que j’en ai vu des volcans! 
D’abord dans le "Petit Prince" quand j’étions petit, ça ne fait pas un siècle mais presque....  quand même. De mémoire, jamais je ne vis un volcan aussi déchaîné que celui-ci, tout d’abord, il avait un nom imprononçable... c’est un signe... j’ai vu le Fuji Jama en Japonie, il était si tranquille qu’on se disait qu’on pouvait l’apprivoiser, le caresser avec prudence car on nous avait dit à l’école que les volcans, ça pouvait cracher comme les lamas à tout moment mais le Fuji Jama n’avait aucune velléité, il ne crachait pas ses poumons de feu et d’acier.
Mais ce volcan terriblement islandais dont vous avez, je crois, entendu parler, à moins que vous ne soyez totalement sourds, ce volcan se la pétait grave, il crachait ses poumons de feu à longueur de jour et de nuit, il crachait et il était ravi, il faut savoir que si les crachats du volcan rentrent dans les tuyères des avions à réaction, ils peuvent provoquer l’extinction de la motorisation: l’arrêt des moteurs en quelque sorte, l’avion plane encore... pas de panique mais ça ne peut pas continuer durer....
Avez vous déja entendu parler du volcan BHV: c’est un volcan qui crache et vocifère, un volcan sorti de chez nous, de notre terre, notre "terra nostra", il a jailli comme un geyser, il a poussé dans ce plat pays qui est le vôtre et le mien, si vous le voulez bien. Ceux qui se sont autoproclamés BHV ont un caractère volcanique.....  ils veulent tout et surtout tout de suite, dans BHV, il y a "hache", ils insultent à la porte de l’ancienne Belgique. 
Il en est un appelé "démineur" qui devait être un facilitateur, il avait des réserves et pouvait tenir encore longtemps mais, exténué et tenaillé par la peur, il passa la main au premier ministre pour qu’il fasse élégamment un dernier tour de piste.  
Et là j’arrive au terme de ce petit billet, si la Belgique ferme que va-t-il se passer ?..... qui va prendre le relais ? Les grands magasins Carrefour peut-être?
A suivre.  

Julos Beaucarne
22 avril 2010 Tourinnes-la-Grosse 
minuit 30’


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22:08 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (4)

18 avril 2010

Les trois grâces

 

Un jour que j’existais encore, je vous aperçus traversant la mer sur un bateau sans capitaine, mes trois grâces, mes trois sirènes, vous arriviez du site de Cythère et je vous attendais au port.
"Cythère était-ce beau?" demandai-je à la plus jeune un peu fière tandis que son aînée regardait du haut de sa hauteur courir les dunes de poussière.
Les conversations s’engagèrent, les chemins de sable sous le vent disparaissaient en tourbillonnant. "Où donc suis-je, ici où est-ce? Où allons nous? Où était cet oasis où s'arrêtent les caravanes?"
Nous ne nous étions jamais vus ni dans le sacré ni dans le profane.
Et pourtant familières vous dérouliez vos longues chevelures de femmes, vous vous penchiez pour voir vos yeux dans le miroir du puits profond ou vivait silencieux le miracle de l’eau, vous cherchiez vos visages...
On entendait rire des femmes berbères dans une maison de terre.
Elles riaient sans se donner à voir, vous goûtiez leur joie et la vôtre, la joie d’être en vie, d’être là sans nulle autre envie que de rire. 
Vous regardiez l’infini et l’infini vous regardait.
"Infini est-ce que tu m’aimes?" disait la plus jeune des trois.
"Que cherchez vous?" disait une voix d'outre-vous et d’outre-moi, vous ne vouliez plus partir sur la mer vous vouliez naviguer sur la mer qu’est le désert, vous remplissiez vos outres pour la longue traversée. 
A ce moment là, je ne savais plus, je ne savais pas ce que disait le vent en soufflant sur les sables.

Une des trois grâces demandait "Pourquoi t’es tu vêtu de cheveux blancs ce matin...?"
-"Simplement, répondis-je, parce que les cheveux blanc en savent plus long que les autres, prolongent les yeux, les cheveux sont des sortes d’yeux à part entière; quand je secoue ma tête chenue, les paysages chavirent dans la mer intérieure de mon cerveau gauche, virevoltent et atterrissent dans le subconscient des astres sans le moindre risque et le moindre péril." 
Les cheveux prolongent-ils les yeux? Ils sont les dernières ramifications de nos arbres circulatoires. Les hommes et les femmes sont des arbres qui marchent, équipés de circulateurs d’énergie qui les dirigent et les dépassent. 
Les cheveux sont les chevaux de la mémoire, des chevaux qui galopent, sur des têtes incroyables car toutes sont différentes et variées et captent les paroles du vent qui dérange le sable et le met en mouvement, les cheveux sont des radars qui te donnent des nouvelles d’hier, de demain, d’antan, d’hier soir, ils sont omni-directionnels et omniprésents et même ceux qui n’ont plus de cheveux sentent encore se mouvoir sur leur chef les fantômes de leurs cheveux anciens qui ont pris leur indépendance, les cheveux seraient donc aussi puissants que les oreilles...  et qui sait, peut-être aussi puissants que les pieds qui vous portent au bout du monde, c’est bon la peau de la plante des pieds contre la peau du sable et de la terre, la peau qui capte les nouvelles fraîches de la terre en son entier, ô ces pieds qui écoutent les soubresauts de la terre, ses éclairs et ses tremblements et ses mouvements d’eau, ses bourrasques et ses séismes, ses ouragans, ses tsunamis incontrôlables. 
"Chaque grain de sable est-t-il un livre d'histoires?" demandait la plus grandette.
Peut-être! Qui sait, les chemins de sables sont-ils l’infini lui-même? Et nous abordions sans le savoir l’oasis des mots non-encore-dits qu’on a retenus dans sa tête déjà si tant pleine de non-dits, ces non-dits qui nous paralysent les jambes et nous crucifient. 
Libère-toi de ce que tu n’as pas osé dire; tout ce fatras de mots, d’épisodes de vies qui te momifient le corps, la langue et l’esprit.
"Et les oasis, qu’est-ce qu’ils te disent?" Demandait la troisième jeune fille, va donc demander à la petite souris qui va et vient sous le grand tapis de sable du désert si tant infini qu’on s’y perd. 

Julos 15 avril 2010




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00:14 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (6)

04 avril 2010

L’homme à l’oeillet

 


Je serai désormais le frère de l’existence
L’homme à l’oeillet
Monté sur un cheval de bois
Un enfant égaré dans un monde sans âge
Un survivant de tous les noirs carnages
Un homme qui regarde dans les yeux les étoiles    
Et reçoit leurs lumières de plein fouet dans le coeur 
Un homme qui rebondit
Un avide ignorant qui caresse la brise parfumée du printemps  
Et salue le miracle de ses milliards de fleurs
Il est celui qui hume le parfum tant tenace de l’intense existence, 
De la vivance drue qui repeuple le coeur.
Il n’est qu’un vieil enfant qui toujours recommence le chemin du temps, y trouve son bonheur, 
Un enfant égaré très loin de son enfance qui salue les matins les midis et les soirs 
Têtu, il veut garder la grande émerveillance et conduire le soleil partout où il fait noir.

Julos 4 AVRIL 2010 Pâques



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11:19 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (9)

22 mars 2010

Jean Ferrat

 

 

Une âme survole Antraigues-sur-Volane, c’est toi aujourd’hui sans souci, ton frère et toi  dormez côte à côte comme jadis mais le lit est en pierre aujourd’hui. 
Tu savoures l’état de ne plus être et pourtant pour nous, tu survis dans nos mémoires imparfaites car tu fais partie de nos vies. 
Ta voix surnage et se précise dans nos oreilles de vivants, rescapés de ce monde absurde et si tant violent. Ton silence est plus que puissant, ton absence est haute parleuse. Point besoin de funérailles grandioses, de pathos, de cérémonies onéreuses, on a renvoyé les prélats et pour ce qui est des cathédrales, à Antraigues, c’est navrant, mais il n’y en a pas en pagaille, tu dors au coeur de ta campagne ou plutôt ton corps est là mais ton âme voyage bien au delà des au-delà, ton dernier voyage est grandiose dans l’épaisseur du cosmos, l’agence de ton dernier voyage a bien fait les choses, tu nages... dans l’infinitude sauvage. 
T’as fini de friser ta moustache de mousquetaire, t’as fini d’ordonner tes longs cheveux, tu vis dans la pause éternelle. Tes chansons continuent leur course sonore, ce que tu as planté fleurit. Longue vie à toi dans le printemps éternel de l’autre vie. 
Fais nous savoir si l’autre vie est plus belle que celle-ci. Le soleil qui passe au-dessus de mes épaules en ce matin du 27 mars 2010 me dit: ”Toutes les vies sont belles selon comment tu les vis”. 
Alors tout ne serait que savoir vivre à ton avis ?

Julos 
27 mars 2010 
à B 1320 Tourinnes-la-Grosse 

 

Une question au lecteur: donnerais tu un B 1320 Tourinnes-la-Grosse pour un F 07530 Antraigues-sur-Volane?
Jumelons donc les 2 communes.




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Illustration Gilles Poulou



09:58 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (11)

11 mars 2010

8 mars journée de la femme


L’expérience du corps.

L’expérience du corps
Fait souvent oublier aux amants
Ce qu’ils ont dit avant,
Et le fleuve amour
Devient vite le fleuve de l’oubli.
La porte se ferme et ton parfum
Lui-même te semble fade.
Les hommes sifflent sur ton passage
Parce que tu es belle et vêtue court.
Ils devraient remercier pour ta beauté,
Pour la vie qui passe, mais ils sont
Plusieurs et rient très fort entre eux, aussi
En es-tu venue à inverser les rôles:
Tu siffles les beaux minets qui passent
Dans les artères des capitales, tu leur
Pinces les fesses: ils rient jaune.
Ceux qui t’ont forcée dans un coin pour te
Toucher à l’aise sans te demander
Ton avis, rebroussent chemin car tu
As appris le karaté à l’école universelle.
Tu traverses le mur de l’indifférence,
Tu es le seul groupe opprimé qui
N’est pas une minorité.
Je t’aime
A tort et à travers.

Julos Beaucarne


16:52 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (1)

20 février 2010

Au début ce n’était qu’un jeu


 

Au début ce n’était qu’un jeu et puis il s’était laissé prendre, les mots étaient venus tout seuls et s’étaient imposés à lui et l’avaient poussé jusqu’au bout de son dire... enfin... il pensait être au bout de son dire mais plus il écrivait, plus une force textuelle envahissante le portait plus loin encore, il n’arrivait pas à s’arrêter, ce fut d’abord quelques mots portés par un mince filet de voix, une voix timide à peine perceptible puis ce fut un ru, qui l’eût cru, puis un ruisseau, que c’était beau puis ce fut une rivière, puis un fleuve, puis une mer, un océan de mots qui le submergeait, son dire le poussait encore plus loin, que faut il en déduire? Il était comme possédé par les mots, il avait grande peur de se noyer dans ses propres mots, de disparaître au fil de ses mots, il aurait voulu expliciter sa pensée sortir de l’opacité du silence, marcher plus vite pour déboucher dans l’évidence.

Ce n’est pas si simple de marcher sur l’herbe des mots, il ne voulait pas donner l’impression fausse d’être à l’aise avec les mots, de les tutoyer, de les maîtriser, et il ne voulait pas non plus se laisser envahir, se laisser submerger, il ne voulait pas donner l’impression de surfer sur des vagues de mots, sur des mots vagues sans sens, sans dessus-dessous, il ne voulait pas aborder les côtes du pays du non-sens. 

Il voulait être assez clair pour être compris, il voulait faire palpiter les mots, les faire vibrer, les faire danser jusqu’à l’explosion de la texture jusqu’à la perfecture de la parlure, jusqu’à la perfectance de toutes les nuances, il voulait aborder la verbalité totale celle où les mots vont au bal, s’embrassent et s’embrasent comme des feux de Bengale.

Il voulait que les mots crépitent, il voulait déboucher sur la danse, oui! c’est cela, il voulait déboucher sur la danse des mots, la danse verbale, il cherchait des mots “caresse”, des mots d’amour qui adouciraient les maux de l’humaine humanité, il voulait pousser les mots jusqu’à la source du rire, il voulait déclencher un geyser de rires, un jaillissement ludique fantastique, il voulait déclencher une manière de Niagara rieur et textuel et inoubliable: un Niagara de mots force 9. 

Il était motivé mais alors motivé... pas un peu!... il était motivé plus que jamais et cela ne va pas sans une certaine excitation. 

 

Qu’en pensez vous lecteurs, lectrices qui faites partie de mon lectorat comme on dit souventes fois dans les livres savants et savantissimes, vous qui marchez sur les mots en prenant soin de ne pas les écraser, de ne pas les avaler comme des marshmallows, comme des caramels mous, délicieux qu’on savoure toujours, enfin, souvent, ça dépend des jours, qu’on savoure avec une certaine délectation, caramels mous qu’on mange quand on traverse la Manche vers Douvres. 

 

Julos

samedi 20 février 2010

 

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23:15 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (10)

19 février 2010

Autant de fois les autres sont, autant de fois je ne suis

 

 

Petit aide-mémoire à l’usage de celles et de ceux ceux qui pratiquent l’art de dire et de manier les mots.

Autant de fois les autres sont, autant de fois je ne suis et en même temps autant de fois je suis. 
Nous sommes faits, vous et moi, chacun, chacune de la même matière que l’univers;  chaque personne est l’univers lui-même, en son entier; j’ai conscience que je ne suis rien et qu’ en même temps, je suis tout; je suis très heureux d’être vous et très content d’être moi, je suis très content de faire partie du grand tout; nous avons vous et moi commencé au commencement des mondes et nous finirons à la fin des mondes à moins qu’il n’y ait point de fin. Peut-être aussi qu’il n’y a pas eu de commencement; je suis en même temps très content d’être vous et très content d’être moi; personne n’est plus grand ni plus large que l’autre ni plus petit.
Chacun n’est rien et en même temps chacun se trouve être tout et être le tout. 
Je suis fait de 500 milliards de cellules, excusez du trop; je suis très content d’être vous et d’être tous les gens de tout partout, nous faisons tous et toutes partie du grand tout.
Je voudrais vous en dire plus, mais j’ai beau penser 800 mots à la minute, je ne peux en dire que 135 à la minute; le commencement de chacun n’est pas le jour et l’heure où il est né, il est peut-être né quand le monde est né. 
Au moment où nous naissons, nous avons peut-être déjà beaucoup vécu et voyagé; notre apprentissage prend naissance  au commencement des mondes et continue juqu’au bout de l’éternité, mais comme l’éternité n’a point de fin nous ne finirons jamais. 
“L’homme est la mémoire de l’univers”. La mort physique, c’est peut-être passer dans une autre conscience et gagner la haute mer de nous-mêmes. 
Il paraît qu’on s’exprime 7 % par les mots, 37 %  par la façon dont on les dit et 56% par le corps.
Nous avons tous et toutes 211 os creux et 455 muscles; au moment où nous sourions, nous faisons travailler 17 muscles. 
Si je me présente devant vous, vous constaterez que mon altitude, le point culminant “du pays de mon corps” s’élève à 1m 54 et mon envergure est de 1m70...
Vous savez tout sur moi maintenant.  

Julos 
le 18 du 2/2010
11h et demi du soir

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 Pranayama dessin tiré d'un vieux livre de Yoga

13:02 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (3)

16 février 2010

La reconversion de la Converserie

 



L'imposante Converserie se trouve entre la barrière de Champlon et St Hubert, en Belgique francophone. 
Le lieu cherche quelqu'un ou quelqu'une qui continuerait sa légende.
Pendant des décennies, cette grande bâtisse imposante, rescapée des temps anciens a été gérée par Evence Coppée et Kathy d'Hoop. Ils veulent passer la main et vivre en un lieu secret le reste de leur âge, entourés de leurs enfants et petits-enfants. 
Longue vie à eux deux.


Ah! La Converserie, ce lieu historique où l'on croise les fantômes de diverses époques, ce lieu où les murs sont bavards, où l'architecture est magnifique: une architecture de campagne en même temps humble et seigneuriale, entre ferme et château, la Converserie où hennissent les chevaux qui galopent dans la forêt chevelue de l'Ardenne si tant proche, si tant épaisse, si fière aussi avec toutes ces immenses granges pleines à ras bord de blé, de rires et de frôlements de cerfs: ces animaux mythiques et hybrides, entre arbre qui marche et animal à quatre pattes, ces cerfs qui brament quand c'est la saison des amours et orchestrent ce lieu plein de charme où les amoureux de la vie se sentent à leur place.
Tant de gens y sont passés depuis quelques siècles; j'ai eu la chance d'y faire des stages d'écriture, d'y chanter, d'y rêver, d'y marcher et d'y apprendre par coeur la forêt par les pieds et aussi de me reposer après une opération du coeur, invité par Evence Coppée et Kathy. 
Ah si l'on faisait de ce lieu un chef-lieu de l'écriture contemporaine, un promenoir magique où les mots prendraient corps, où les chants sacrés de tous les pays résonneraient sous les voûtes, où danseraient d'invraisemblables derviches tourneurs, un lieu où des chorales venues du Tibet, de Sibérie, d'Inde, d'Ouzbekistan se produiraient, un lieu où d'inouïs Inuits pratiqueraient des chants de gorge et participeraient à des joutes de chantaisons paysannes et s'initieraient à la pratique du chant secret des guérisseurs phoniques de toute la planète, un lieu merveilleusement sacré et terriblement profane où l'on entendrait toutes les langues, tous les sabirs de la tour de Babel, de Vladivostok, de Shantiniketan jusqu'à Babel Oued et Tombouctou, un lieu où les oreilles feraient le tour du monde.

Julos 28 janvier 2010




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22:56 Écrit par Julos Beaucarne | Lien permanent | Commentaires (8)